‹ Journaux et journalistesChapitre 31 sur 43 · M à Saint Servan (îlle-et-Vilaine) le 7 octobre · texte numérisé non relu

M à Saint Servan (îlle-et-Vilaine) le 7 octobre

Entré très jeune dans le journalisme comme sténographe et rédacteur des débats législatifs, il sut se faire apprécier dans cette position assez difficile par son intelligence et sa modération. Cette dernière qualité surtout manquait aux écrivains de cette époque. Il occupa ses loisirs à publier au feuilleton du National un roman satirique, le roi d Yvetol, qui fut très-goûté.

En 1846, il publia, en collaboration avec M. Martinet, la biographie des députés, précédée dune histoire de la législature de 1842 à 1846. Ce livre, qui eut un immense succès, se distingue principalement par sa netteté et ses appréciations calmes et judicieuses des événements et des hommes de cette époque.

En 1848, il fut définitivement attaché au Siècle, et il reprit là ses premières occupations : le compte rendu des débats de la Représentation nationale. C'est enfin lui qui rendit compte des quelques procès qui à ce moment passionnèrent l'opinion publique : l'affaire du 15 mai, l'assassinat de l'archevêque de Paris, etc., etc.^

Après le coup d'État de 1850, il n'eut plus à rendre compte des séances du Corps-Législatif; mais il resta néanmoins au Siècle et accepta les modestes fonctions qu'il occupe encore aujourd'hui. M. Alexis

ET JOURNALISTES 34o

Grosselin apporta dans cette tâche ingrate le même zèle et la même ardeur qu'il a mis dans tout ce qu'il a fait. Aussi s'est-il vu forcé, faute de temps, d'interrompre la publication de son Catalogue historique, une œuvre sérieuse, éminemment pratique, et qui aurait suffi elle seule à faire la réputation de son auteur. Mais il fallait vivre et le métier l'a emporté sur l'art. Un seul volume de ce Catalogue historique à paru, et c'est assez en faire l'éloge, en disant que le Siècle l'a donné en prime à ses abonnés.

M. Alexis Grosselin fait partie, depuis peu, du conseil de rédaction, qui, en l'absence de M. Havin, siège tous les jours de 1 heure à 2 heures.

Ajoutons, en terminant cette courte notice, que M. Grosselin à su, par une serviabilité devenue proverbiale, conquérir l'estime et la sympathie nonseulement de ses confrère du Siècle, mais de tous ceux qui, de près ou de loin, et pour une cause juste, se sont adressés à lui.

M. ANDRÉ PASQUET

M. André Pasquet est rédacteur du Siècle depuis 1855. Sa collaboration ne dépassa guère jus-

qu'en 4860 le cercle des affaires algériennes. Il se montra tout à fait à la fois favorable aux Arabes et aux colons européens.

Il réclama pour la colonie toutes les libertés civiles et économiques de la métropole et toutes les libertés politiques dont celle-ci est privée.

André Pasquet est un légiste de l'école de 89. 11 attribue toutes les révolutions qui bouleversent la société française depuis soixante-quinze ans aux efforts déployés par tous les gouvernements pour annihiler la souveraineté de la nation, c'est à dire le pouvoir du peuple.

Selon lui, depuis 1789, il n'y a pas eu de révolutions proprement dites, mais des convulsions provenant des obstacles qui empêchent le peuple de constituer son pouvoir ,

Ce pouvoir n'est autre que le droit pour chaque citoyen de contrôler avec liberté les actes du gouvernement et d'influer sur la législation par la presse, Fassociation politique et les réunions publiques.

Tout le mal provient de ce qu'un parti sincèrement progressiste et contitutionnel n'a jamais pu se former dans le pays.

Les citoyens se trouvent livrés à la merci non des rois et des dictateurs qui se succèdent les uns aux autres, mais d'une puissance permanente, éternelle,

l'administration, qui survit à toutes les chutes monarchiques ou républicaines. Pour lutter contre cette prédominance alimentée par un budget sans cesse grossissant, le peuple n'a qu'un, moyen à sa disposition, c'est déformer des cadres indestructibles en n'accordant ses suffrages aux conseillers municipaux et généraux et aux députés au Corps- Législatif qu'à la condition de renoncer à toutes fonctions, toutes places, toutes faveurs et dignités désirant du pouvoir exécutif sous tout gouvernement.

En agissant ainsi, le peuple mettrait un terme à ces comédies d'opposition qui n'ont qu'un but : s'emparer du pouvoir; il mettrait ainsi un terme aux révolutions, car les 600,000 conseillers municipaux, généraux et députés au Corps-Législatif n auraientplus d'intérêt à renverser un gouvernement puisqu'ils n'en profiteraient pas. L'opposition serait alors vraiment impartiale et progressiste, elle ne serait plus soupçonnée ni par le pouvoir ni par le peuple, elle saurait blâmer le mal et approuver le bien ; enfin les diverses nuances opposantes au lieu de se faire une guerre acharnée en vue du pouvoir auquel elle auraient renoncé^ discuteraient les intérêts du pays sans sortir des convenances de la concorde et des concessions que la politique exige.

De pareilles convictions expliquent facilement le rôle joué par M. André Pasquet depuis le décret du 24 novembre 1860. Il se voua exclusivement au triomphe de la souveraineté législative du peuple, contenue dans l'art. 4 de la Constitution de 1852.

Les élections générales devaient avoir lieu également au printemps de 1863. Dès le mois d'avril 1862, il publia pour la première fois une critique raisonnée des circonscriptions électorales dont il fit ressortir le petit nombre, l'habile composition et la mobilité, — toutes conditions" entièrement favorables au pouvoir et à l'intervention de ses agents en faveur des candidatures officielles.

Il attira l'attention du gouvernement sur le retard que le ministre de l'intérieur mettait à faire connaître le tableau des circonscriptions qui aurait du être publié dès le mois de février 1862.

Ses articles donnèrent lieu à de vives interpellations de la part de M. Plichon, candidat sacrifié, dans le sein du Corps-Législatif.

Quelque temps après, M. André Pasquet fit remarquer que le ministre de l'intérieur avait eu le tort jusqu'alors de baser le nombre des députés dans chaque département, non sur la population électorale, c'està dire sur les électeurs existants réellement, mais sur le nombre des électeurs inscrits par les

maires, de sorte qu'il sutiisait d'augmenter ou de diminuer le nombre des électeurs inscrits pour augmenter ou diminuer le nombre des députés dans le département, selon qu'il était bien ou mal pensant.

Appliquant ces idées au département de la Seine, M. André Pasquet prédit dès le mois de mai 1862 que malgré un accroisement énorme de population (600,000 habitants) ce département n'aurait plus que neuf députés à élire quand la population électorale lui donnait droit à seize.

Une pareille révélation dans un département privé déjà du droit d'élire ses conseillers municipaux et son conseil général, surtout alors qu'on s'attendait à une augmentation de députés, était de nature à froisser cruellement l'opinion publique. Aussi, du mois d'avril au mois de décembre 1862, ces diverses questions très-mûrement étudiées par M. André Pasquet, en raison même de leurs gravité, passionnèrent la presse de Paris et des départements.

Trente-cinq journaux de toutes nuances, sans en excepter la Patrie, prirent fait et cause pour la revendication de M. André Pasquet.

Celui-ci ne se contenta pas de déférer les actes du ministre au sénat ; il publia une petite brochure intitulée: Qu'est-ce qu un électeur ? dans laquelle il résuma tous les arguments. — Cette brochure fut

soumise à tous les barreaux de cours d'appel et 400 avocats adhérèrent à ses conclusions.

La publication de cette avalanche d'adhésions par le journal le Siècle lui attira le 14 novembre 1862 un avertisement qui mit fin à toute discussion dans les journaux.

Mais les diverses questions soulevées par cette ardente polémique furent portées devant le Corps- Législatif, et M. Jules Favre fut l'interprète éloquent de l'opinion publique.

Le Corps-Législatif, à l'instar du sénat, passa à l'ordre du jour. Le gouvernement paraissait triomphant; il ne s'aperçut de sa défaite que le jour où les neuf circonscriptions de la Seine voltèrent en masse pour les candidats de l'opposition. Cet échec formidable fut le signal du réveil de la province.

M. André Pasquet avait déclaré dans sa lettre aux auteurs du Manuel électoral qu'il poserait la question constitutionnelle devant le peuple dans une des neuf circonscriptions. Mais on lui opposa M. Jules Simon et il s'effaça devant lui.

Lors des réélections de 1864, les électeures de la première circonscription, au nombre de plus de 2000, lui offaient la candidature; il accepta, mais il se crut obligé de se retirer devant la concurrence de M. Carnot.

Porté par les libéraux de la circonscription du Gard, il échoua. Sa protestation devant le Corps- Législatif est une peinture très-vive et très-accentuée des tribulations qui attendent les candidatures indépendantes.

Si M. André Pasquet est un défenseur très-ardent et très opiniâtre des franchises qui devraient appartenir à toute opposition constitutionnelle dans un pays civilisé, il n'est pas moins dévoué à l'émancipation économique des travailleurs. Nous lui devons, entre autres études, un plan très-original et très-pratique d'une société d'Assurances sur la vie appliquées à tous les êtres collectifs, tels que sociétés de secours mutuels', loges maçonniques, orphéons, sociétés chorales etc. etc. Il a imaginé une société coopérative intitulée l'Ouvrière qui substitue l'assurance collective à l'assurance individuelle. Voici un résumé des avantages de cette combinaison appliquée, par exemple, aux sociétés de secours mutuels qui comprennent plus de 700,000 individus répartis entre 5,000 sociétés. Au lieu de 700,000 polices d'assurance, il n'y en a plus que 5000.

La visite médicale est supprimée puisque les sociétés de secours ont elles-mêmes fait l'épuration.

Les recouvrements sont supprimés, caries primes

Page 1