Interpolations et variantes, § LIX
2. C'est la célèbre forteresse construite par Richard Gœur-de- Lion et dont les ruines imposantes dominent encore le cours de la Seine et le Petit- Andely.
3. L'exécution de Charles de Melun fut avant tout une revanche du comte de Dammartin et une vengeance du cardinal Balue. Son interrogatoire et les dépositions apportées à son procès (Bibl. nat., ms. fr. 2921, copie de la fin du xv» siècle) ne permettent aucunement d'affirmer que l'ex-favori ait trahi la cause royale en 1465. Au reste, la manière dont Tristan l'Ermite brusqua le dénouement, en profitant de l'absence de quelques-uns des commissaires envoyés à Senlis pour recueillir le témoignage de Louis XI lui-même sur certaines allégations de l'accusé, est une preuve suffisante de la monstrueuse iniquité qui présida à toute cette affaire. Mis à la question le 20 août, Melun paraît n'avoir rien avoué, mais n'en fut pas moins déclaré par Tristan convaincu de lèse-majesté, confessé à la hâte et entraîné jusqu'au Petit-Andely, où on lui trancha la tête « sans charge et sans quelque figure de procès ne conderapnacion aucune. » Ses biens confisqués furent remis à Dammartin et plus tard restitués en partie à ses enfants. La Chronique anonyme déjà citée (ms. fr. 20354, fol. 189 v»), dont M''^ Dupont a imprimé de nombreux extraits en appendice de son édition de
Et, depuis ce, le roy se tint par certain long temps à Noyom, Compiengne, Ghauny et autres places environ, jusques au xv® jour de septembre, que nouvelles lui furent ilec apportées que mons. Charles, son frère, et le duc de Bretaigne s'estoient reunys et devenus bons amis et bienvueillans au roy, et prest ledit monseigneur Charles de prendre la pension de lx" 1. t. par an, jusques à ce que sop appanage lui eust esté assigné selon le dit de plusieurs princes et seigneurs que ledit monseigneur Charles esliroit pour ce faire, et ausquelz il se vouloit rapporter : c'est assavoir messeigneurs les duc de Calabre et connestable de France. Et ledit duc de Bretaigne offrit bailler au roy les villes que lui et ses gens tenoient en Normendie, en lui rendant et restituant les autres villes et places que les gens du roy tenoient en Bretaigne ; laquelle chose le roy lui accorda^.
Et puis le roy fist savoir ces choses au duc de Bourgongne, qui estoit atout son ost aux champs près de Peronne, entre Esclusiers et Cappy, sur la rivière de Somme^. Desquelles nouvelles il ne voulu riens croire
Jean de Wavrin, s'exprime comme suit sur l'exécution du seigneur de Nantouillet : « La cause pourquoy, je ne le say, sinon que telle fut la voulenté du roy, qui n'avoit mercy d'homme sur lequel il eust aucune mauvaise souspechon. Et dist on que, du premier cop que le boureil lui donna, il ne luy coppa la teste que au moictié et que le chevalier se releva et dit tout hault qu'il n'avoit coulpe en ce que le roy luy admettoit et qu'il n'avoit la mort desservie, mais, puisque c'estoit le plaisir du roy, il prennoit la mort en gré. Et, quand il eut ce dit, il fut pardecapitez » (Anchienncs Croniques d'Englelerre, t. III, p. 274 et suiv.).
1. Le traité d'Ancenis porte la date du 10 septembre (Texte dans D. Morice, lU, 188).
2. Eclusier-Vaux et Cappy sont auj. dans le dép. de la Somme, arr. de Péronne.
jusques à ce qu'il en fut autrement acertené par lesdiz monseigneur Charles et duc de Bretaigne; laquelle chose lui fut depuis dicte et certifiée par le herault dudit duc de Bretaigne*. Mais, ce non obstant, il ne s'en voulut aler ne desemparer son ost, mais s'en ala avecques sondit ost tenir et édifier ung parc audit lieu d'entre Esclusiers et Gappy, le dos au long de ladicte rivière de Somme ^. Et, pendant certain temps qu'ilz y furent, furent envoiez par diverses foiz audit duc de Bourgongne de par le roy plusieurs ambasseurs comme monseigneur le connestable, monseigneur le cardinal d'Angers,- maistre Pierre d'Oriole^ et autres, pour tousjours cuider trouver moien de bonne amour et pacificacion de paix du costé du roy, qui tousjours la vouloit avoir, ja soit ce que les cappitaines et gens de guerre du roy n'en estoient point d'opinion, mais requeroient au roy qu'il les laissast faire et qu'ilz ren-
1 . « Bien fort esbahy fut le duc de Bourgongne de ces nouvelles, veu qu'il ne s'estoit mis aux champs que pour secourir lesdiz ducz, et fut en grant dangier ledit herault... » (Commynes, éd. Dupont, I, 150. Cf. Ghastellain, V, 430).
2. « Durant le temps que le duc se tenoit en son parc, il fesoit si pluvieux que merveille seroit à conter comment ne luy ne ses gens s'y povoient tenir..., et tellement que le duc se trouva constraint par la clameur qu'il en oyt de se lever et de changer lieu plus au couvert... Sy se conclut enfin de desloger et crut conseil et s'alla loger à Lihons en Santers atout sa bataille... » (Ghastellain, V, 435 et suiv.).
3. Interpolations et variantes, § LX. — « Vint de par le roy le cardinal Ballue, ambassadeur, qui peu y arresta, etc. » (Commynes, éd. Dupont, I, 149). Et Ghastellain : « Moult se donnoit de peine le conte de Saint-Pol, connestable, en cestuy parlement, afin de les unir, et jour et nuit alloit et venoit entre deux, puis devers l'un, puis devers l'autre. . Là avoit fort à faire... » (t. V, p. 437).
droient ledit duc de Bourgongne et ceulx de sadicte compaignie tout à son bon plaisir et voulenté. Laquelle chose il ne voulut souffrir, ne tolérer qu'on leur courust sus, mais leur défendit de le faire et sur la hart^. Et, durant ce temps et jusques au xii" jour d'octobre ensuivant mil IIIPLXVIII, furent grans nouvelles que le roy et ledit duc de Bourgongne avoient fait une trefve jusques au moys. d'avril prouchain ensuivant. Et, sur l'espérance d'icelle trefve, le roy délibéra soy en retourner de Gompiengne, où il estoit^, pour s'en venir à Greil et à Pontoise. Et, pour ceste cause, envoya ses fourriers audit lieu de Pontoise, qui y prindrent son logis; mais depuis il changa propos et retourna hastivement dudit lieu de Gompiengne à Noyom^, où peu de temps par avant y avoit esté. Pendant lequel temps Philippe de Savoye , Poucet de Rivière, le seigneur d'Ulfé, le seigneur du Lau et autres, qui s'estoient mis et meslez ensemble, firent moult de maulx'*.
1. « Gestuy orgueilleux rebelle Charles, faux, maudit Anglois qu'il est, sera rué aussy pour ses péchés... Que l'on fiere dedans! De par tous les mille grans deables, que l'on y fiere! Que dissimule tant le roy, qui cy pend à l'escout et se fait brebis et bargaigne l'on de sa peau ou de sa laine?... Telles et si faites estoient les paroles des François, fait à penser entre les gens d'armes et qui desiroient la guerre pour le gagnage et aucuns aussy par haine formée de vieil temps contre la maison de Bourgongne..., mais entre les gens du Conseil estoit l'avis tout autre » (Ibid., 439-442).
2. Louis XI demeura à Compiègne du 17 septembre à la lin du mois tout au moins (Itin. cité).