XXIV INTRODUCTIO
Rebufîet à Angela Pietragrua, dont les essais littéraires vont de cette Filosofia nova que nous donnons en appendice de la présente édition jusqu'aux Vies de Haydn, de Mozart et de Métastase, jusqu'à VHistoire de la Peinture en Italie et jusqu'au premier ouvrage signé de Stendhal, Rome, Naples et Florence ^
Nous connaissons en même temps la vie matérielle d'Henri Beyle, successivement militaire, employé de commerce, fonctionnaire d'intendance^ auditeur au Conseil d'Etat et, entre temps, voyageur et touriste. Il nous fait part de ses lectures, de ses études, de ses soucis d'argent, de ses rêves d'ambition, de ses projets d'avenir, et surtout de sa préoccupation constante et t\Tannique : l'étude de lui-même, manifestation souvent frémissante de cet égoïsme transcendant d'où est sorti le roman psychologique moderne.
Le Journal de Stendhal, on se l'imagine facilement, ne se présente pas matériellement comme un tout homogène. Il s'échelonne en effet sur une
1. Le Journal ne fait jamais allusion à l'un quelconque de ces ouvrages ; mais il faut dire que pour 1814 (année de la publication des Vies de Haydn...) nous n'avons que de courts fragments du Journal, et que celui de 1817 ne nous a pas été conservé si toutefois il a jamais existé.
INTRODUCTION XXV
longue période de dix-sept ans, et Henri Beyle n'a choisi pour l'écrire ni un papier uniforme, ni un lieu toujours confortable. Tantôt, Parisien élégant, il consigne ses souvenirs sur des cahiers soigneusement préparés : tantôt, militaire en déplacement ou voyageur pressé, il n'a pour se raconter qu'une plume mal taillée, une encre jaunâtre et un papier de qualité vulgaire. Les formats aussi varient sans cesse, entre le grand in-4o et le petit in- 12. L'écriture, enfin, se transforme suivant l'âge, l'état de santé, ou simplement selon les circonstances. Chaque volume en donnera des fac-similés, qui nous montreront presque d'année en année l'écriture de Stendhal, très nette et très ferme vers la \-ingtieme année, se transformer peu à peu, et se gâter vers 1815, pour devenir très mauvaise dès 1818. Cependant, à aucun moment, même lorsque Beyle écrit sur un coin de table, au cours d'un voyage, jamais nous ne trouverons ces griffonnages presque informes des dernières années de sa ^'ie ; tel est le manuscrit de la Vie de Henri Brulard et cette sorte de roman-journal écrit à Rome et à Civita-Vecchia en 1840, que Paul Arbelet ^ déclare « complètement illisible » et « indéchiffrable », et que cependant notre piété beyliste et notre ténacité nous obligeront à lire et à publier ^.