‹ Journal (volume 2)Chapitre 87 sur 163 · Gonesse, auj. dép. de Seine-et-Oise, arr. de Pontoise · texte numérisé non relu

Gonesse, auj. dép. de Seine-et-Oise, arr. de Pontoise

2. Louis XI arriva à Peronne le dimanche 9 octobre. On notera l'inexactitude, sans doute voulue, des premières relations de l'entrevue de Peronne qui circulèrent à Paris. Notre chroniqueur se montrera mieux informé dans la suite (voy. plus loin, à la date du mois d'avril 1469). La paix fut jurée entre le roi et le duc de

révérence comme bien tenu y estoit ; et puis parlèrent ensemble longuement et devindrent bien contens l'un de l'autre, quelque rumeur qu'il y eust eue auparavant, et tellement pacifièrent ensemble qu'ilz firent entr'eulx paix, et jura ledit monseigneur de Bourgongne que jamais ne feroit riens contre le roy et qu'il vouloit du tout vivre et mourir pour lui. En faisant laquelle paix le roy lui conferma 1er traictié d'Arras et autres choses, ainsi que depuis il le manda et fist assavoir aux nobles, gens d'église, à sa court de Parlement et autre populaire de sa ville de Paris, qui, pour cause de ce et par son ordonnance, firent processions générales, chantans aux églises Te Deum laudamus et autres belles louenges à Dieu, les feux fais parmy les rues et j tables drecées, donnans à boire à tous venans ; et plu- i sieurs autres grans joyes en furent faictes en ladicte ville de Paris ^ .

Et, en ces entrefaictes, vint nouvelles que les Liegois avoient prins et tué leur evesque et tous ses officiers-; dont et de quoy le roy, ledit monseigneur de

Bourgogne le 14 octobre, vers dix heures du matin, après une nuit orageuse, pendant laquelle Charles le Hardi parut à plusieurs reprises sur le point de se défaire de son ennemi (voy. le célèbre récit de Commynes, éd. Dupont, I, 158-176. Cf. ibid., III, 237; Lenglet, III, 22, et Vacsen, Lettres de Louis XI, III, 289).

1. A Amiens, comme à Paris, on chanta un Te Deum et on fit des réjouissances lorsqu'on apprit la conclusion de la paix, sans en connaître les circonstances, bien entendu. Maupoint, qui entre dans beaucoup plus de détails que Jean de Roye, ne dit pas que Louis XI ait été la victime d'une trahison [Journal, p. 107 et s.).

2. Les réfugiés liégeois certifiaient même qu'ils avaient vu dos ambassadeurs du roi de France exciter les Liégeois rebelles. Le duc se mit en une grande colère, « disant que le roy estoit venu là pour le tromper... et le menassoit fort » (Commynes, éd. Dupont, I, 162). Michelet soutient, avec le chroniqueur liégeois Adrien de

Bourgongne, monseigneur le duc de Bourbon et messeigneurs ses frères et autres furent moult desplaisans et marris ; et fut grans nouvelles que le roy et ledit seigneur de Bourgongne yroient en personnes pour punir et destruire lesdiz Liegois. Et après, vindrent autres nouvelles que ledit evesque n'estoit point mort ne prins, mais l'avoient iceulx Liegois contraint de chanter messe. Et depuis se tindrent iceulx Liegois bien contens de lui et se rendirent tous à lui comme à leur vray seigneur naturel, et eulx offrant à lui à tout son bon plaisir faire, cuidans à ceste cause appaiser tout le maltalent de auparavant.

En ce temps, le roy s'en ala à Nostre-Dame de Haulx en Alemaigne, où il ne séjourna gueres^. Aussi Philippe de Savoie et autres estans avecques lui firent leur paix au roy par le moien dudit seigneur de Bourgongne. Et, après que le roy ot fait son voyage et pèlerinage audit lieu de Nostre-Dame de Haulx, il s'en ala à Namur pardevers ledit seigneur de Bourgongne, où on lui fist délibérer d'aler avec ledit de Bourgongne devant la cité du Liège-, où ilz furent et demourerent

Vieux-Bois, que la nouvelle du soulèvement des Liégeois ne fut pas une surprise pour le duc de Bourgogne.

1. Ghastellain nomme plusieurs fois Notre-Dame de Haulx. C'est aujourd'hui Hal, petite ville du Hainaut, sur la Senne, à 17 kilomètres environ au sud de Bruxelles, avec une célèbre église dédiée à la Vierge. Il y a une soixantaine de kilomètres de Namur à Hal. L'itinéraire de Charles le Hardi veut que les deux princes aient séjourné à Namur du 11 au 24 octobre 1468 (Lenglet, H, 192); c'est sans doute pendant ce temps que Louis XI fit son pèlerinage à Hal.

2. Ce n'est pas à Namur, mais, dès le 14 octobre, à Péronne, alors que l'évéque de Liège passait pour mort, que le roi fit la proposition d'accompagner le duc à Liège ; plus tard Charles ne lui permit pas de se dédire (Basin, II, 200).

depuis par aucun temps logez aux faulxbourgs d'icelle, y tenant le siège ^. Et avecques le roy y estoient monseigneur de Bourbon, monseigneur de Lyon, monseigneur de Beaujeu et monseigneur l'evesque dudit Liège, tous frères. Lequel monseigneur du Liège esloit yssu hors d'icelle ville pour aler devers mondit seigneur le duc de Bourgongne, pour savoir s'il pourroit trouver aucun bon appoinctement pour les habitans dudit Liège, en lui offrant pour eulx lui bailler et délivrer ladicte ville et tous les biens de dedens, pourveu que les habitans d'icelle ville, hommes, femmes et enfans, eussent leur vie saulve seulement, dont il ne voult riens faire, mais, au contraire, tîst serement que lui et tous ses satellites mourroient en la poursuite, ou il auroit ladicte ville et tous les habitans d'icelle pour en faire du tout à son plaisir et voulenté ; et retint pardevers lui ledit evesque du Liège, sans vouloir souffrir qu'il s'en retournast en ladicte ville, non obstant que ledit evesque avoit promis et juré ausdiz de Liège de retourner pardevers eulx et de vivre et mourir avecques eulx. Et tantost après le parlement dudit evesque de ladicte ville et cité du Liège, et que lesdiz Liegois furent advertis que leurdit evesque estoit détenu par ledit de Bourgongne et ne s'en povoit retourner en ladicte ville, iceulx Liegois firent plusieurs saillies sur lesdiz Bourguignons et gens du roy et sur leurs compaignies ; lesquelz Liegois, quant aucuns en povoient prendre, les mettoient à

1. Louis XI et Charles le Hardi arrivèrent dcvuut Liùge le 27 octobre, alors que l'avant-garde bourguignoaae venait d'y subir un échec assez rude (Commynes, éd. Dupont, I, 170 et suiv. Cf. Lenglet, II, 193, et Vaesen, LcUres de Louis XI. III, 300).

mort et gens et chevaulx^. Mais, non obstant toutes ces choses, le dimenche xxx^ et penultime jour d'octobre, oudit an IIIF LXVIII, entre ix et x heures de matin, ledit duc de Bourgongne fist ordonner de bailler et livrer assault en icelle ville; ce qui fut fait-. Et y entrèrent iceulx Bourguignons sans aucune resistence ; et y entra aussi le roy et les ducs de Bourgongne, monseigneur de Bourbon, messeigneurs de Lion, du Liège et Beaujeu, frères. Et, à l'eure dudit assault, la plus grande et saine partie des habitans d'icelle cité s'enfouirent et retrahirent et laissèrent ung peu de populaire comme femmes, enfans, prestres, rehgieuses et vielz et anciens hommes, qui tous y furent tuez et murdris^. Et moult d'autres merveilleuses cruaultez et inhumanitez y furent faictes, comme jeunes filles et femmes efforcées et violées, et, après le desordonné plaisir prins d'elles, les tuer et murdrir, les religieuses aussi efforcer, petis enfans tuer et prestres consacrans

1. Voir dans Commynes (éd. Dupont, I, 187 et suiv.) le récit de l'héroïque sortie des 600 montagnards du Franchimont, qui, dans la nuit du 29 octobre, faillirent enlever le duc de Bourgogne et le roi lui-même (cf. ibid., Preuves, III, 239).

2. L'assaut fut donné de trois cotés à la fois par les gens du duc, par ceux de Philippe de Savoie, par ceux du maréchal de Bourgogne (Commynes, éd. Dupont, III, 246 et suiv.).

3. « Cives... modicam resistentiam objecerunt, sed aurum et argentum, seu quod facile exportari posse putabatur qui potuerunt rapientes, per turmas transmisso flumine aufugerunt » (Basin, II, 204) ; et Commynes : « Je ne veiz par là où nous estions que trois hommes mors et une femme, et croy qu'il n'y mourut point 200 personnes en tout, que tout le reste ne fuyst ou se cachast aux églises ou aux maisons » (éd. Dupont, I, 195, 197, et III, 240 et suiv.). Ceci ne s'applique qu'à l'assaut; les jours suivants, on noya et pendit tous ceux qui ne purent payer une rançon {Ibid., I, 196 et suiv.). La ville fut incendiée le 3 novembre par ordre du duc {Ibid., III, 252).

corpus domini aussi tuez et murdris dedens les églises. Et, après toutes ces choses faictes, roberent et pillèrent toute ladicte ville et cité et en après la bruslerent et ardirent et gecterent la muraille dedens les fossez^

Et, après toutes ces choses ainsi faictes que dit est, le roy s'en retourna à Senlis et Compiengne, où il manda aler pardevers lui toute sa court de Parlement, sa Chambre des Comptes, generaulx [des] finances et autres ses officiers : ce qu'ilz firent. Et, eulx venus et arrivez pardevers lui, fist et ordonna plusieurs choses; et aussi, pour ce qu'il n'avoit pas intencion de séjourner audit lieu, il tist proposer par la bouche dudit cardinal d'Angers à tous les dessusdiz officiers tout ce qui par lui avoit esté accordé audit seigneur de Bourgongne, qui plus à plain estoit contenu et spécifié en XLii articles qui par ledit cardinal furent declairez lors ausdiz officiers, en leur disant de par le roy que son plaisir estoit que, par sadicte court de Parlement et tous autres ses officiers, feust fait et acomply tout ce qu'il avoit conclud et acordé avecques ledit de Bourgongne et que tout lui feust du tout entériné et acomply sans aucun contredit ou difficulté, sur certaines grans peines que lors il exprima de bouche^. Et puis

1. De la muraille il restait peu de chose depuis la précédente rébellion. « Leurs murs estoient tous rasez..., et y avoit seuUement ung peu de douve, ne jamais ne y eut fossez, car le fons est de roc très aspre et très dur » (Gommynes, éd. Dupont, I, 184). « Toutes les esglises, au nombre de plus de une, ont été pillées, desrobées, désolées, et ce dit l'on quelles seront brullées et toute lad. cité aussi » (Rapport d'un témoin, ibid., i*reuves, m, 247).

2. « Le roy se départit mercredy, second jour du présent mois de novembre, de ceste dicte cité et s'en tira contre Huy; mond. seigneur le duc le convoya et plusieurs autres seigneurs... »

le roy s'en ala en aucuns lieux près de Paris, sans vouloir entrer en ladicte ville ^ ; mais aucuns grans seigneurs estans autour de lui y vindrent et y séjournèrent, comme messeigneurs les duc de Bourbon, de Lyon et Beaujeu frères, le marquis du Pont^ et autres. Et, le samedi xix® jour de novembre, oudit an I1II<^ LXVIII, fut crié et publié à son de trompe et cry publique par les carrefours de Paris ledit accord et union fait, comme dit est, entre le roy et mondit seigneur de Bourgongne, et que, pour raison du temps passé, personne vivant ne feust si ozé ou hardi d'en riens dire à l'opprobre dudit seigneur, feust de bouche, par escript, signes, paintures, rondeaux, balades, virelais, libelles diffamatoires, chançons de geste ne autrement, en quelque manière que ce peust estre, et que ceulx qui seroient trouvez avoir fait ou aie au contraire feussent griefment punis, ainsi que plus à plain ledit cry le contenoit^.

(Lettre d'Ant. de Loisey, aux Preuves de Commynes, éd. Dupont, III, 240. Cf. I, 198 et suiv.). Louis XI, accompagné de Phil. de Grèvecœur, seigneur d'Esquerdes, et d'autres seigneurs bourguignons, s'en fut à Notre-Dame de Liesse (auj. Aisne, arr. de Laon). Là, quand il eut fait ses dévotions devant l'image de la Vierge, il prêta serment, en présence des princes de Bourbon et des seigneurs de Bourgogne d'entretenir la paix, « disant que mesvenir i\ luy peust s'il ne luy tenoit tout ce qu'il luy avoit promis et juré » (Chronique anonyme citée, ms. fr. 20354, fol. 194).

1. « Seu verecundia et rubore suffusus... seu quod suorum officiariorum ejusdem urbis querelas verebatur » (Basin, II, 208).

2. Nicolas, marquis de Pont-à-Mousson, lils de Jean II, duc de Galabre, et de Marie de Lorraine. Duc de Galabre et de Lorraine, Nicolas mourut au mois de juillet 1473. En 1468, il n'avait pas encore rompu la promesse qu'il avait faite d'épouser Anne, fille de Louis XL

3. Gf. Chronique anonyme citée, ms. fr. 20354, fol. 194. Sur la

Et, ce mesmes jour, furent prinses pour le roy, et par vertu de sa commission adreçant à ung jeune fîlz de Paris nommé Henry Perdriel\ en ladicte ville de Paris, toutes les pyes, jays, chouetes estans en cage ou autrement et estant privées, pour toutes les porter devers le roy. Et estoit escript et enregistré le lieu où avoient esté prins lesdiz oiseaulx et aussi tout ce qu'ilz savoient dire, comme : Larron! Paillartf Filz de putamf Va hors, va! Perrete, donne moy à boire! et plusieurs autres beaux motz que iceulx oiseaux savoient bien dire et qu'on leur avoit aprins. Et, depuis encores, par autre commission du roy adreçant à Merlin de Gordebeuf, fut venu quérir et prendre audit lieu de Paris tous les cerfz, biches et grues qu'on y peust trouver et tout fait mener à Amboise-.

manière dont les nouvelles politiques étaient portées de lieu en lieu par les « chanteurs et recordeurs de chançons, » on peut consulter de curieuses lettres de Louis XI rapportées dans un formulaire du xv^ siècle (Bibl. nat., ms. fr. 5909, fol. 29). « L'umble supplication de... avons receue, contenant que comme, pour gaigner sa povre vie, il se soit mis à aller par uostre royaume pour chanter et recorder chançons, dictez et records touchant les bonnes nouvelles et advantures qui nous sont survenues et surviennent chascun jour au bien de nous et nostre seigneurie... » Injonction est faite en consé(juence aux oilicicrs du roi de ne donner aucun empêchement au chanteur et de le « laisser assembler gens pour recorder lesd. dictez et chançons... » au son de la vielle, à condition que ses chants ne soient pas séditieux ni « touchant division, d

i. Henri Perdriel fut nommé garde du parc de Saint- Jamme le 13 mai 1405 et clerc civil du greffe du Ghàtelct le 17 juillet suivant (Sauvai, Anliqiiitcs de Paris, lU, 386. Voy. plus haut, p. 74).

2. On sait à quel point Louis XI. était amateur d'animaux de toutes races. Il en faisait collection. Peut-être l'abbé Legrand et Michelet se sont-ils montrés trop ingénieux en inférant de ce passage de la Scandaleuse que le roi avait pris ombrage de

En après, le conte de Foix, qui nouvellement estoit venu à Paris ^ ou mois de décembre ensuivant devint merveilleusement amoureux d'une moult belle et honneste bourgoise de Paris, nommé Estiennette de Besan-

ce que les Parisiens faisaient répéter malicieusement à leurs oiseaux savants le nom de Perrette de Clialon et celui de Péronne. — Merlin de Gordebeuf, seigneur de Beauvergier, écuyer d'écurie de Louis XI (mai 1465, Ordonnances, XVI, 329), était pensionné vers la même époque à 41 1. 5 s. t. par mois (Bibl. nat., ms. fr. 20491, fol. 77), et à la tête de 25 hommes de pied fut commis pendant la campagne de Bourbonnais (juin 1465) à la garde des places de Montpensier et de Rochefort (ms. fr. 20496, fol. 30). Au mois d'août 1470, ce capitaine fut chargé de conduire en Roussillon et en Catalogne les gens d'armes et de trait du sire de Lescun (Vaesen, Lettres de Louis XI, II, 92). Un Merlin de Gordebeuf, écuyer d'écurie de Gharles VII, arrivé au déclin de la vie, terminait, au Ghastellet-sur-Oise, le 4 janvier 1458 (v. st.), pour Jacques de Luxembourg, seigneur de Richebourg, un curieux Traité des tournois, actuellement conservé à la Bibl. nat., ms. fr. 1997. Cf. de Beaucourt, Histoire de Gharles Vil, V, 80 et suiv. 1. Gaston arriva à Paris, pour y attendre le roi, le mercredi 26 octobre 1468, en compagnie des cardinaux d'Avignon et d'Albi, du comte de Penthièvre, du marquis de Pont et d'autres seigneurs. Balue fit son entrée le 3 novembre au soir, et c'est le 27 du même mois, à Notre-Dame, que les deux cardinaux lui remirent le chapeau avec grande pompe et en présence des princes de la maison de Bourbon, des évêques de Paris et de Meaux et des corps constitués. Le cardinal d'Albi prononça un discours dont le texte est conservé aums. lat. 14117 de la Bibl. nat., fol. 78 voà84 v (xv^ s.). Maupoint, qui fournit ces détails, décrit tout au long le merveilleux banquet que le nouveau cardinal présida en l'hôtel Piquet, près les Blancs-Manteaux. Il énumère les vins, les viandes exquises, « les jolie/, dames, damoiselles et jeunes bourgoises, b les chanteurs, trompettes, ménétriers, danseurs et joueurs de farces. Parmi ces derniers, détail piquant, un personnage comique contrefit Baluc lui-même, et, « entre beaulz ditz de son personnaige, » parodiant l'exubérante activité de son modèle, allait répétant ces mots : « Je fay raige, je fay bruit, je fay tout, il ne est nouvelle que do. moy ! » [Journal, p. 109, 112 et suiv.).

çon, femme d'un notable marchant de ladicte ville nommé Henry de Paris, qui estoit bon marchant et puissant homme ^ Et estoit ladicte bourgoise moult honnourée entre toutes les femmes de bien de ladicte ville, et fort priée et requise de estre et soy trouver en tous banquetz, festes et honnestes assemblées qui se faisoient en icelle ville. [Si] communiqua avecques ledit seigneur de Foix de questions joieuses et amoureuses, et, sur plusieurs requestes, offres et autres plaisans bourdes que lui fîst et promist ledit conte de Foix, convindrent tellement ensemble que, le dimenche xif jour 2 dudit moys de décembre, oudit an IIII" LXVIII , icelle Estiennete se departy de son hostel de Paris qu'elle laissa et habandonna, ensemble sondit mary, ses enfans, père, mère, frères et seurs et tous ses parens et amis, et s'en ala après ledit seigneur de Foix, avecques aucuns de ses gens et serviteurs, qui pour ce faire estoient demourez audit lieu de Paris et l'en amenèrent à Blois, où estoit demouré à séjour ledit seigneur, attendant ilec la venue d'icelle Estiennette : avecques lequel seigneur icelle Estiennete demoura par l'espace de trois jours, et puis s'en party ledit seigneur de Foix et s'en ala à Tours pardevers h roy, et

1. Étiennette paraît avoir été la fille d'un conseiller au Parlemont. Elle épousa en secondes noces Jean Le Camus, secrétaire du roi, et vivait encore en 1501 (Bibl. nat., Pièces orig., vol. 321, doss. Besançon). — Henri de Paris, qui fut échevin de Paris en 1461, était fils de Guillaume de Paris et de Marguerite Clutin (Bibl. nat., Pièces orig., vol. 2198, doss. Paris).

2. Lisez le xi« jour. — Gaston IV avait alors (juarante-cinq ans environ et passait pour un prince des plus galants et des plus magnifiques. Voyez Histoire de Gaston IV, cotnte de Foix, par G. Leseur, publiée par M. Courteault pour la Société de l'histoire de France, t. I, Introduction.

en fist mener avecques lui icelle Estiennete, qui fut ilec bien recueillie par Martin Ponchier, marchant et bourgois de Tours, oncle d'icelle Estiennete*. Et, peu de temps après, fut ladicte Estiennete envoiée à Frontevaux pardevers la prieuze dudit lieu, tante de ladicte Estiennete, où depuis elle demoura par certain temps après ^.

En après, le roy se tint et séjourna à Tours, à Amboise et ilec environ^, tousjours attendant que la royne deust acoucher, qu'on disoit estre fort grosse, mais elle ne eut point d'enfant.

Et, après ces choses, le roy ordonna certaine quantité des lances de son ordonnance pour aler servir le duc de Galabre pour recouvrer son royaume d'Arragon. Et avecques lesdictes lances ordonna aussi y aler huit mil frans archers, avec grant quantité de son artillerie, où ilz ne furent point non obstant ladicte ordonnance*.

1. Martin Poncher, grènetier de Tours en 1451, était, en 1472, commis à payer les gages de certains ofïiciers et gens de l'hôtel du roi (Vaesen, Lettres de Louis XI, IV, 229).

2. M. Longnon a bien voulu nous signaler l'existence de deux factums curieux composés en cette occasion, l'un par Robertet, secrétaire du duc de Bourbon, l'autre par messire Guillaume Cousinot, pour la défense d'Étiennette de Besançon. Ces plaidoyers attestent le scandale provoqué par cette aventure, les remords de la coupable et les efforts de ses amis pour excuser sa faute (Bibl. nat., ms. fr. 12788, fol. 119 et suiv., xv« s.). — La prieure de Fontevrault devait se nommer Marguerite Hodry. Elle mourut le 22 juillet 1484, à l'âge de quatre-vingts ans (Gallia christiana, t. II, col. 1330).

3. A Tours et aux environs, depuis le 20 décembre 1468 jusqu'à la mi-février 1469; ensuite à Amboise (Itin. cité).

4. Cf. Vaesen, Lettres de Louis II, III, 321-324, et le travail cité sur Jacques d'Armagnac, extrait de la Revue historique, p. 11.

Et, le mois de février ensuivant, vindrent à Paris les ambasseurs de mondit seigneur de Bourgongne pour l'expedicion des articles à lui accordez de par le roy, et pour lesquelz le roy escripvy et charga bien expressément aux prevost des marchans et esche vins et tous autres officiers et gens notables de ladicte ville que, de tout leur povoir, ilz festiassent fort et honorablement lesdiz ambasseurs ; jaquelle chose fut faicte, et furent moult honnorablement et habondamment festiez, et premièrement par ledit monseigneur le cardinal d'Angers, secondement par le premier président de la court de Parlement', tiercement par maistre Jehan de la Driesche, président en la Chambre des comptes et trésorier de France-, quartement par monseigneur de Mery, et quintement, et pour derreniere foiz, par les prevost des marchans, eschevins et bourgois de ladicte ville; lequel festoy fut moult honnorable. Et, durans lesdictes choses, furent leurs lettres expédiées par toutes les cours de Paris, tous lesdiz articles ainsi à eulx accordez par le roy que dit est^.

Et, le jeudy xvp jour de février, oudit an mil IIIF LXVIII, advint ou Ghastellet de Paris que ung nommé Chariot le Tonnelier, dit La Hôte, varlet chaussctier'^, demourant à Paris, qui avoit esté constitué prisonnier ou Ghastellet de Paris pour raison de plu-

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