TOME 10. f
LXXXH PREFACE.
tance, notre zèle ne fut pas, à beaucoup près, suffisamment réfléchi. L'exécution du planque nous avions formé et sa réussite impliquoient le concours du clergé. Il étoit , à la vérité, naturel d'espérer ce concours, car mille motifs sembloient en faire un devoir et une nécessité. Ainsi le pensèrent en eflet une foule de prêtres qui s'associèrent à nos efforts avec le dévouement le plus généreux. Mais une autre partie du clergé, à l'égard de laquelle ils se trouvoient dans une position dépendante , fut loin de partager leurs sympathies et leurs convictions. Or le seul fait de l'opposition des sommités de la hiérarchie arrêtoit tout nécessairement. Nous aurions dû prévoir au moins la possibilité de cette opposition, et comprendre en même temps qu'il n'est point de faute plus grave que de se hasarder dans une vaste entreprise dont on n'est pas absolument maître et qu'on ne peut pas conduire à son gré.
Lien des hommes avec Dieu , et par conséquent des hommes entre eux , la religion , loi du devoir , est par son essence indépendante de l'homme. Du moment où elle cesse de l'être ,
PRÉFACE. LXXXni
elle perd son caractère propre, elle n'est plus, et ce ne sont pas des religions que ces établissemens qui, assujettis au pouvoir civil, dirigés, contrôlés par lui , ne vivent que sous son bon plaisir, n'ont d'action que celle qu'il leur prescrit ou qu'il leur permet. Aussi cet état d'asservissement a-t-il constamment pour effet d'affoiblir la foi dans le cœur des peuples ; et quand la religion , soumise au gouvernement qui dispose d'elle sous prétexte de la protéger, devient l'auxiliaire du despotisme, ce n'est plus seulement de l'indifférence , c'est de la haine qu'elle inspire , ou , ce qui lui est plus funeste encore , un inexprimable mépris. Ces deux causes réunies concouroient à ruiner le catholicisme en France. Nous essayâmes de l'affranchir en le séparant de l'État; et en effet cette séparation lui eût assuré , selon l'esprit et la lettre même de notre loi fondamentale , une pleine liberté de culte , de discipline et d'enseignement. Délivré ainsi de la servitude administrative, lié par ses intérêts aux intérêts vraiment nationaux , il auroit , nous le pensions, recouvré l'influence morale qui appar-