SCÈNE PREMIERE
MERLIN, ARIELLE
(Merlin près d'Arielle endormie sur les marches d'un escalier de marbre. — Il fait nuit.j
MERLIN
Tu (lors, mon Arielle, toi ma force intérieure, la puissance oubliée qui sommeille en toute âme,
et que seul, jusqu'ici, je réveille à mon gro... Tu dors, ma petite fée docile et familière, et les cheveux épars comme une vapeur bleue, invisibles aux hommes, se mêlent à la lune, aux parfums de la nuit, aux rayons des éloiles, aux loses qui s'eiïeuillent, à Tazur qui l'inonde, pour nous rappeler ainsi que rien ne nous sépare de tout ce qui existe, et que notre pensée ne sait pas où commence la lumière qu'elle espère, où se termine l'ombre à laquelle elle échappe... Tu dors profondément, et tandis que tu dors, je perds toute ma science, et redeviens semblable à mos aveugles frères qui ne savent pas encore qu'il y a sur cette terre autant de dieux cachés que de cœurs qui palpitent... Hélas! je suis pour «'ux le génie qu'il faut fuir, le mauvais magicien qui a fait alliance avec leurs ennemis... Ils n'ont pas d'ennemis; ils n'ont que des sujets qui ne trouvent plus leur roi... Ils sont persuadés que ma vertu secrète, à laquelle obéissent les plantes et les astres, l'eau, la pierre et le feu, et il qui l'avenir dévoile par moments quelques uns de ses traits; ils sont persuadés que cette