‹ Journal; (volume 5)Chapitre 59 sur 65 · FÉVRIER 1G · texte numérisé non relu

FÉVRIER 1G

chesse cVArpajon et moi tînmes sar les fonts, pour Monseigneur et pour madame la Dauphine, Houssi , petit Turc que M. l'électeur de Bavière a envoyé à madame la Dauphine.

Dimanche 24-, à Versailles. — Le roi passa la nuit assez doucement, et l'on le vit à son dîner ; les privilégiés le virent à son coucher ; son abcès a beaucoup suppuré, et l'on en voit le fond depuis l'ouverture qu'a faite la pierre de cautère. Monseigneur alla tirer dans le parc. Le soir il y eut comédie italienne. — Desbordes, lieutenantcolonel de Navarre , nouveau converti, a été fait brigadier d'infanterie. — Le maréchal d'Estrées a reçu ordre de s'en aller à Brest, où l'on prépare un assez grand armement, et l'on croit que les vaisseaux que doit commander M. de Mortemart se joindront à ceux du maréchal qui commandera tout. Le comte d'Estrées, son fils, servira de chef d'escadre; quand le roi lui donna la survivance de la vice-amirauté, ce fut à condition qu'il serviroit deux ans de capitaine de vaisseau, et trois de chef d'escadre. Le roi l'a dispensé de la seconde année qu'il devoit servir de capitaine de vaisseau. — Il y aura trois autres chefs d'escadre, qui sont Chàteaurenaud , Gabaret etVillette.

Lundi 25, à Versailles. — Le roi se trouva beaucoup soulagé de sa goutte , et l'on vit le fond du mal qu'il a à la cuisse ; on le sonda, et on lui lit assez de douleur; il n'y a rien à en craindre. Monseigneur courut le loup. — Le soir on dansa pour la dernière fois l'opéra de la Lande ; après souper, Monseigneur et Monsieur allèrent en troupes séparées, en masque, à la grande écurie ; le comte de Brionne y donnoit le bal. — Le roi résolut d'envoyer des troupes à M. de Savoie pour réduire les habitants des valées de Lucerne et d'Angrongne qui ne veulent pas se soumettre à quitter leur religion; S. M. y envoie six bataillons , deux régiments de dragons', le Dauphin et la Lande, et un régiment de cavalerie. De Nave, lieutenantcolonel de Bourbonnois, nouveau converti, a été fait bri-

gadier et servira dans ces troupes-là; on ne sait encore qui en aura le commandement. — Le roi a donné au vicomte de la Charte, nouveau converti, 2,000 francs de pension sur le trésor royal.

Mardi 26, à Versailles. — Le roi continua de se mieux porter, et le soir, après son souper, il fit entrer quelques troupes démasque dans sa chambre. — Monseigneur courut le cerf, et le soir il fut en masques jusqu'à deux heures du matin dans les grands appartements. — Madame la Dauphine set rouva un peu mal, et se mit au lit en sortant du dîner; elle se releva après son souper et passa un moment chez le roi; mais elle ne fut point au hal. Il y eut grand bal en masque dans le grand appartement du roi jusqu'à trois heures du matin. — Le maréchal d'Estrades mourut à Paris: il étoit gouverneur de Dunkerque , et son fils en a la survivance ; maire perpétuel de Bordeaux, et son fils en a la survivance aussi, et jouissoit déjà des appointements, qui sont de 10,000 francs, payés sur le convoi de Bordeaux; il étoit gouverneur de M. le duc de Chartres (1), et Benserade a dit là-dessus que Monsieur avoit beaucoup de peine à élever des gouverneurs à son fils; il étoit maréchal de France et chevalier de l'ordre. 11 ne reste plus que dix maréchaux de France, et treize gentilshommes françois chevaliers de l'ordre. Le roi a présentement soixante-dix places à donner dans l'ordre, dont il y en a quatre pour des ecclésiastiques *. — Le maréchal d'Estrades avoit, outre cela , le titre de vice-roi d'Amérique, dont il n'avoit jamais fait aucune fonction ; mais il avoit quelques appointements. Il laisse trois fils : le marquis, quia la survivance de Dunkerque, l'abbé, qui a été ambassadeur à Venise et à Turin, et un chevalier de Malte.

' I .e maréchal d'Estrades étoit fort peu de chose ; il avoit été page du

(1) Il avoit 24,000 francs d'appointements, comme gouverneur de M. le duc de Chartres. Note fie Dangeau.

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cardinal de Richelieu qui se IVioit depuis tort attache, et qui l'employa eu quantité de choses de la plus grande confiance au dehors. Il etoil fort bon à la guerre, meilleur aux négociations, où il a bien servi l'État , et s'est fait uu grand nom. Le prince d'Orange avoit pour lui estime, amitié, et autant de confiance que cela se pouvoit entre eu\. L'affairé qu'il eut a Londres avec Rarteville, ambassadeur d'Espagne, est eélèbre , et valut la déclaration précise et solennelle du roi Philippe IV de quitter toute compétence. Son fils aine fut cause de la bataille de Saint- Denis pour s'être amusé avec une maîtresse , étant chargé du paquet de la paix. Ce fut un homme paresseux, glorieux et obscur; ses frères valoient bien mieux : l'abbé en négociation, les autres à la guerre et dans le monde ; mais ils ne furent pas heureux. Les armes de Mendozze, dont le maréchal d'Estrades para ses armes, sont une cause d'erreur à beaucoup de gens. Le grand-père paterne] du maréchal, qui fut enseigne de la compagnie d'ordonnance de M. de Rellegarde, avoit épouse, en 1579, la fille de Bertrand Arnoul, conseiller au parlement de Bordeaux, et de Jeanne de Mendozze. Or on pouvoit juger quelle pouvoit être cette Alendozze , et si même une bâtarde de cette maison avoit passé les Pyrénées pour venir épouser un bourgeois de Bordeaux, recrépit d'une charge de conseiller au parlement. On remarquera , mais sans application, parce qu'elle seroit faite au hasard, que lorsque des juifs se convertissent, soit de leur gré, encore plus pour se tirer des griffes de l'inquisition, les plus grands seigneurs se font honneur de les présenter au baptême , et de leur donner non-seulement le nom de leur patron, mais d'y ajouter celui de leur maison, qui devient alors celui du juif leur filleul, et des enfants et descendants qui sortent de lui.

Mercredi -11. a Versailles. — Le roi se porte toujours de mieux en mieux ; il a bien passé la nuit, et ses douleurs sont presque finies. Monseigneur alla tirer dans la plaine de Saint-Denis. — Madame la Dauphine se trouva fort soulagée ; elle s'étoit trouvée mal de quelques senteurs d'Angleterre qu'avoit Madame, dont elle ne s'étoit pas aperçue elle-même. Il n'y eut rien le soir. — Milord Castelmène, qui va ambassadeur d'Angleterre à Home, nous apprit que la comtesse de Dorchester, que S. M. B. a honoré de ses bonnes grâces et dont il a deux lils présentement élevés à Paris, avoit voulu revenir à Londres à la cour, et que le roi lui avoit fait dire qu'il souhaitoit qu'elle se retirât hors de ses États; mais qu'enfin elle avoit obtenu la permission de se tenir en Irlande, où elle sVn

est allée. C'est elle qui s'appelle mademoiselle de Chelzey, et qui étoit fille d'honneur de la reine pendant qu'elle n'étoit que duchesse d'York. — Ce sera Catinat qui commandera les troupes que le roi envoie en Savoie. Longueval a été fai t brigadier de dragons pour y servir ; il étoit le plus ancien colonel de dragons, et il y a toujours eu trois brigadiers dans ce corps-là; Tessé et Hasfeld le sont; le troisième étoit de Nonville, que le roi a envoyé commander en Canada, et sa place n'avoit point été remplie. Melac, brigadier de cavalerie, et de Nave, brigadier d'infanterie, serviront aussi sous Catinat.

Jeudi 28, à Versailles. — Le roi a fort bien passé la nuit ; la goutte lui a passé du pied droit au pied gauche , mais il en souffre peu. Il s'est promené longtemps après dîner dans sa galerie, et en se couchant il a eu quelque douleur au pied droit ; il croit que c'est d'avoir trop marché. Monseigneur a couru le loup ; le soir il a y eu appartement. — Le roi a donné 2,000 francs de pension au comte de Clermont Saint-Aignan , qui est nouveau converti. — Le roi a déclaré qu'il ne feroit point de voyage cette année avant le mois de septembre; il compte d'aller à Chambord en ce temps-là. — Le roi envoie Bercy, maître des requêtes, inspecteur général des ports de mer ; il étoit intendant à Lyon, et fort mal avec l'archevêque et avec toute la maison de Villeroy. — Le roi a donné à Novion, petit-fils du premier président, la préférence pour une charge de maître des requêtes, sur dix-neuf hommes qui avoient consigné.

Vendredi 1er mars, à Versailles. — Le roi a fort bien passé la nuit ; on laissa entrer presque tous les courtisans à son dîner. — Monseigneur alla à Paris voir, pour la seconde fois, l'opéra d'Armide de Lully; il avoit avec lui Madame , madame la Duchesse , madame de Bourbon et mademoiselle de Bourbon. Monsieur étoit parti dès le matin et attendoit Monseigneur au Palais-Royal. — Le soir il n'y eut ici ni appartement ni comédie. — Le roi adonné

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à M. le maréchal d'Estréesla vice-royauté d'Amérique qa'avoit lemaréebfcl d'Estrades; il n'y a point d'appointements fixes à cet emploi-là. — Madame de Polignac, qui nvoit un décret de prise de corps contre elle depuis longtemps, avoit cru pouvoir demeurer à Paris eu sûreté, cl qu'on ne songeoit plus à ces affaires-là ; elle y est donc venue, et a fait proposer des mariages pour soniîls : d'un côté, elle a fait parler au comte de Grammont pour sa fille aînée, et de l'antre aux parents de mademoiselle de Rambures. Il y a eu des pourparlers sur tout cela, qui ont fait savoir au roi que madame de Polignac étoit dans Paris, et on lui a envoyé ordre d'en sortir et de se retirer chez elle *. — Ce jour-là on créa des lieutenants-colonels dans les régiments de cavalerie , et ils ont 800 écus d'appointements.

* Cette madame de Polignac étoit une maîtresse femme de grande intrigue et de fâcheuses affaires : son mari , un homiête homme, chevalier de Tordre. Elle étoit aussi très-galante ; mère du vicomte et de l'abbé de Polignac, depuis cardinal, et sœur du comte du Roure , lieutenant général de Languedoc.

Samedi 2, à Versailles. — Le roi continua à se mieux porter, mais il ne se lève point encore; il tient ses conseils comme à l'ordinaire, et les après-dînées il s'amuse souvent à voir ses médailles (1). - — Monseigneur courut le cerf; le soir il y eut appartement. — On a fait cinq brigadiers

(1) '(Le roi s'amusoit les après-dinées à voir ses médailles ; et ce fut ce qui augmenta beaucoup le grand crédit du père de la Chaise , son confesseur. Ce père aimoit fort les médailles , et prétendoit s'y connoître. Il prit ce prétexte pour être presque toujours avec le roi, et dans la conversation, il poussa des bottes au pauvre archevêque (de Paris), qui, par sa conduite, lui donnoit beau jeu , et le fit exclure de la connoissance des bénéfices, s'en appropriant à lui seul la nomination , où l'archevêque avoit beaucoup de part avant ce temps-là. Ils commencèrent à aller séparément à l'audience des vendredis. L'archevêque ne rendoit compte au roi que de quelques procès qu'il a\oit jugés; et Sa Majesté le ménageoit encore, parce qu'elle croyoit en avoir besoin pour les assemblées du cierge. Mais le bon père avoit seul la feuille des bénéfices , qu'il ne montrait plus à personne. » — Mém. de l'abbé de Choisy , édit. Michaud, t. XXX, p. 599.

d'infanterie nouveaux, outre Desbordes et de Nave qui le sont depuis quelques jours, et on n'a pris aucun colonel . On a choisi Polastron, lieutenant-colonel du régiment du roi; Barville, lieutenant-colonel des fusiliers; Vertillac, lieutenant-colonel du régiment Dauphin; Laubanie, lieutenant-colonel de La Ferté, qu'on appelle présentement La Farre, et Lauzières, qui étoit major des vaisseaux, et qui est à cette heure commandant pour le roi dans Casai, sous Catinat, et inspecteur. — On a fait aussi quatre brigadiers de cavalerie : Quinson, Dugast et Cogney, tous trois colonels en pied, et Dubourg, qui a été aide-major et à qui l'on avoit donné, il y a quatre ans. une commission de colonel et qui est inspecteur. — J'appris que la mère de mademoiselle du Cambout, tille d'honneur de Mademoiselle, étoit morte.

Dimanche 3, à Versailles. — Le roi passa la nuit fort doucement, les chirurgiens jugèrent à propos de le sonder; on lui fit assez de douleur ; il n'y a, Dieu merci, point à craindre qu'il se fasse de sac ni qu'il ait aucune mauvaise suite de cet abcès. — Monseigneur et madame la Dauphine entendirent le sermon du Père [Soanen] , qui ne réussit pas. Le soir il n'y eut ni appartement ni comédie. — Madame la Dauphine passa chez le roi avant son souper comme elle a toujours fait depuis qu'il garde le lit.

Lundi k, à Versailles. — Le roi n'a presque plus de goutte, et son autre mal va toujours de mieux en mieux. Monseigneur courut le loup avec les chiens de M. de Vendôme. Le soir il y eut comédie françoise. — Le roi , avec Monseigneur et madame la Dauphine , a réglé qu'il y auroit après Pâques un carrousel de quarante hommes et de quarante dames. — M. de Bezons, intendant d'Orléans , a été nommé à l'intendance de Bordeaux qu'avoit M. de Bis, qui est présentement premier président de Bouen. — Le roi donne au comte de Lomont. colonel du régiment de Ponthieu, la charge de bailli de Sarrelouis.

Mardi 5, à Versailles. — Le roi se leva et s'habilla pour diner ; il ne se recoucha que sur les cinq heures du soir. S. M. vit par les fenêtres passer les cinq compagnies des gardes qui montoient la garde , et les cinq qui la descendoient; M. de la Feuillade les fit passer sous ses fenêtres. Le régiment est habillé de neuf. — Monseigneur, au sortir du conseil, alla courre le cerf avec Madame. Le soir il \ eut appartement , où Ton acheva d'entendre pour la seconde fois l'opéra du petit Marais. — M. de Lusignan . colonel du régiment de Languedoc, a été fait brigadier. — Le roi donne de temps en temps des gratifications au marquis de Béthune qui le sert en Pologne, quoiqu'il n'ait aucun caractère ; on vient encore de lui envoyer 18,000 francs.

Mercredi 6 , à Versailles. — Le roi passa fort bien la nuit et dina debout en robe de chambre. Monseigneur alla tirer dans la capitainerie de Catelan. Le soir il y eut comédie françoise , où l'on fit jouer un nouveau comique, si mauvais qu'il ne reparoitra plus. — On sut que M. de Quélus épousoit mademoiselle de Murcé , nièce de madame de Maintenon ; le roi doit signer le contrat de mariage demain ; on ne sait point encore ce qu'il donne à la mariée.

Jeudi 7 , à Versailles. — Le roi continue à se mieux porter, il marche bien présentement. Monseigneur alla courre le loup, et revint fort tard; onétoit déjà dans l'appartement quand il arriva. Madame la Dauphine fit chanter à l'appartement l'opéra de Sceaux. — Le roi, à la prière de Madame , donne à mademoiselle de Teaubon,. qu'elle honore d'une amitié particulière, une pension de 4,000 francs , outre celle de 4,000 qu'elle avoit déjà.

Vendredi 8, à Versailles. — Le roi continue à se mieux porter; tout ce qu'il y a à craindre de son mal, c'est qu'il ne soit un peu long. Monseigneur courut le cerf avec Madame. Le soir il y eut comédie italienne. — On ;i nommé M. de Morangis , qui étoit intendant de Caen , à

l'intendance d'Orléans qu'avoit M. de Bezons. — On a ôté M. de Bercy de l'intendance de Lyonnois, et on l'a donnée à M. leBret, qui étoit intendant de Dauphiné. Ces deux intendances ont été souvent jointes: M. Bouchn , maître des requêtes, a été fait intendant de Dauphiné, et M. de Saint-Contest, intendant de Limoges, en la place de M. de Gourgues qu'on fait intendant de Caen.

Samedi 9, à Versailles. — Pour abréger le mal du roi, on a jugé ù propos de lui mettre encore la pierre de cautère , alin qu'on puisse mieux en voirie fond. Monseigneur prit médecine et ne sortit point de tout le jour. Le soir il y eut appartement. — On apprit que le comte Félix de Furstemberg, abbé et prince de Luders et de Mourbacli . étoit mort à Cologne après une longue maladie; il avoit toute la confiance de M. l'électeur et étoit grand prévôt de Cologne et coadjuteur de Stavelo et de Malmedi , deux abbayes jointes ensemble qui ont une voix de prince dans l'empire , et dont M. de Strasbourg, son oncle, est abbé. Dimanche 10 , à Versailles. — On avoit eu quelque petite alarme sur le mal du roi ; on craignoit qu'il ne fût plus profond, mais on est pleinement rassuré. Il y a eu sermon; madame la Dauphiné ne manque à aucun. — Le roi donne au marquis de Villette , cousin-germain de madame de Maintenon , et chef d'escadre , une pension de 3,000 francs; il s'est converti depuis peu.

Lundi 11, à Versailles. — On ne doute point que la pierre de cautère qu'on a mise sur le mal du roi ne fasse un très-bon effet.' Monseigneur a couru le loup. Le soir il y eut comédie françoise. — M. le maréchal de Schomberg et madame sa femme prirent congé du roi pour ne plus revenir en ce pays ici; ils vont en Portugal, où S. M. leur a permis de se retirer.

Mardi 12. à Versailles. — Le roi a très-bien passé la nuit et continue toujours à travailler avec ses ministres comme à T ordinaire. — Monseigneur, au sortir du conseil des finances, est allé rourre le cerf, et sur les six heures

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