‹ JournalChapitre 151 sur 178 · De Maigné · texte numérisé non relu

De Maigné

« Sire, tant et si humblement que povons nous recommandons à vostre bonne grâce. Sire, à ceste heure présente, voz ennemys, qui sont les nostres, sont devant noz yeulx en grosse compaignye. Nous prions Dieu qu'il nous doint la grâce de vous y faire le service tel que nous desirons et que espérons faire; et povez estre asseuré que noz vies n'y seront point espargneez pour ce faire. Escript sur le champ, le X® jour d'aoust. »

Lesquelles lettres receues par le roy, fist de grans dons et oblations en plusieurs églises, en recommandant à Dieu son affaire et qu'il luy pleust avoir ses gens d'armes pour recommandés.

Et, après lesdittes lettres escriptes, tous lesdits capitaines, par grant vigueur, marchèrent contre les batailles dudit duc très vaillamment et de grant couraige; aussi semblablement marchèrent de leur costè ceulx dudit duc. Et au donner dedans, les gens d'armes du roy deffirent les gens de cheval du duc et les chassèrent jusques aux portes d'Aire, où fut très Yaillament servi le roy, car il y eut grant occision des gens de cheval du duc, et y perdirent beaucop de biens.

Et devez sçavoir que Mons. le conte de Romont demoura avec les gens de pié du duc d'Autriche, acompaigné de xiiii à XV mil piétons, qui avoit la charge de la bataille ; lequel vint frapper sur les frans archiers, dont aucuns se amusèrent a pillier le bagaige et les autres estoient hors d'ordre. Lesquelz furent tost et aisément deff"aiz, pour ce que en eulx ne fut trouvé aucune résistance. Et, touchant ceste màtere, n'en ay volu plus avant escripre. Ledit conte de Romont avoit, celle journée, ung bras descouvert, excepté sa chemise qui estoit dessus ; et aussi avoient dix ou douze gentilzhommes de sa bande.

Et à la chasse devantditte fut prins grant nombre de gens de cheval du duc, qui estoient bons prisonniers, dont aucuns payèrent leur rençon, et les autres le roy les print en son service. Et aussi y perdit le roy en ceste journée Vuaste de

Montepedon, bailly de Rouen, et le Beauvoisien, capitaine de cent lances.

Et, après que la journée fut vuidée, le roy estant à Lorris*, luy fut escript par ses lieutenans et capitaines. Et, le roy ayant veu leurs lettres, pourveut maistre Guillaume Picard du bailliage de Rouen, comme vacant par la mort et trespas de Vuaste de Montepedon, qui avoit esté tué, et dist à Mons. de Colombiers estant avec luy : « Mons. de Colombiers, j'ay eu des lettres qui m'ont esté escriptes, comment il est aie de mon affaire touchant mes ennemys. Et entendz bien que mes gens d'armes ont deffaict leurs gens de cheval, et aussi que mes villains frans archiers ont esté tuez à ce débat; et n'est venu l'inconvénient que. pour ce que les gens d'armes, qui estoient ordonnez les secourir, ne se misdrent entre deulx. » Et alors celluy qui avoit apporté lesdites lettres dist au roy : « Sire, le champ vous est demouré. » Et le roy luy dist : « Allés dire à mes lieutenants, puisqu'ilz ont gaigné le champ pour moy, qu'ilz y facent planter des fevez'; car je sçay bien que la nuit du combat ilz estoient trop las et n'avoient pas loisir de ce faire. »

Et incontinant après les lettres desditz capitaines venez, luy en furent presentéez unez autres, comme il se vouloit coucher, par quelcun, que l'on disoit contenir vérité : lesquelles son noient autre son que les premières. Et dist le roy à Mons. du Lude et au gouverneur de Lymosin, qui n'estoit pas avec sa compaignie : « Aha ! par la foy de mon corps, je sçay comment il va de tout; car l'on me mande, si j'ay envye d'avoir de bons chevaus et bien vistes, que j'en envoya quérir en Picardie, pource qu'il y a de mes capitaines qui les ont bien esprouvez à la course, en eulx retournant en leurs logis. » Et lors Mons. de Lude luy respondit : « Sire, c'est de deux choses l'une, comme mon advis est : qu'ilz hayent tant voz ennemys qu'ilz ne les povoieut veoir, ou

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