Lisez tint
6. C'est la grande route de Lunéville à Nancy (voy. le plan de la bataille à la fin du Mémoire cité de l'abbé Marchai).
deux bendes marchoient et qu'elles furent à ung grant trait d'arc des Bourguignons, l'artillerie dudit duc de Bourgongne descharga sur iceulx Suixes et y fist quelque dommage^ Laquelle bende des Suisses laissa ledit chemin et tira au dessus vers le bois, tant qu'elle fut au costé dudit duc de Bourgongne, au plus hault du lieu.
En faisant ces choses, ledit duc de Bourgongne fist tourner ses archers, qui tous estoient à pié, devers iceulx Suixes, et ordonna deux eles de ses hommes d'armes pour bataille, dont en l'une estoit Jaques Galiot, capitaine ytalien, et à l'autre estoit le souverain de Flandres, nommé messire Josse de Lalain-. Et, si tost que lesdiz Suixes se trouvèrent au dessus et au costé dudit duc de Bourgongne, tout à ung cop se tournèrent le visage vers lui et son armée, et sans arrester marchèrent le plus impétueusement et orguilleusement que jamais gens firent, et, à l'aproucher pour joindre deschargerent leurs coulevrines à main. Et, à ladicte descharge, qui n'estoit pas des generaulx des finances^, tous les gens de pié dudit de Bour-
1. La Relation citée porte ici : et n'y fist gueres de dommage, car icelle bende, etc.
2. Jacques Galeotto commandait l'aile gauche et le bailli souverain de Flandres l'aile droite (Molinet, I, 232). Galeotto, condottiere italien, avait passé de la solde de Jean, duc de Calabre, à celle du duc de Bourgogne. Il fut tué au service de Charles VIII à la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier (1488). Josse de Lalaing, fils de Simon, seigneur de Montigny, chevalier de la Toison, bailli de Flandres, fut tué au siège d'Utrecht (1483).
3. On appelait décharge, en langage de finance, ce que nous nommerions une assignation de paiement. Ce faible jeu de mots appartient en propre à Jean de Roye et n'est pas emprunté à la Relation citée.
gongne se mirent en fuite. La bende des Suixes qui estoit devers la rivière marchèrent quant et quant celle dudit Jaques Galiot et de ceulx qui estoient avecques lui, et fraperent lesdiz Suixes dedens eulx, qui furent incontinent deffais. L'autre ele desdiz Bourguignons tourna pareillement sur l'autre bende desdiz Suixes, mais ilz les recueillirent bien. Et, si tost que lesdictes gens dudit duc de Bourgongne se mirent en fuite, ses gens de cheval piquèrent après et tirèrent pour passer au pont de Bridores^, à demie lieue de Nancy, qui estoit le chemin à tirer vers Thionville et Luxembourg. Et lequel pont ledit conte de Gampbatz avoit empesché, et y estoient lui et ses gens et autres gens d'armes tous en armes, et avoit fait mettre des chariotz au travers dudit pont, et, ainsi que la foule desdiz Bourguignons y arrivoit, trouvoit ilec sa resistence. Monseigneur de Lorraine et ses gens suivoient au dos; et, pour ce que l'en gardoit ledit pont et qu'il estoit bastille, lesdiz Bourguignons furent contrains de eulx gecter aux guez de la rivière. Et là fut le grant murdre plus la moitié que ou champ de la bataille, car ceulx qui se gectoient en l'eaue estoient tuez par lesdiz Suixes qui y vindrent, et ceulx de l'autre partie se noioient eulx mesmes, et le demourant fut mort ou prins et bien peu s'en sauva. Et aucuns, quant ilz virent l'embusche dudit pont, se tirèrent vers le boys, et là les gens du pays si les suivoient et les prenoient et tuoient, et à quatre lieues environ on ne trouvoit que gens mors par les chemins.
1. Buzore, dans la Relation, mais il faut lire Bouxières, auj. Bouxières- aux -Dames, sur la Meurthe, dép. de Meurthe-et- Moselle, cant. est de Nancy.
Et dura la chasse sur lesdiz Bourguignons jusques à plus de deux heures de nuit, que monseigneur de Lorraine s'enquist de tous costez qu'estoit devenu ledit de Bourgongne, et s'il s'en estoit fouy ou s'il estoit prins : mais à l'eure n'en furent sceues aucunes nouvelles. Et tout incontinent fut envoyé par ledit duc de Lorraine homme propre en la ville de Metz, pardevers ung qui estoit nommé Jehan Dais, clerc de ladicte ville de ]\Ietz, pour savoir se ledit de Bourgongne estoit point passé. Et, le lendemain, ledit Jehan Dais manda dudit lieu de Metz audit seigneur de Lorraine que seurement il n'y estoit point passé, et ne savoit on qu'il estoit devenu, et qu'il n'avoit point tiré vers Luxembourg*. Et, le lendemain qui fut lundi, jour des Roy s, ledit conte de Gampbatz monstra ung paige qui avoit esté prins, qui avoit nom Baptiste, natif de Romme, du lignage de ceulx de la Goulompne^, qui estoit avec le conte de Chalon, neapolitain, lequel estoit avec ledit duc de Bourgongne. Et, après qu'il ot esté interrogué, fut icellui page mené à grant compaignie de gens de guerre au lieu où ledit de Bourgongne gisoit mort et tout nu. Et, en icellui lieu, le mardi ensuivant de ladicte bataille, au matin, ledit page monstra clerement ledit de Bourgongne mort et tout nu, et environ lui xiiii [cens] hommes tous nuz, les ungs assez loings des autres^. Et avoit ledit duc
1. La Relation porte : « Tout à l'heure fut envoyé homme propre nommé Jehan Deschamps, clerc de la ville de Mestz, pour scavoir se led. duc estoit point passé. Et le lendemain manda que seurement on ne scavoit qu'il estoit devenu et qu'il n'estoit point venu vers Luxembourg. » Ce texte parait préférable à celui de Jean de Roye.