‹ Joyzelle; piéce en cinq actesChapitre 44 sur 83 · ACTE m, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE I

LANCEOK

A quoi bon te le dire, Joyzelle, il est trop tard... Tu ne me croirais plus, car il te faudrait croire ce qui n'est pas croyable... Je marchais dans un rêve, dans une sorlc de songe invincible et moqueur... Mon esprit, ma raison, ma volonté, que sais-je? étaient plus loin d'euxmêmes que ce corps délabré n'est loin de ce qu'il fut... J'aurais voulu te dire, te crier mille fois que j'étais un mensonge qui n'obéissait plus ; et que les mots honteux qui violaient mes lèvres, étouffaient malgré moi les ardentes paioles d'amour désespéré et l'aveu tout en pleurs ({ui s'élançaient vers toi... Je faisais des efforts à me rompre la gorge, à me briser le cœur; et j'entendais ma voix perfide me trahir, sans que mes bras, mes mains, mes yeux ou mes baisers pussent la démentir; car excepté mon àm(^ que lu ne voyais pas, je me sentais en proie à une force ennemie, irrésistible, hélas! et incompréhensible...

joyzellp:

-Mais si, je la voyais!... Et j'ai su tout de suite que ce n'était pas toi qui me mentais ainsi; que c'était impossible...

LANCEOR

Comment le savais-tu?...

Parce que je t'aime...

LANCÉOR

Mais que suis-je, Joyzelle, qu'aimes-tu donc en moi, en qui j'ai profané, en qui l'on a détruit tout cf que tu aimais?..

Toi.

Page 1