‹ Joyzelle; piéce en cinq actesChapitre 68 sur 83 · ACTE IV, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I

peine... Je ne sais si mes sens sont encore au pouvoir de la nuit d'où je sors, mais je reconnais mal tes paroles et les gestes... On dirait que tu cherches, que tu doutes, que tu rêves... Et moi qui te reviens plein de joie et d'amour, j'en retrouve si peu dans tes yeux qui me fuient, dans tes mains qui m'oublient... Que s"est-il donc passé?... Pourquoi me rappeler et me rendre la vie, si pendant mon absence j'ai perdu ce que j'aime?...

Oh! non, non, Lancéor, tu ne m'as point perdue!..

LANCÉOR

Ta voix cherche un sourire et ne trouve qu'une plainte...

Oui, je voudrais sourire et je souris déjà„..

Mais ne t'étonne pas, j"ai pleuré si longtemps et tant désespéré que les larmes remontent encore malgré moi... La joie était si loin qu'elle ne peut revenir dès les premiers baisers... Il en faudra beaucoup avant qu'elle reprenne confiance dans mon cœur, et je suis presque triste au milieu du bonheur.

LANCÉOR

Oh! ma pauvre Joyzelle!... C'est donc là ce que dit ton silence si grave?... Et moi qui m'agitais comme un enfant stupide... Je ne pense qu'à moi, je suis ivre de vie et ne comprends plus rien... J'oubliais qu'à ta place j'aurais perdu courage... C'est vrai, tu as raison, c'est toi, ce n'est pas moi qui reviens de Ja mort; et quand deux êtres s'aiment comme nous nous aimons, celui qui ne meurt pas, meurt seul réellement... Ne cache plus tes larmes... Plus lu me parais triste, plus je sens que tu m'aimes... Maintenant, c'est à moi de prendre soin de toi, maintenant c'est à moi de rappeler ton àme, à moi de réchauffer tes mains

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