‹ JournalChapitre 153 sur 178 · Charles d'Amboise mourut à Tours le 22 février · texte numérisé non relu

Charles d'Amboise mourut à Tours le 22 février

et garny de bonne renommée. Duquel fut faict ung epitaffe, dont la teneur s'ensuit :

Mars, mettez jus voz armes et bannières,

Et entendez ung pou à lamenter.

Ne posez plus voz tentez par bruy[e]res;

Laissez les champs sans plus gueres hanter;

Vous n'avez cause de rire ne chanter,

Perdu avés vostre aisné filz et chef,

Dont France souffre à présent grant meschef.

Dame Palas, vostre escu de cristal Avoit porté ce grand chef que je di, Faisant reluire maint acier et métal En ost rengé, comme preux et hardi.

Onq plus grant mal en France ne sourdi, Quant Atropos, qui toutes gens vient prandre, Sa vie osta sans craindre de mesprandre.

Ha I mort cruelle, dont te vient telle envye Que tel chef d'ost et haultain chevetaine ' Tu as voulu si tost priver de vie ?

Bien te cuidions de luy estre longtaine, Mais tu as prins ton courroux et actaine ^ A le ravir puisqu'il estoit mortel :

Saiche qu'en France en avoit peu de tel

De son estât tant estoit acomply

Que Scipion, Pompée ne Hanibal,

Non pas César, de vouloir si remply

Ne fut jamais à pied ne à cheval.

Ha ! faulse mort, fait as ung si grant mal

A tous nobles et à tous gens de guerre,

Qu'on doit de toy vers Dieu vengenee querre !

1 . La forme chieftain, dans le sens de chef, est encore usitée en anglais.

2. Animosité (voy. Godefroy, Dict. de l'anc. langue française, au mot ataine).

Le roy l'avoit par sa verlu hault mis

Et eslevé sur tous les chefz de guerre

Pour pugnatif ^ de tous ses ennemis,

Gomme ung lyon de force et de vaillance.

Joyeulx estoit de sa convalescence-,

Mais tost après, comme en ung mouvement,

La raorl luy fit grand courroux et torment.

Aux Italies jadiz fist mains beaulx faitz

De son fier bras et de sa dure espée ;

En rencontre mortel portoit les faitz

Par sa force de vertuz attrempée.

Puis en France sa vertu a monstre

En plusieurs lieux, tant que le bruit en court

Par tout le monde aussi bien qu'en la court.

Duché, conté de Bourgogne hault et basse, Gomment a il subjuguée et reduicte, Et d'autres lieux en bref temps et espasse Par sa force et sa bonne conduite.

Tant a de fois les ennemys en fuite Mis et chassés, jusques en Allemaigne!

N'a guerreur qui ne le doubte et craigne.

Si vous l'aymez, sire, pas n'avés tort, Car il estoit à vous servir feable; Tant de traveil a prins à grant effort Que sa vie a esté moins durable; Mais sa gloire sera plus pardurable D^avoir eu tel maistre et si grant roy, Qui 2 loyaulment a servy sans desroy.

Il estoit né de maison ancienne

Charles d'Amboise, dont tant est de renom.

1. C'est-à-dire pour vainqueur (Lacurne de Sainte-Palaye, Gfoisaire de la langue française).

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