L'aine (voyez Godefroy, Dict. de Vanc. langue française
dirent pareillement ses varletz de chambre, le grant bastard, messire Olivier de la Marche, son chappellain, et plusieurs autres de ses gens prisonniers dudit Monseigneur de Lorraine ^
Et, après que ledit de Bourgongne ot esté porté audit lieu de Nancy et ilec lavé, emondé et netyé, il fut mis en une chambre bien close, où il n'y avoit point de clarté, laquelle fut tendue de veloux noir, et estendu le corps dessus une table, habillé d'un vestement de toile depuis le col jusques aux piez, et dessoulz sa teste ung orillier de veloux noir, et dessus le corps ung poile de veloux noir. Et aux quatre cornetz avoit quatre grans cierges, et aux piez la croix et l'eaue benoiste. Et, y vint ilec le veoir ainsi appareillé ledit monseigneur de Lorraine, vestu de dueil, et avoit une grant barbe d'or venant jusques à la seinture en significacion des anciens preux et de la victoire qu'il avoit sur lui eue. Et à l'entrée dist ces motz, en lui prenant l'une des mains de dessoubz ledit poile : « Yoz âmes ait Dieux ! Vous nous avez fais mains maulx et douleurs! » Et à tant vint prendre l'eaue benoiste et la gecta dessus le corps. Et, depuis y entrèrent tous ceulx qui le vouldrent ilec veoir.
Et, incontinent après ladicte desconfîture et mort dudit de Bourgongne, ledit seigneur de Lorraine et autres seigneurs et cappitaines se mirent à conseil et ordonnèrent que aucuns d'eulx yroient en la duchié
1. Le chroniqueur a abrégé la fin de la Relation, qui, après avoir énuméré les personnes qui reconnurent le cadavre du Téméraire, ajoute : « N'y a point de faulte qu'il ne soit mort, etc. » (voy. Lenglet, UI, 496). — Le paragraphe de notre Chronique qui commence par les mots : « Et, incontinent après lad. desconfiture » et le suivant sont empruntés à la Relation.
de Bourgongne, en la Conté et autres lieux qui se tenoient pour ledit de Bourgongne, pour tous les réduire et mettre en la main du roy : laquelle chose fut incontinent faicte sans resistence. Et pareillement ceulx de la conté d'Aucerre se rendirent et tirent serement au roy.
En ladicte bataille moururent la pluspart de tous les gens de bien de sadicte compaignie ; et y furent prins le grant bastard de Bourgongne, le bastard Baudouyn de Bourgongne et plusieurs autres grans et bons prisonniers^.
Après ce que le roy ot esté deuement acertené de ladicte mort et les choses dessusdictes^, il se parti de Tours pour aler en pèlerinage à sa devocion ; et après s'en retourna à Chartres, à Villepereur, à Hauberviller, à Nostre-Dame de la Victoire, et après à Noiom, à Compiengne^. Et cependant se réduisirent à lui plusieurs villes et places tenues et ocupées par ledit de Bourgongne, comme Montdidier, Peronne, Abbeville, Monstereul sur la mer, et autres places estans près de Arras* ; mais lesdiz d'Arras ne vouldrent point