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Près la porte Saint-Germain

2. Littré, qui cite notre chronique, explique ce mot par « leur pays, la localité d'où elles venaient. » Peut-être le mot patois signi6e-t-il ici tout simplement la patte, la main.

couteaulx mucez, pour fraper ceulx qui le vouldroient nuire ou empescher sadicte predicacion, et qui lui disoient qu'il n'eust point de paour et qu'ilz mourroient avant que esclande lui advenist.

Durans ces choses, s'en ala en Picardie pardevers le roy ung légat de par le pape, pour remonstrer au roy et au duc en Autriche le grant mal que faisoient les Turcs et infidèles à l'encontre de la Chrestienté, en les exhortant de faire paix entre eulx et de eulx délibérer de eulx exposer à la défense de ladicte Chrestienté et destruire lesdiz infidèles. Au moien de quoy fut ung peu cessée ladicte guerre, en espérance de trouver accord en leursdiz debatz. Mais, nonobstant ce, ne cessèrent point les Bourguignons de la duchié et conté de Bourgongne de tousjours faire guerre oudit pays à l'armée que le roy y avoit envoyée et de prendre sur les gens du roy villes, chasteaulx et places par le roy recouvrées, et y tuèrent des gens du roy et frans archers bien grant nombre.

Et, le mardi xxvi® jour de may, fut crié à son de trompe et cry publique par les carrefours de Paris, comme de toute ancienneté il soit de coustume et qu'il ne loise à nulz, de quelque estât qu'ilz soient, de faire assemblées de gens en la ville de Paris, sans le congié et hcence du roy et sa justice, et que ce neantmoins, au moien de certains sermons et predicacions puis nagueres faiz en ladicte ville par frère Anthoine Fradin, de l'ordre des Cordehers, plusieurs personnes se sont assemblez et venu au couvent desdiz Gordeliers pour ilec garder ledit Cordelier, auquel n'avoit esté fait aucun obprobre par le roy ne sa justice, mais y avoient esté envoiez seulement aucuns des conseillers

du roy pour le interroguer sur aucunes choses et matières secrètes dont le roy en vouloit savoir la vérité, et ilec s'estoient tenus nuit et jour près de icellui frère Anthoine et pour le garder, si comme ilz disoient, laquelle chose estoit en grant esclande. Pourquoy et par l'advis de la court de Parlement et prevost de Paris estoit interdit et défendu à toutes personnes, de quelque condicion qu'ilz feussent, de non plus faire lesdictes telles assemblées en ladicte église des Cordeliers ne ailleurs, sur peine de confîscacion de corps et de biens ; et que, au regard de ceulx qui ainsi estoient assemblez audit lieu des Cordeliers, incontinent après le cry se départissent et alassent chascun en sa maison sur lesdictes peines ; et aux maris qu'ilz feissent défense à leurs femmes de plus aler ne eulx tenir esdictes assemblées. Après lequel cry ainsi fait que dit est, fut par grant derrision cryé par plusieurs des escoutans que ce n'estoit que folye et que le roy ne savoit rien des choses dessusdictes, et que c'estoit mal fait d'avoir ordonné de faire ledit cry.

Et, le lundi premier jour de juing, oudit an, par le premier président de Parlement et autres, qui de ce disoient avoir charge du roy, fut dit et declairé audit frère Anthoine Fradin qu'il estoit à tousjours banny du royaume de France et que pour ce faire il 'widast incontinent hors d'icellui; ce qu'il fist, et en wida le lendemain, qui fut mardi, second jour dudit moys de juing. Et, au partir dudit lieu des Cordeliers, y avoit grant quantité de populaire de Paris, crians et soupirans moult fort son département, et du courroux qu'ilz en avoient disoient de merveilleuses

choses, et y en ot plusieurs, tant hommes que femmes, qui le suivirent hors la ville de Paris jusques bien loing^, et puis s'en retournèrent.

Oudit an, le roy, qui estoit aie ou pays de Picardie en intencion d'avoir et mettre en ses mains et obéissance les villes, places et pays que tenoit le defunct duc de Bourgongne au jour de son trespas, comme appartenant au roy et à lui acquises par la rébellion et désobéissance du defunct duc de Bourgongne, et qui, pour icelles avoir, y avoit menée la plus belle et grande quantité d'artillerie et gens d'armes de son ordonnance, frans archers et nobles hommes qui onques fut veue en France, et (sic) demoura longuement oudit pays, cuidant tousjours avoir les Flamens et le duc Maximien d'Autriche, qu'ilz appellent leur seigneur^ Soubz umbre duquel avoir fut envoyé devers le roy, lui estant à Gambray et en la cité d'Arras, ambassadeurs dudit duc d'Autriche, qui pourparlerent de bailler au roy paisiblement les contez d'Artois et de Boulongne, Lisle, Douay et Orchies, Saint-Omer et autres villes, avecques la duchié de Bourgongne entière. Et, soubz umbre desdictes promesses, le roy leur bailla la joyssance de Gambray, Quesnoy le Gonte, Bouchain et autres villes^. Et, pour estre plus près du roy pour communiquer des choses dessusdictes, s'en vint loger et parquer ledit d'Autriche, lui et son

3. Interpolations et variantes, § CLXII. — « Dont aucuns s'esbahyrent, observe Commynes, veu qu'il ne cherchoit nul appoinctement et qu'il monstroit vouloir prendre le tout, sans riens laisser à caste maison » (éd. Dupont, II, 185 et suiv.). Ce chroniqueur ajoute que, si Louis XI rendit ces places, c'est, ainsi que le roi lui-

ost, qu'on disoit estre vingt mil combatans et mieulx, entre Douay et Arras, et ilec tindrent le roy en belles paroles soubz umbre desdictes promesses jusques en la fin dudit moys de juing, que le roy n'eut aucune chose de ce qui lui a voit esté promis^. Et si avoit eu liberalment du roy icellui Maximien lesdictes villes, cuidant que de son costé feust entretenu ce que promis lui avoit, dontilz ne firent riens, et n'y eut aucune conclusion sur ce prinse^.

Durant ledit mois de juing, l'armée que le roy avoit envoiée en la Haulte Bourgongne pour recouvrer ses villes contre lui rebelles, et dont avoit la charge le gouverneur de Champaigne, nommé d'Amboise^, prospéra fort, et regaignerent et mirent es mains du roy la ville de Verdun, Monsaugon et Semur en l'Auxois^, tant par assault que composition. Et après alerent mettre le siège devant la ville de Beaune, où ilz furent depuis par aucun temps et jusques au commencement

même le lui a déclaré, parce qu'étant en Hainaut elles n'étaient pas du royaume et, de plus, parce qu'elles relevaient de l'empire.

1. Une trêve de huit jours (10-17 juin), qui, plus tard, fut allongée de cinq jours, fut criée et publiée « en allemant et en romant » à Valenciennes et dans l'armée du duc d'Autriche. Pendant ce temps, le seigneur de Chimai réussit à obtenir l'évacuation par les Français du Quesnoy et d'autres places. Louis XI, qui était à Cambrai, quitta cette ville et en fit également sortir ses troupes, ce qui n'empêcha pas Maximilien de se porter vers Douai et d'avancer jusqu'au pont de la Sauch, où les Flamands, « à grande puissance, » le vinrent servir (Molinet, II, 152-156. Cf. 01. de la Marche, I, 159 et suiv., et III, 247).

4. Verdun-sur- le-Doubs, auj. dép. de Saône-et-Loire, arr. de Chalon ; Montsaugeon, dép. de la Haute-Marne, arr. de Langres; Semur, ch.-l. d'arr. du dép. de la Gôte-d'Or.

du moys de juillet ensuivant et oudit an LXXVIII, que ladicte ville de Beaune se rendy au roy par composition es mains dudit gouverneur, tellement qu'ilz orent leurs vies et biens saufz^ et paierent en ce faisant par forme d'amende pour leurs defaultes XL"' escuz, et si furent condempnez à rendre et restituer tout le vin et autres debtes qu'ilz povoient devoir aux marchans de Paris et autres marchans du royaume, tant en vin par eulx vendu et non livré que d'argent à eulx baillé et preste. Et, au regard des gens de guerre, ilz s'en alerent par ladicte composition franchement et quittement, eulx et leurs biens saufz^.

Oudit moys de juillet furent et se transportèrent en ladicte ville d'Arras, pardevers le roy ilec estant, une grande ambaxade dudit duc Maximien d'Autriche et aussi des habitans des villes et pays de Flandres, lesquelz furent oyz par le roy et son conseil, et, sur ce qu'ilz vouldrent dire, à grande et meure deliberacion fut appoincté entre le roy et lesdiz Maximian et Flamens que la guerre qui lors estoit oudit pays surserroit jusques à ungan, pendant lequel yroient seurement de chascun des deux costez toutes personnes de l'un party en l'autre et que toute marchandise auroit son

2. Charles d'Amboise, seigneur de Chaumont, que Gommynes qualifie « très vaillant homme et saige et dilligent » (éd. Dupont, II, 196 et suiv.), avait été ordonné gouverneur de Bourgogne à la place du seigneur de Craon, tombé dans une demi -disgrâce. Beaune, Semur et Verdun, s'étant révoltées contre l'autorité du roi, « furent reprinses par le sens et conduicte dudit gouverneur et par la faulte du sens de ses ennemys. » Une des raisons du succès de cette campagne fut que le nouveau commandant en chef des troupes royales sut attirer au service français des mercenaires suisses.

plein cours*. Et à tant s'en départi le roy et s'en vint loger vers Paris, où il ne fut point, pour cause de ce qu'on lui dist que on s'y mouroit ; et s'en ala près Vendosme, où il se tint par aucun temps, et après ala à Behuart et autres pèlerinages à sa devocion^.

En ladicte année et au retour dudit pays^, le roy fist de grans dons à plusieurs églises et divers sains, car il vint veoir la benoiste vierge Marie de la belle Victoire près Senlis^, où il donna ii"' frans, qu'il voult estre emploiez à faire des lampes d'argent devant l'autel de ladicte vierge, et aussi fist couvrir d'argent la chasse de mons"" saint Fiacre, où il y fut employé de sept à huit vings marcs d'argent. Et en oultre, pour la grande et singulière confidence que de tout [temps] il a eu à mons"" saint Martin de Tours, voult et ordonna estre fait ung grant treilliz d'argent tout autour de la chasse dudit saint Martin, lequel y fut fait, et pesoit

1. Interpolations et variantes, § CLXVI. — Le duc d'Autriche était campé à Pont-à-Vendin (auj. dép. du Pas-de-Calais, près de Lens), et c'est de cette localité qu'est datée sa lettre de trêve, tandis que la contre-lettre de Louis XI porte la date d'Arras (textes dans Molinet, II, 163-176, et Lenglet, II, 540-546). Il fut entendu que, pour terminer la querelle, chacune des deux parties nommerait six arbitres, qui s'assembleraient le l^'" septembre suivant à Cambrai et régleraient toutes les questions en litige dans le délai de six mois (Lenglet, III, 546-549). La trêve, conclue pour une année, commença à prendre cours le 11 juillet 1478.

2. Le roi arriva à Ermenonville le 31 juillet et y demeura jusqu'au 4 août. Le 5, on le trouve à Aubervilliers ; le 8, à Châtres; le 13, à Bonneval (Eure-et-Loir, arr. de Ghâteaudun); le 14, à, Selommes (Loir-et-Cher, arr. de Vendôme), où sa chancellerie parait être demeurée jusque vers le 8 septembre (Itin. cité).

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