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TOME

i 14 EXPOSITION DES SENTiMENS

évêques. Que s'il en est ainsi sous des princes très bons catholiques du reste, on ne dira point que sous une dynastie acatholique on doive être en sécurité, lorsqu'elle prétend exercer son influence sur l'instruction. Mais que sera-ce lorsque, non contente d'avoir écarté de tous les établissemens publics toute autre influence que la sienne, elle a encore la prétention de s'immiscer jusque dans les dernières ramification de l'instruction particulière j jusqu'à interdire que la même personne instruise dans deux maisons difîérentes sans y être autorisée?

» Nous ne soutenons nullement que le gouvernement ne puisse établir un enseignement public sur des bases aussi étendues qu'il le voudroit; cette immense influence , la nation ne peut y échapper ; mais en vertu de quel droit veut-on entraver un père qui préfère une autre instruction? Quel homme, quel corps, quel prince a le droit révoltant d'imposer, en cette matière et en son nom privé, sa volonté propre à un autre homme? de s'interposer entre un père et son fils? A Dieu seul appartient ce droit et à ceux qui peuvent prouver évidemment qu'ils ont mission de lui : et encore n'est-ce pour ceux-ci que par persuasion et non par contrainte , à moins qu'il ne s'agisse d'empêcher un désordre positif et évident; et ce dernier point est le droit ou plutôt le devoir de tout gouvernement.

« Si un père, un fils ou un instituteur commet quelque délit , punissez-le ; c'est votre droit , mais non d'imposer ou vos méthodes, ou votre science^ ou vos

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opinions, ou vos doctrines, ou vos maîtres, ou quelque mesure préventive que ce soit , fût-ce même par une loi : elle seroit une usurpation , contraire à la loi divine et à la loi naturelle , et sans autre valeur que celle àe la force. Dans ce royaume cette loi seroit absolument contraire à la Loi fondamentale et par conséquent invalide aussi de ce chef.

» Ce qu'il est illicite de faire contre un père et son fds, il est illicite de le faire contre cent mille , et par conséquent nous avons le droit de former des éta- Llissemens d'instruction particulière en tel nombre et sur des bases aussi larges que nous le trouverons convenable.

» Les catholiques en face du terrible péril de voir l'instruction de leurs enfans et , par des lois sur la presse , l'instruction de tous les âges livrée au bon plaisir de l'homme , les catholiques ont pu et ont dû chercher des garanties. Au siècle où nous sommes il étoit impossible d'en trouver d'autres que la liberté. Sans la liberté de l'enseignement, il ne leur resteroit plus de possibilité de transmettre à leur enfans leur foi dans toute sa pureté ; sans la liberté de la presse, il ne ne leur resteroit plus de possibilité de défendre leur croyance €t leurs actions, ni d'exposer kurs principes suiva l'exigence des temps, ni de résister à l'arbitraire et au despotisme; enfin sans la liberté des opinions religieuses, ils devroient se courber sous le joug des opinions de tous ceux qui parviendront successivement au pouvoir. Les catholiques ne sauroient être libres seuls ; la liberté de tous est devenue la condition né-

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cessaire de leur liberté. Du reste ils ne demandent aucune liberté nouvelle ; celles auxquelles ils prétendent sont gravées profondément dans toutes les nouvelles constitutions d'Etat, et très explicitement dans la Loi fondamentale de ce royaume. Dieu l'a permis ainsi; il prépare toujours ce qui est nécessaire suivant les temps pour la conservation de la foi chez les peuples qui en restent dignes.

» Les libéraux demandent les mêmes libertés que nous, sans que leur but soit le même que le nôtre ; il est toutefois fort louable dans leur aversion du despotisme et dans leur juste horreur du joug que l'on cherche à imposer aux peuples , et en cela nous les aidons de grand cœur. En résistant avec nous, ils obéissent à un sentiment inné au cœur de l'homme , et, sans le savoir, à l'antique impulsion du christianisme , à qui le genre humain a dû son affranchissement. Aussi croyons-nous que leur éloignement de la religion n'est point invincible. Au contraire depuis que le véritable esprit de l'Eglise a été remis dans un plus grand jour, et dégagé des interprétations tout humaines qui n'avoient malheureusement que trop prévalu dans certaines écoles , depuis lors les libéraux ont dépouillé une grande partie de leurs préventions anticatholiques et se sont rapprochés de nous. Nous marchons ainsi de conserve, nous prêtant un mutuel appui; mais que l'on n'imagine point que rien dans le monde nous engage jamais au plus léger sacrifice de nos principes, nous rejetterions plutôt tout secours humain : car sans l'approbation divine nous n'espérons rien.

» Ed prétendant avec tant de vivacité jouir de la liberté, les catholiques offrent en même temps une garantie bien rassurante contre l'anarchie et la licence. C'est seulement dans les dogmes et les préceptes de l'Eglise que se trouvent réunies toutes les notions des droits et des devoirs, autrement dit, de l'ordre; et comme l'Église exige des cathohques une soumission absolue de l'esprit à ses dogmes et à ses préceptes, elle a un moyen beaucoup plus efficace d'obtenir d'eux la soumission de fait, ou Tordre réalisé, que ceux qui sont réduits à employer la force au lieu de la conviction. L'enseignement des catholiques, dans aucune science ni dans aucun âge, ne peut être soustrait à la critique de l'Eglise, infaiUible en tout ce qui peut importer au maintien de l'ordre voulu de Dieu. Et contre les abus de la presse, quelles garanties dans le système de l'Église ! — L'auteur a le moyen de s'assurer avant la publication de son écrit , s'il ne contient rien de contraire à la parole de Dieu, c'est-à-dire, à l'ordre; et l'État verra les vrais catholiques s'abstenir de la lecture des ouvrages que l'Église leur interdira : car ils ont la conviction qu'ils doivent lui obéir, et ils lui obéissent volontairement, librement et avec amour. L'histoire, semblable à un thermomètre, indique à quel degré les peuples ont été pénétrés de l'esprit de l'Église et dociles ou récalcitrans à sa voix , suivant que ses pages constatent des degrés d'ordre ou de désordre.

)) Les catholiques et les libéraux, disons mieux, les peuples veulent la liberté; de jour en jour ce sentiment si juste et si noble prend une nouvelle énergie

et se développe avec rapidité. Partout de jour en jour, les voies les plus éloquentes en démontrent mieux la légitimité et la nécessité; et pour confirmer leurs démonstrations , d'officieux ministres ont soin chaque jour de rendre le despotisme plus haïssable. Qu'il faut ignorer les choses de ce monde pour nourrir l'espoir d'arrêter un tel élan ! Nous serons libres , parce que c'est notre volonté arrêtée. C'est notre droit! Et plus vous aurez usurpé les droits que nous avons sur nos enfans , courbé l'instructioa sous votre bon plaisir, imposé votre langue et proscrit la nôtre , réservé les emplois et vos faveurs aux Hollandois et aux protestans , renforcé votre inquisition , accumulé les destitutions, enchaîné la presse, rempli vos geôles; plus vous aurez traîné de prêtres devant vos tribunaux, plus vos juges amovibles auront condamné de citoyens chers à la patrie et absous par l'opinion, plus la liberté s'affermira sur les ruines de vos œuvres. Nous serons libres , et beaucoup de nations des deux mondes seront libres, soit par leur énergie, soit par la libre action dô l'Église. Malheur à celles qui resteront sous le joug de l'homme î — Quelle pitié de voir quelques ministres conspirer contre un sentiment déjà trop fort pour être vaincu, et dont la force croît constamment ! Quelle pitié de voir des ministres songer à des baïonnettes contre les intelligences ! d'autres opposer une ligne de douaniers à la pensée ! Aveugles qu'ils sont ! il ne s'aperçoivent pas que la pensée , que la volonté de la liberté a déjà poussé sous leurs pas d'indestructibles racines !

)) Résignez-vous : le nouveau système social dans foute la vigueur de sa jeunesse, s'avance ; reculez, ne disputez point le terrain pied à pied : les peuples veulent une justice entière ; elle seule pourra rétablir le calme Le temps des illusions est passé. Ce que vous nous avez rendu, nous sommes justes, nous le publions hautement; nous sommes généreux, nous vous en rendons grâces comme si c'étoit plus qu'une réparation. Mais, songez-y bien, vous nous rendrez justice complète ; et si vous mettez trop de mauvaise foi à nous la rendre, vous nous donnerez en outre des sûretés nouvelles contre vous. Voilà l'avenir (1).

» Bruielles, le 22 féyrier 1830.

M L. F. DE ROBIANO DE BoRSBEEK. n

Que de dignité et en même temps que de vraie sagesse dans ce langage î quelle mâle et chrétienne fermeté! Et pourquoi faut-il que de pareils exemples trouvent parmi nous si peu d'imitateurs? Nous aimons surtout à les proposer à Mgr Jean-François-Marie Le Pappe de Trévern , conseiller d'Etat , évêque de Strasbourg, qui a certes de tout autres idées que les catholiques belges , si nous en jugeons par son mandement de carême que nous avons en ce moment sous les yeux.

(1) On remarque que la Gazelle de France , qui a reproduit l'arlicle de M. de Robiano, en a perfidement omis la fin, comme trop libérale pour les gallican» et le« absolutistes du ministère Polignac.

{Courrier des Pays-Bas.)

Ce prélat commence par raconter au clergé et aux fidèles de son diocèse , u qu'établi par l'Esprit saint » pour les diriger dans les voies du ciel, il s'étoit fait » la loi de rester étranger aux discussions civiles et » politiques (1). n Assurément il y a en France dix mille lois qui ne valent pas celle-là. M. de Trévern y avoit pourtant mis m petto une restriction , et c'est lui-même qui nous l'apprend. « Si le trouble, dit-il, » alloua nos très chers frères , à vous enlever la liberté » d'esprit nécessaire pour remplir les fonctions de vo-

» tre état, les devoirs de votre profession alors

M nous serions non seulement justifié , mais obligé » même d'opposer à vos alarmes des motifs plus puis- » sans de sécurité et de calme (2). » Or c'est là justement ce qui est arrivé : le trouble est allé à enlever la liberté d' esprit nécessaire aux Strasbourgeois pour remn plir les fonctions de leur état. Et cela comment? Par une fermentation artificielle et concertée qui remue un parti considérable de lettrés journalistes , en travail perpétuel dans la capitale (3). » Ces lettrés journalistes, qui aspirent sans cbute au mandarinat , ont attaqué les sept ministres que nous avons le bonheur de posséder : et encore en quel style ! ce Est-il concevable que , si » près encore du grand siècle, nourris de ses illustres » écrivains, ils en aient si étrangement rejeté la grâce » et la noble décence pour adopter le ton virulent d'une » rudesse antifrançaise? Est-il concevable qu'ils se

(2) P. 1 et 2.

(3) IMd.

)) soient abaissés à d'oufrageuses et indignes expres- » sions que proscrit l'urbanité de nos mœurs, et Va- » hondance d'une langue qui sauroit au besoin allier » la véhémence du reproche, l'énergie de l'invective )) avec les égards dus au rang*, à la dignité des per- » sonnes (1)? » Monseigneur, ainsi qu'on le voit, permettroit Vinveclive, même énergique ^ pourvu qu'elle n'eût pas le ton virulent d'une rudesse anti française. Voilà ce qui le choque , et avec raison ; car enfin , comme il le dit : « Quand on n'a que le bien public )) en vue, on écrit tout autrement (2). » Et là-dessus épanchant sa douleur avec une grave et noble décence, et dans le style du grand siècle : (c'O vous, s'é- » crie-t-il , N. T. C. F., qui n'êtes pas encore initiés )) dans la langue de votre patrie , vous pouvez au- » jourd'hui vous féliciter. Du moins vous ne connois- » sez pas encore un genre de souffrance qui pour nous » est un vrai supplice (3). » Je ne crois pas que, depuis l'origine de l'Église , on trouvât dans l'épiscopat un second exemple d'une si vive et si touchante sensibilité littéraire.

Toujours pour calmer le trouble- qui iroit à enlever à ces diocésains la liberté d'esprit nécessaire pour remplir les fonctions de leur état, Mgr Le Pappe de Trévern se rend envers eux garant de tous et chacun de nos ministres , dont il a été à portée de connoître personnellement quelques uns, et déjuger les autres par des

(1) p. 1 et 2.

faits (1). Puis vient l'éloge de chacun d'eux, et d'abord, comme il est juste^ de M. le président du conseil, qui fera l'admiration de la postérité (2). Toutefois un doute pénible obscurcit un instant l'esprit du prélat. « A tous ses mérites, joindra-t-il dans la tribune celui » de la parole? Nous l'ignorons encore. » Cela est triste, il faut l'avouer : mais voici la consolation. (( Nous savons, quelque sensibles que nous soyons aux » charmes de l'éloquence, nous savons cependant que » l'on ne gouverne pas les peuples par des mots, du » verbiage (3). ->; Ce qui signifie que quelque sensible que Monseigneur soit au verbiage^ il ne se désespérera pourtant point dans le cas où M. de Polignac viendroit par hasard à en manquer.

Nous passons sous silence les complimens adressés au ministre qui tient en main le gouvernail de nos flottes (4), ainsi qu'à ses collègues de la guerre, de l'iaitérieur, de l'instruction publique , de la justice et des finances : car pas un n'est oublié ; et c'eût été en effet dommage, puisque l'opinion que le prélat s'est formée d'eux ne peut laisser aucun ombrage sur leurs intentions ^ aucune inquiétude sur leurs projets (5).

Je ne blâme ni ne loue cette opinion en soi , mais je me demande d'où vient , dans Mgr Le Pappe de Trévern, cette admiration qui, pour me servir d'une

de ses expressions , a enlevé son cœur jusqu'à Tenthou-

(3) ma.

siasme(i). Car enfin l'on sait que le même enthousiasme enlevoît il y a quelques mois également son cœur , sous le ministère de MM. de Vatimesnil et Feutrier; qu'il ne voulut jamais adhérer à la protestation des évêques contre les ordonnances du mois de juin , et qu'il s'empressa de les faire exécuter , autant que possible , dans son diocèse. '

La conclusion de tout cela est , au reste , un conseil fort sage. (( En vous félicitant, dit-il à ses diocé- » sains , sur les avantages temporels dont une provi- » dence indulgente vous a favorises, nous vous dirons : » Soignez, cultivez vos possessions, augmentez-en le » revenu, si vous le pouvez; et si vous en avez le » goût, ajoutez-y les embellissemens dont elles sont )) susceptibles (2). » Il faudroit être bien endurci pour résister à de semblables exhortations. Nous pensons mieux des Strasbourgeois , et nous osons promettre à leur évêque que ses paroles ne seront pas perdues.

Le prélat s'a dressant ensuite aux protestans assez nombreux sur cette frontière , leur tient un langage qui paroUra sévère dit-il : en un mot il leur parle de la nécessité indispensable de rentrer dans l'unité. « Sui- }) vez, ajoute Mgr de Trévern , le guide que vous y » trouverez, le guide sans lequel l'unité ne peut être, » et avec lequel il est impossible qu'elle ne soit pas; )) ce guide dont le bon sens, la Sainte-Écriture et Fen- » seignement de tous les siècles concourent à prouver )) l'institution divine; ce guide enfin qui auroit prévenu

» les dissensions, les schismes, leshérésies dansle monde » chrétien , si des esprits emportés et superhes ne Ta- » voient calomnié, pour s'y soustraire; ou qui de nos » jours répareroit encore toutes les hrèches, si les des- )) cendans plus avisés , plus calmes que leurs devan- )) ciers , recouroient à son autorité tutélaire (1). »

Cela seroit assez hien , si , à ce mot vague de guide^ qui n'est ni de l'Ecriture ni de la tradition ^ le prélat eût substitué celui de chef^ ou, encore mieux , le nom consacré de souverain pontife, qui implique la plénitude de puissance dans TEglise et sur l'Eglise, telle qu'il est de foi qu'elle appartient au successeur du prince des apôtres. Mgr. deTrévern craindroit-il de parler comme les conciles? pousseroit-il le gallicanisme jusqu'à prétendre réformer leur langage et celui de l'univers chrétien? et sont-ce là les leçons qu'on reçoit dans cette petite S orhonne qu'il a fondée dans son diocèse, et dont il court de si étranges bruits? Seroit-il vrai qu'elle eût pour principal but de combattre et de ruiner, dans l'esprit des jeunes prêtres, les doctrines romaines , les doctrines de ce guide sans lequel V unité ne peut être et avec lequel il est impossible qu'elle ne soit pas? Seroit-il vrai qu'un juii récemment converti, chrétien sincère , nous n'en doutons pas , mais sans études théologiques, y fût chargé d'un cours sur l'histoire de l'Éghse dans lequel il apprendroit à ses auditeurs, (( qu'après la promesse faite au premier homme, » l'humanité devint enceinte du Rédempteur ; que le )) temps qui s'écoula jusqu'à la venue du Messie fut

» celui de la grossesse et de la gestalwn; que dans la » plénitude des temps , lorsque l'humanité fut à son )) terme y elle accoucha, etc. ? » Seroit-il vrai que ces scandaleuses extravagances fissent partie de ce qu'à Strasbourg on appelle les hautes études ecclésiastiques, d'un enseignement autorisé , protégé par le premier pasteur? Nous aimons à croire que non ; comme aussi nous repoussons l'idée que Mgr de Trévern ait eu l'intention de consacrer deux pages entières de son mandement à la satire indirecte d'un prêtre vénérable, d'un vieillard dont la vie, les talens, la fortune, ont été employés à former plusieurs générations sacerdotales, et qui, en ce moment même, occupe encore une des charges les plus importantes du diocèse : nous repoussons, dis-je, d'autant plus cette idée, que cet odieux oubli de toute convenance n'auroit d'autre cause, dit-on, que l'attachement de ce prêtre, universellement respecté , au Siège apostolique et à son invariable enseignement.

Mais ce qu'il faut bien croire , puisque nous en avons sous les yeux la preuve, c'est que Mgr l'évêque de Strasbourg ait écrit cette phrase dans un mandement : « Nous rappellerons à votre souvenir les be- » soins des deux petits séminaires, asile de vos enfans, » pépinière de votre clergé , tous les deux encombrés de » dettes, nécessitées par les constructions de l'un et » par l'acquisition de l'autre d'après les injonctions de » r autorité supérieure (i). »

Ainsi lorsqu'il s'agit d'un des droits le plus sacré

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de l'Église, le plus indispensable à sa conservation, d'un droit d'où dépend essentiellement la perpétuité du ministère , Mgr Le Pappe de Trévern reconnoît Yaulorité supérieure du pouvoir civil, et se tient obligé d'obéir à ses injonctions : tant il est vrai que la servilité , poussée jusqu'à l'abandon des premiers devoirs de l'épiscopat, est le caractère natif et indélébile du gallicanisme. Eh î Monseigneur , au lieu d'écrire de déplorables mandemens pour défendre les ministres qui n'ont que faire de vos étranges apologies, défendez l'Eglise attaquée de toutes parts, défendez vos propres droits scandaleusement envahis , défendez Jésus-Christ contre les complots des princes et des rois de la terre, qui ont rejeté son joug loin d^eux Ci); et laissez les hommes à portefeuille se recommander euxmêmes, par leur éloquence et par leurs œuvres, à ï admiration de la postérité.

Voici venir maintenant de l'autre extrémité de la France , Mgr Mathias Le Groing de La Romagère , évêque de Saint-Brieuc. En pasteur qui s'intéresse à l'instruction de ses brebis, il leur apprend (( que les » deux plus grandes puissances de l'Europe ont posé » les armes par suite d'une sage médiation à laquelle )) la France a pris une part active ; que le commerce, )) plus libre à l'extérieur, a donné la facilité de nous » procurer tout ce qui est utile à la vie; que, dans ); l'intérieur, aucune révolte, aucune agression étran- » gère n'a troublé la paix de l'État; enfin que des » moissons meilleures que celles de l'année qui avoit

(1) Ps. II.

DKS CATHOLIQUES BKLGESr. 127

)) précédé , sans procurer toute l'abondance que nous » pouvions désirer, ont cependant occasioné une di~ )) minulion sensible dans le prix des grains (l). » Tout seroit donc , N. T, C F., continue-l-il, da?is une profonde paix et dans un état aussi heureux que les Français peuvent le désirer, si quelques hommes qui ne

trouveront jamais le bonheur nabusoient pas de la

liberté de la presse y en publiant des opinions antiroyalistes (2). Tout seroit bien sans cela; car, du reste, de quoi la religion pourroit-elle se plaindre? qu'a-t-elle à redouter? qu'a-t-elle à réclamer ^ ce lorsque notre )) église cathédrale ressent aujourd'hui les effets de cette )) bienfaisance royale, et qu'elle Ta voir le maîlre- )) autel ré-abli avec une magnificence digne du pre- » mier temple du diocèse (3) ? » La béatitude épiscopale de Mgr Le Groing seroit donc complète sans les opinions antiroyalistes. Toutefois il ne veut pas qu'on s'inquiète beaucoup; et la preuve qu'on a tort de craindre une révolution , c'est qu'il y a déjà eu une révolution , que la Providence y amis fin ^ et que dès lors il est impossible qu'on en revoie jamais une autre. (( Pourriez-vous , s'.i ie-t-il, oublier les merveilles )) qu'elle fit éclater quand elle mit fin, dans le dernier )' siècle, à Thorrible persécution qui avoit fait proscrire » tout le clergé catholique , et périr sur l'échafaud le )) roi, tout ce qu'il y avoit de grands, de riches et sur- » tout d'hommes religieux et vertueux (4)? »

(0 Mande tnent pour le Carême, p. 3 et 4.

(2) p. 4 et 5.

Eh ! bon Dieu , Monseigneur, que dites-vous donc là? Nous connoissions bien les horreurs de l'épouvantable persécution dont vous parlez : mais qu'elle ail fait périr sur Véchafaud tous les hommes religieux et vertueux; en vérité, avant votre mandement, nous ne l'avions jamais ouï dire. Permettez-nous au moins de faire une exception ; sans quoi il y auroit trop à plaindre le diocèse de Saint-Brieuc , qui assurément l'est assez déjà.

Monseigneur Le Groing n'a pas des raisons moins fortes pour tranquilliser ses diocésains sur le sort futur de la religion catholique en France. D'abord toute alarme à ce sujet est visiblement un piège du démon (1) : car qui peut, si ce n'est le démon, s'inquiéter des attaques renouvelées chaque jour avec plus d'astuce et de fureur contre le royaume de Jésus-Christ? Et puis, ajoute très judicieusement le prélat, que pouvezvous craindre? vous n'avez qu'à conserver la foi, vous ne la perdrez jamais. Chrétiens pusillanimes, rassurez-vous donc. Souvenez-vous du prophète Elie^ du Dieu de Clovis et du Dieu de saint Louis; et ne doutez pas un seul moment que « si vous persévérez dans » l'attachement à la foi que vous avez montré constam- » ment dans le temps de la persécution, et qui s'est » réveillé plus que jamais pendant le dernier jubilé , » aucune puissance ne parviendra à vous ôter le pré- » cieux trésor de votre religion (2). »

Plein de sécurité sur tout le reste, l'unique souci de

(2) Ibid.

DES CATHOLIQUES BELGES. î29

Monseigneur Le Groing de La Romagère, c'est qu'on se départe du premier article de la déclaration de 1682. Nous ferons grâce à nos lecteurs de toutes les pauvretés qu'il entasse , à ce sujet , dans dix grandes pages de son mandement. Gela est trop au-dessous de toute réfutation. 11 n'a pas même la première idée de l'importante question qu'il discute avec une si rare ignorance, et qu'il décide, le croiroit-on? par l'autorité de l'Eglise romaine , qu'il a l'audace de rendre complice de ses dangereuses erreurs. Romalocuta est; causa finila est , dit-il , et nous le disons avec lui , mais dans un autre sens , et appuyé sur une suite non interrompue d'actes et de constitutions du Siège apostolique , qui , depuis cent cinquante ans , ne cesse de réprouver, casser, annuler la déclaration tout entière de 1682.

Et veut-on voir la conséquence que Monseigneur Le Groing tire lui-même de la doctrine qu'il soutient si savamment : (( Fidèles à Dieu , dit-il , ainsi que vous » le fûtes toujours, vous continueriez d'obéir, dans )) l'ordre civil , à celui qui tiendroit du ciel la puis- » sance souveraine, quelque déréglées que fussent ses » mœurs , quelle que fût sa croyance religieuse , quels » que pussent être les abus apparens ou réels de son )) gouvernement ', quelque impies enfin et tyranniques » que fussent les lois qu'il dicteroit pour vous per- » vertir. . . )) Se peut-il qu'il y ait dans le monde, je ne dis pas un chrétien , mais un homme croyant en Dieu, dont l'âme ne se soulève pas d'indignation en entendant de semblables paroles !

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