‹ Journal, lettres et poëmesChapitre 38 sur 40 · MA SŒUR EUGÉNIE · texte numérisé non relu

MA SŒUR EUGÉNIE

En l'âge d'enfance, J'aimais à m' asseoir

Pour voir Dans le ciel immense L'oiseau voyager

Léger.

Quand le ciel couronne Les horizons bleus

De feux, Plus d'un soir d'automne Aux bois m'a surpris

Assis,

2. c Dans le dernier mois de 1883, nous étions au bord de la Rance, petit fleuve de Bretagne, qui lie Saint-Malo, la ville des grèves... et Dinan, <a ville aux vallons romantiques... Le 81 décembre, après une promenade dans les bois, où Maurice avait pris beaucoup de plaisir à fouler ces feuilles sèches, en modulant un air national de son pays, il écrivit sur ce même air une élégie dont voici le text .. »

,H. db La KIohvonnais , l'Université catholique, janvier 1841.)

L'éditew n'a pu résister au désir de clore le recueil des ReHqtUœ de Maurice de Guéri a par ces vers, très-imparfaits sans doute, mais qui expriment d'une manière touchante le sentiment qui, selon lui, a tenu et dû tenir la meilleure place dans le cœur du poète. On comprendra ce désir et cette pensée lorsqu'on aura lu, après les œuvres de Maurice, ce qui nous est aussi resté de sa mxur EuaiHn.

•M P0ÈMB8.

Écoutant les ailes Qui rasaient les toits

Des bois, Bruissant entre elles Comme les flots clairs

Des mers.

Et ces mélodies Pénétraient mon -cœur

Rêveur, Et mes rêveries Faisaient mieux qu'un roi

De moi.

Ma sœur Eugénie Au front pâle et doux,

Chez vous, Bois pleins d'harmonie, Aux soupirs du vent

Souvent Mêlait sa romance Qui faisait pleuvoir

Le soir La douce abondance Des pleurs qu'au désert

On perd.

Bile aimait mes rêves Et j'aimais les siens Divins;

Et nos heures brèves Passaient sans témoin

Au soin De faire réchange De biens entre nous

Si doux*, Mille rêves d'ange Allaient de son sein

Au mien.

Quand la feuille grise Sous le vent follet

Boulait :

« Vois comme la brise Fait de ces débris

Des bruits, »

Disait Eugénie; Et toutes les fois

Qu'au bois La feuille flétrie Au vent qui passait

Tombait, Elle, sans parole, Mais levant tout dro:t

Son doigt, Montrait ce symbole Qui dans l'air muet

Tournait.

A travers les branches Et parmi le noir

Du soir, Si des ailes blanches

Reluisaient soudain f

Mon sein De mille pensées Soulevant le poids t

Ma voix Disait : « Nos années Sont ces passagers

Légers. »

Sur nos têtes frêles, Poussés par les vents,

Douze ans Ont battu des ailes Depuis les accords

D'alors; Mais leurs ailes lourdes Dans l'ombre des soirs

Trop noirs Passent toutes sourdes Sans bourdonnements

Charmants.

Voici qu'uivo innée Du mont éternel

Du ciel Vers nous inclinée, Sur nous va passer,

Glisser.

Vous qui, par les plaines,

Écoutez les chants

Errants Des choses lointaines, Quel est aujourd'hui

Celui De Tan qui s'avance?

Est-ce un oiseau doux

Vers nous Portant l'espérance Et le rameau frais

De paix?

Quel bruit font ses ailes *e voudrais avoir

Ce soir De sûres nouvelles De ce nouvel an

Venant :

Aura-t-il les charmes, Ma sœur, de ces jours

Si courts Où toutes nos larmes Venaient du bonheur

Du cœur?

Mordreux, 3i décembre 1833.

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