‹ Journal, lettres et poèmes, publiésChapitre 45 sur 62 · LE T T H B S B T F R A G M B X T S · texte numérisé non relu

LE T T H B S B T F R A G M B X T S

De tant de vains essors et de toute pensée, S'en aille retrouver là-bas, comme un abri, Son rêve le plus doux pour se cacher en lui ; Qu'elle fasse retraite et demande le voile, Ce voile plus serein qu'une lueur d'étoile, Plus pur que la blancheur du ciel au point du jour, Dont l'ame s'enveloppe, elle et tout son amour, Comme les chérubins aux flammes immortelles, Oui se font pour aimer un dais avec leurs ailes. Allez de ce côté, dites-vous. Oh! j'irais, Plus vite que l'oiseau dans son asile frais, Quand les grandes chaleurs pèsent sur la nature; J'irais où veut mon cœur, faire vœu de clôture : Sainte et douce clôture, entier dépouillement, Adorable prison, portes de diamant Qui se ferment, avec de saintes harmonies Comme celles du ciel, sur deux âmes bénies Qui n'ont plus à quêter de ce bonheur qu'il faut Aux colombes sur terre, aux beaux anges là-haut !

Mais je ne porte pas cette lettre divine Qu'au front pur des élus un doigt d'ange dessine, Afin qu'au beau royaume ils puissent être admis. Je rôde comme Adam autour du paradis, Et je n'espère pas qu'on m'en ouvre la porte. Mon amour de quatre ans, ce rayon que je porte Parmi le siècle impur, comme un rayon de Dieu, N'est dans mon pauvre cœur que la langue de feu Qui s'abattait jadis du haut du ciel en terre Pour embraser le bois du sacrifice austère.

Je suis errant, François, et longtemps le serai,

Et j'irai par pays, et je cheminerai,

Tirant à l'aventure et n'ayant d'autres guides

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Que les oiseaux du ciel, dont les ailes rapides Bruissent dans les airs, et, par leur sifflement] Réjouissent le cœur du pèlerin tremblant Que la lune a surpris dans te lande sauvage. Dieu ne m'a point tracé la carte du voyage; 11 m'a mis simplement le bourdon à la main Et m'a dit : Va. Je vais au hasard du chemin : C'est mon épreuve à moi; mais, grâce à l'habitude, Cette façon d'aller n'est pas encor si rude. Mes pieds sont endurcis, la ceinture de cuir Prête force à mes reins, les garde de fléchir. Et puis, de temps en temps, je trouve sur ma voie De secourables cœurs que le Seigneur m'envoie, Quand la lourde fatigue a grimpé sur mon dos Et sous sa pesanteur fait craquer tous mes os, Des amis comme vous, dont la main présentée Ravive mon courage et m'aide a la montée.

La Chênaie, 19 août 1833.

AU MEME

La Chênaie, 20 août 1833.

Votre lettre charmante et vos vers charmants me sont arrivés, mon cher François, comme deux bénédictions, comme ces messagers de grâce dont parle Milton, qui sont les plus agiles de tous ceux que Dieu dépêche vers nous. La Sagesse, qui d'ordinaire a la parole sèche et même un peu grondeuse, discourt par

votre bouche d'une façon si suave; elle revêt des conseils de formes si séduisantes qu'il y a vraiment du plaisir à être fou, quand on vous a pour mentor. Yoilà pourquoi, dans la pièce que je vous envoie, je vous accuse mes péchés, mes vieux péchés, en liant cette confession à nos causeries précédentes, où je ne vous avais guère conté que les belles aventures de ma vie.

Malgré vos avis si sages et si lumineux, je suis encore livré à l'indécision, à l'anxiété, au va-et-vient d'une âme faible et plus mobile qu'une feuille de tremble. Je suis en équilibre sur la question, et je n'ose pas hasarder le moindre effort pour le rompre, parce que je redoute également la chute, de quelque côté que je tombe. C'est une rude position. J'attends de jour en jour une lettre de mon père, qui probablement me tirera d'embarras en décidant la péripétie de cette espèce de drame que jouent les volontés de mon âme. Je vous informerai du dénoûment aussitôt la toile tombée, et j'attendrai aussi à cette époque pour demander à M. Féli cette chère faveur suspendue jusqu'au temps des vacances, qui ont commencé il y a quinze jours. Alors je serai libre de toute pénible incertitude et pourrai être tout entier à mon bonheur.

(Le reste de cette lettre roule sur la querelle de M. de LaMennais avec le Saint-Sié^e, et sur ses démêlés avec l'évoque et le chapitre de Rennes.)

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A M. DE LA MOU VON NAIS

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