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Le contrôle absolu du revenu par le peuple canadien

3. Eendre les juges responsables à la législature provinciale et non au souverain.

Les commissaires d'Angleterre, Lord G-osford, Sir Charles Grrey et Sir Greorge Fipps, arrivèrent en Canada dans l'automne de 1835.

Lord G-osford fut aussi nommé gouverneur en chef à la place de Lord Aylmer.

L'hiver suivant, Sir John Colborne, gouverneur du Haut-Canada, qui s'était rendu extrêmament désagréable à la population de cette province, fut révoqué et remplacé par Sir Francis Head.

Citons les extraits de la Review :

" Le but de cet article est de donner un exposé des principaux actes de ces personnages, et nous croyons pouvoir établir que non seulement ils n'ont pas réussi à calmer les esprits, mais, aidés des instructions peu généreuses — j'allais dire trompeuses — de Lord Grlenelg, ils ont réellement activé le mécontentement qui existait lors de leur arrivée.

Avant le départ de Lord G-osford et des autres commissaires, M. Roebuck, agent à la Chambre d'Assemblée du Canada, soumit au ministre des Colonies, Lord Glenelg, un état détaillé, écrit, des vues et demandes de cette chambre.

Ce document est, sous tous les rapports, d'un grand mérite. Il y est question des réformes demandées par l'Assemblée et l'auteur appuie surtout sur l'abolition du présent Conseil Législatif et la création d'une seconde chambre élective, et Lord Grlenelg est prévenu des conséquences sérieuses qui résulteraient du refus d'accéder à ces demandes.

On avait d'abord entretenu l'espoir que les commissaires viendraient revêtus des pouvoirs d'accorder telles réformes.

Sir Greorge G-rey, il est vrai, par respect pour les Canadiens ne voulut pas faire connaître au parlement ces instructions qui devaient d'abord être soumises à l'Assemblée, et il promit de les présenter à la Chambre.

Une fois arrivés en Canada, les commissaires se montrèrent, en tout et partout, animés d'un esprit extrêmement libéral. Lord Grosford ne cachait pas que lui et ses collègues étaient nommés par un gouvernement libéral et pour aucun autre but que celui de faire des réformes. Il lui arrivait rarement de parler de ses instructions sans faire mention de leur esprit libéral. "Je suis convaincu," disait-il, en conversant avec un membre éminent de l'Assemblée, quelques jours

avant l'ouverture de la session, " Je suis convaincu que mes instructions seront favorablement acceptées,*une fois connues. Après-demain sera le grand jour des révélations ; le pays tout entier en connaîtra aussi long que moi sur les intentions de Sa Majesté. Je dirai, sans réserve, tout ce que je sais."

Ce langage de Lord Grosford, à la veille de la session, lui gagna la bonne volonté, sinon la parfaite confiance, des membres de l'Assemblée et de la masse du peuple. Mais, d'un autre côté, ses déclarations soulevèrentla haine des colons tories qui l'attaquèrent de la manière la plus violente dans leurs journaux.

Yint enfin "le jour des révélations," mais rien de ce que l'on attendait ne fut révélé. Le gouverneur se contenta d'un discours du trône pas du tout satisfaisant, pour les Canadiens.

Ce discours était muet sur tous les points que l'on jugeait les plus importants.

Si c'était là "tout ce qu'il savait," lord Grosford ne savait rien évidemment II ne disait rien d'un changement dans la constitution du conseil; il ne disait rien de l'abandon, tenu à l'Assemblée, du contrôle du revenu — réformes en tête des réclamations populaires.

Il en résulta la ruine complète des espérances— on ne saurait dire de la confiance — jetées dans l'esprit public par les promesses de lord Grosford.

L'esprit de bonne volonté des membres de l'Assemblée envers le gouverneur, n'eut pas l'air d'être affecté, cependant. L'Assemblée ne pouvait pas reconnaître et ne reconnut pas, de fait, la commission ; mais, quant au gouverneur, il fut traité avec toute la déférence possible.

Alors, les instructions en question n'étaient pas soumises à la législature provinciale, en dépit de la promesse de Sir G-eorge Grrey et des déclarations de Lord Grosford, il devenait du devoir de M. Roebuck de les redemander dans la Chambre des Communes, et c'est ce qu'il fit, le 16 février. Mais Sir G-eorge G-rey, après avoir reconnu que "la Chambre d'Assemblée s'était montrée animée du plus vif désir de promouvoir les intérêts delà colonie," soumit à M. Roebuck que vu l'espoir qui existait de voir régler les différences entre l'Angleterre et le Canada, il serait peu sage, à son avis, de rendre publiques, dans le moment, les instructions données aux commissaires ; que cela même pourrait avoir de graves conséquences.

Pans ces circonstances, M. Roebuck retira sa

motion, désirant donner au cabinet tout le temps d'étudier la question.

Or au moment même où Sir G-eorge Grrey parlait ainsi des graves conséquences que pouvait entrainer la divulgation de ces instructions, ces mêmes instructions étaient rendues publiques dans tout le Canada par le fait d'une bévue diplomatique de Sir Francis Head.

La législature du Haut-Canada était en session, lorsque Sir Francis arriva dans cette province, en février, et son premier message contenait des extraits dévoilant presque toute la partie essentielle des instructions données aux commissaires. On lui aurait permis, parait-il, de communiquer la substance de ces instructions, en même temps que les siennes propres ; mais n'était-il pas alors depuis assez longtemps dans la carrière officielle pour savoir qu'en diplomatie substance veut dire ombre, il commit cette irrémédiable bévue.

On s'expliqua alors la conduite de Sir G-eorge G-rey et les graves conséquences qu'il voyait dans la publication de ces instructions. Elles étaient en substance le rejet des demandes de l'Assemblée, sous une légère apparence de libéralité.

Le but du ministre colonial et du gouver-

neur en tentant de tromper l'Assemblée et le peuple du Bas-Canada par des belles paroles voilant leurs véritables intentions est assez évident

L'assemblée avait refusé de voter les subsides afin de donner plus de force à ses demandes de réformes, et l'on a cru que si l'on pouvait détourner les soupçons, l'exécutif pourrait peut-être obtenir un crédit, peut-être même une liste civile permanente, ce qui devait rendre le parti officiel indépendant de l'assemblée pour une période indéfinie. Mais cette espérance fût déçue.

Après cet événement qui ruinait toutes les espérances entretenues jusqu'alors, la chambre d'Assemblée décida de refuser carrément de payer tous arrérages. Cependant, par esprit de conciliation envers l'exécutif, et pour montrer combien elle désirait peu créer des embarras inutiles au gouverneur, l'assemblée vota un bill de subsides pour six mois, aux conditions formulées auparavant, la principale étant que tout fonctionnaire occupant deux emplois ne retirerait que le salaire d'un seul, savoir le plus élevé. Cette mesure, cependant, ne plaisant pas au parti officiel, fut battue dans la chambre de ce parti, le Conseil Législatif.

Ce corps se prétendant le représentant des

principes aristocratiques, alors qu'il ne représentait que quelques bureaucrates prétentieux manifesta sa colère en rejetant les mesures de l'Assemblée.

Toutes les mesures de l'Assemblée dans l'intérêt de l'administration interne du pays furent rejetées, sauf une, et cette dernière (un bill dé terminant la construction d'un chemin de fer entre le Bas-Canada et le Nouveau-Bru»iswick), fut réservée à la sanction rapapale par le gouverneur général.

Le bill touchant les écoles élémentaires, et les autres bills concernant l'éducation furent au nombre des rejetés.

Comme conséquence de cette attitude, il devint nécessaire de fermer 1665 écoles établies par actes provinciaux, privant ainsi des moyens d'instruction pas moins de 40,000 enfants.

Le bill de subsides pour six mois fut voté le 23 février contre un amendement à l'effet de payer les arrérages. Ce résultat fut accueilli par des applaudissements qui furent difficilement réprimés, tant le public avait besoin de donner libre cours à ses sentiments

A partir de ce moment, jusqu'à la fin de la session la Chambre s'occupa surtout de recevoir

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les rapports du comité permanent chargé de régler les griefs (d'étudier surtout la con/iuite reprochable des fonctionnaires publics). On discuta un projet de loi relatif à la réforme du Conseil Législatif, puis enfin, on vota une adresse au Eoi, les deux chambres répétant leurs griefs et condamnant la conduite indiquée plus haut.

Les personnages officiels dont la conduite fut condamnée par un comité de l'Assemblée, puis subséquemment par la Chambre étaient les juges Grale, Thomson & Fletcher, les shérifs Gruay, Witche, M. Felton, commissionnaire des terres de la Couronne et quelques autres.

Pour donner à nos lecteurs une idée de la justice rendue à Montréal par le juge en charge durant le bon plaisir de la Couronne, c'est-à-dire, du pouvoir exécutif de l'époque, nous citerons un cas : Nous voyons qu'au mois de décembre, 1835, un homme était mort de froid dans la prison de Montréal. La chose fut l'objet d'une enquête par l'Assemblée et l'on prouva négligence coupable de la part du shérif et de son subalterne, le geôlier, et, en conséquence une adresse fut votée demandant le renvoi de ces deux fonctionnaires. On ne se rendit pas à cette demande ; mais le procureur général émana une mise en accusation devant le

grand jury, pour meurtre, contre le geôlier. Le jury fut nommé par Grugy, impliqué, et l'accusation fut renvoyée.

La chose fut regardée comme un déni de justice et la popularité de Lord Gosford eut beaucoup à en souffrir.

Mais ce n'est pas là le plus intéressant de l'affaire. Un journal, La Minerve osa qualifier le jury de "jury vendu." Le libelle fut porté devant le tribunal et le procureur général demanda de suite l'arrestation de l'écrivain Duvernay, et pourquoi ? pour mépris de cour ! La cour, sans entendre de preuve, pas même celle du fait de la publication, accorda le mandat et Duvernay arrêté dût donner caution. Au terme suivant de la cour, on soumit le défendeur à l'interrogatoire suivant : Etes-vous le propriétaire de La Minerve ? — Avezvous publié l'article en question ? — Duvernay, un des citoyens les plus honnêtes et les mieux connus, le fondateur de La Minerve et de notre grande institution nationale, " La société St Jean-Baptiste," étant sous serment, répondit : "Oui." Sur cette confession, il fut condamné à 30 jours de prison et une amende de <£20. Le juge (nous cacherons son nom) déclara que cette manière de procéder était d'une indulgence toute particulière,

car on avait laissé le défendeur dire lui-même s'il était coupable ou non ; d'où l'on pourrait déduire— si ce n'était là un véritable guet-apens — que Duvernay ne fut puni que parce qu'il ne voulait pas se parjurer.

Continuons maintenant de citer le journal mentionné plus haut :

" Le dernier acte législatif de l'Assemblée fut de donner la forme de projet de loi à la demande d'un conseil électif. Ce bill fut adopté en chambre par une grande majorité.

Une première objection faite par le parti officiel était que ce projet stipulait la révocation d'une partie d'un statut impérial, ce qui n'était pas de la juridiction d'une législature provinciale subordonnée.

Cependant altérer la constitution érigée par l'acte même, au moyen d'une loi adoptée de la manière prescrite par l'acte même, ne constituait ni une révocation ni une violation.

L'acte en question avait déjà été modifié sans le secours du parlement impérial. Il constituait une chambre d'Assemblée de 50 membres. Par la suite, certaines parties du pays peu habitées d'abord devinrent très populeuses, en conséquence, une législation modifiant l'acte et faisant une

nouvelle division de la province, fut passée par l'Assemblée, puis par le conseil et subséquemment acceptée et approuvée par le gouverneur et elle fait aujourd'hui partie de la constitution canadienne.

Ainsi, l'on avait fait alors aucune objection à cet amendement local, pourquoi contester ensuite le principe ? La réponse est facile. Dans le premier cas, l'oligarchie locale entrevoyait des avantages, dans le deuxième elle avait pour perspective, sa ruine.

Les objections faites au changement demandé dans la constitution du Conseil Législatif reposaient sur divers prétextes, dont quelques-uns très curieux, faisaient voir à quels excès se laissaient parfois entraîner les ennemis du gouvernement colonial res])onsable.

Dans le cours d'une conversation avec un membre du parti libéral, un des commissaires donnait à entendre qu'une puissante objection à la réforme en question était que la majorité demandant le changement, bien que forte se composait surtout d'individus d'origine française, tandis que la minorité opposée au changement se composait, pour la plupart, de personnes d'origine ^-nglaise.

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Si la population n'eut pas été composée d'habitants de diverses origines, le projet n'aurait rencontré aucune objection, ajoutait ce commissaire. Alors, lui fût-il répondu, tentez la réforme dans le Haut-Canada où elle est demandée par une forte majorité d'habitants anglais d'origine.

Or quelle lut la réponse de ce commissaire ? Comment sortit-il de ce dilemme ? Il objecta que, bien que d'une même origine, le peuple n'était pas là-bas aussi unanime que dans le Bas- Canada.

Voici d'étranges conditions, assurément — unanimité d'origine et unanimité d'opinion — qui ne sauraient cacher d'autre objet que celui de se rendre au désir d'une infime minorité.

Cependant, soumise à la décision des habitants d'origine anglaise, la question du Conseil électif eut été décidée dans l'affirmative par une grande majoiité, caries Townships Counties, \)QUi^\és entièrement d'Anglais avaient, pour la plupart, élu des représentants favorables au principe électif, et dans un des comtés représentés par les ennemis de ce principe, ces derniers ne remportaient la victoire que par une faible majorité.

Estimant à 150,000 la population d'origine anglaise, dans le Bas-Canada, les citoyens repré-

sentes par des hommes opposés au désir de la majorité n'excèdent pas en nombre, 40,000 — une bien faible minorité sur une population de plus de 600,000 ; et, cependant, c'est au vœu de cette minorité que cède le gouvernement.

On prétend que le fait de créer un conseil électif affaiblirait d'abord, pour le détruire à la fin le lien entre la colonie et la mère-patrie. Eh ! bien, nous déclarons que le maintien du système actuel doit, non pas à la fin, mais très promptement, détruire ce lien.

Le Conseil est la grande cause du mécontentement. Le principal grief des Canadiens contre le gouvernement impérial n'est pas que ce gouvernement soit directement oppressif, mais dans le fait qu'il maintient et appuie le Conseil Législatif. Et cette monstrueuse institution peut faire tort à la colonie.

Il peut exister des divergences d'opiîiion sur la question de savoir dans quelle mesure la colonie devrait exercer des pouvoirs administratifs, et quels sont les pouvoirs de la mère-patrie.

La colonie exerce ses pouvoirs par ses représentants ; la mère-patrie exerce les siens par le gouverneur qui peut être tenu responsable au

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parlement et au Bureau Colonial, de tout ce qu'il fait dans l'exercice de tels pouvoirs.

Mais il y a un troisième pouvoir, égal à ces deux preotiiers et ne représentant ni la mère-patrie, ni la colonie, mais uniquement une bande de fonctionnaires ambitieux. Non seulement la colonie est frustrée par eux dans ses désirs, mais les pouvoirs de la mère-patrie sont méprisés, et c'est ainsi que les projets de loi renfermant les demandes du peuple, après avoir été rejetés dans la Chambre Haute, n'ont jamais été soumis régulièrement au gouverneur ni au ministre colonial.

La dernière mesure de l'Assemblée, l'adresse au Roi et aux deux chambres du parlement, fut adoptée par une majorité de 55 contre ^, le 25 février, 1836. Il y était fait mention des espérances créées par la conduite du gouverneur, et du désappointement déterminé par la révélation des instructions données aux commissaires ; puis, dans des termes modérés, mais des plus fermes, l'Assemblée réitérait ses premières demandes.

lo. Un conseil électif.

2o. La révocation de l'acte concernant la tenure et de l'acte créant la British- American Land Company.

3o. Contrôle absolu du parlement sur les terres appartenant à la colonie.

4o. Contrôle absolu sur le revenu et la dépense.

L'adresse contenait aussi que le redressement des griefs devait précéder toute appropriation permanente d'argent.

La fermeté de la chambre d'Assemblée, soumise à une autre épreuve fut soutenue de la manière la plus noble.

Le 22 septembre, 1836, l'Assemblée était convoquée pour recevoir la réponse de Lord Grlenelg à son adresse. Cette réponse n'était qu'une réitération des instructions aux commissaires — les demandes de l'Assemblée étant une seconde fois rejetées.

Suivit une adresse de l'Assemblée au gouverneur répétant la détermination prise à la fin de la session de 1835-36, savoir que le redressement des griefs devait précéder tout vote de subsides.

Cette adresse fut adoptée, en comité, par une majorité variant de 58 contre 6 à 54 contre 9. La majorité menaçait aussi de se retirer et ne laisser aucun quorum. La chambre fut prorogée après vme session de 15 jours environ.

Sur un rapport élaboré des commissaires, il

fut présenté dans la Chambre des Communes, le 6 mars suivant, des résolutions à l'effet " qu'il n'était pas sage de rendre électif le Conseil législatif de la province ; mais qu'il était à propos d'adopter des mesures dans le but d'assurer à ce corps de la législature un plus haut degré de la confiance publique." On rejetait aussi plusieurs demandes de l'Assemblée et autorisait l'exécutif à se servir des deniers publics de la province pour les dépenses nécessaires.

Cela mit le feu aux poudres. On vit dans la presse des articles révolutionnaires et, dans diverses parties de la province, se tinrent des assemblées populaires auxquelles Papineau et autres firent des discours incendiaires.

Une proclamation du gouverneur prohiba ces assemblées, mais elle fut ouvertement méprisée et reçue par les cris de " Vive Papineau ! Vive la Liberté ! point de despotisme ^ " taudis que Ton adoptait des résolutions n'étant rien moins que des déclarations d'indépendance et des préparations à une révolte armée.

D'un autre côté, se tenaient de fréquentes assemblées loyales auxquelles l'on affirmait l'attachement à la Couronne et à la constitution.

L'excitation devenait chaque jour plus in-

tense ; des mesures préventives furent prises et le peu de troupes dans la province mises sur pieds.

Sir John Colborne qui venait de se retirer du gouvernement du Haut-Canada fut fait commandant en chef des troupes de l'Amérique Biitaiinique du Nord.

A ce moment le roi Gruillaume IV mourait et la reine Victoria montait sur le trône, le 20 juin, 1831

Lord Johu Russell fit alors observer que le ministère ne désirait passer aucune mesure coercitive au début d'un nouveau règne, que les résolutions relatives au Bas-Canada seraient reprises en considération à la prochaine session. Il voulait cependant qu'il fut bien compris qu'aucun des changements constitutionnels demandés par l'Assemblée Canadienne ne sauraient être ni ne seraient accordés, et il espérait que l'Assemblée se montrerait plus raisonnable à sa prochaine réunion.

En conséquence. Lord Grosford, couA^oqua le parlement en session pour le 18 août, 1837, afin de donner à l'Assemblée une nouvelle opportunité d'entendie raison.

A la date fixée, la dernière session du dernier arlement du Bas-Canada fu^ ouverte. L'appa-

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reuce de quelques représeutants causa une certaine émotion. Les "patriotes" a^^aient décidé de n'acheter ni de porter aucun article importé et plusieurs arrivèrent à Québec vêtus en étoffe du pays.

Nous citerons le passage suivant du Mercury de Québec, à ce sujet :

'• L'habillement de M. Eodier excita beaucoup l'attention, était unique dans son genre, sauf une paire de gants de Berlin. M. Eodier portait une redingote, couleur granit, en étoffe du pays, culottes et gilet de la même étoffe rayée bleu et blanc, un chapeau de paille et des souliers de boeuf avec des bas de fabrication domestique qui complétaient l'accoutrement. On a remarqué que M. Eodier ne portait pas de chemise, n'ayant pu, sans doute en fabriquer une, ou l'obtenir en contrebande. L'habillement du Dr O'Callaghan n'avait de semblable que celui de M. Eodier, sauf le chapeau, les chaussures, les gants, la chemise (il en avait une ! ) et les lunettes.

L'adresse du gouverneur était ferme, mais d'un ton conciliateur. Il expliqua aux représentants que l'objet du gouvernement impérial était de leur fournir une nouvelle occasion de reconsidérer leur attitude avant l'adoption d'une législa-

tion impériale qui priverait la législature provinciale du contrôle de ses revenus, " chose que le gouvernement de Sa Majesté désirait éviter par tous les moyens, sauf le sacrifice de Thonneur et de l'intégrité de la Couronne."

Après huit jours de délibérations, l'Assemblée adopta une adresse renfermant toutes les anciennes demandes et affirmant avec plus d*énergie encore sa détermination à ne pas modifier d'un iota ses prétentions.

Les représentants allaient même plus loin, dans cette adresse : " Il est donc de notre devoir de dire à la mère-patrie que si elle donne effet à l'esprit de ces résolutions dans le gouvernement de l'Amérique Britannique, et de cette province en particulier, sa suprématie, à partir de ce moment, ne reposera plus sur les sentiments d'aflection, de devoir et d'intérêts mutuels, sentiments qu'il serait plus sage de cultiver, mais sur la force physique et matérielle, élémt-nt dangereux pour le parti gouvernant, de même que pour les administrés qui perdent tonte certitude relativement à leur existence future et à leurs plus chers intérêts, état de choses que l'on ne saurait trouver même chez les gouvernements les plus despotes de l'Europe civilisée."

Son Excellence exprima son regret de voir l'entêtement de l'Assemblée, et la chambre fut dissoute, par proclamation.

Ce fut là la fin du parlement du Bas-Canada, après quarante-cinq ans d'existence.

Cet événement laissa peu d'espoir d'une solution pacifique des difficultés survenues entre les partis.

La première assemblée publique de quelque importance qui marque cette époque fut celle tenue à Saint-Ours, petit village situé sur les bords de la rivière Richelieu. Cette assemblée attira une foule considérable sur la place du marché et autour de l'église. Un frère du bien connu Corne S. Cherrier fut choisi comme président de la réunion. C'était un riche marchand de Saint-Denis, un homme généralement respecté dans tout le district.

De tous les orateurs qui adressèrent la parole ce jour là, aucun ne sut mieux captiver l'attention publique que le Dr Wolfred Nelson.

Nelson était grand, bien fait, d'une figure énergique et possédant une voix puissante. On peut l'appeler le chef del' insurrection sous Papineau. C'était un médecin de Saint-Denis, estimé dans tout le pays. Parlant parfaitement la lan-

gue française, il était tout à fait chez lui dans la vallée du Richelieu. En outre d'un passé honorable au milieu des habitants, il possédait une grande distillerie et jouissait du respect des cultivateurs qui lui vendaient leur grain à de bons prix.

Nelson fit ce jour-là le discours de circonstance qu'il termina par les résolutions suivantes qui furent adoptées avec le plus grand enthousiasme et sans une seule voix discordante :

lo. La mesure de lord John Russell privant l'Assemblée Canadienne de tout contrôle sur le revenu, était déclarée une violation des droits accordés par les articles de la capitulation et des traités subséquents,

2o. On proclamait que le peuple Canadien ne devait se fier qu'à lui-même et à son alliée naturelle la République Américaine.

3o. Il fut déclaré que le parlement anglais n'avait aucun droit de faire des lois pour l'administration interne du Bas-Canada, et que toute législation de ce genre était nu] le et tyranuique.

4o. On demanda au peuple canadien de s'abstenir de faire usage d'étoffes importées ; de se servir de \ étoffe du pays.

Avant de clore sa séance, l'assemblée choisit

à riiuanimité, comme son chef, Louis Joseph Papineau qui, de ce moment porta ce titre de chef qu'il méritait bien, ayant été, tant publiquement, devant le conseil de la nation, que privément partout ailleurs, l'instigateur, le génie de l'insurrection.

Il fut grand l'effet que produisit, à Montréal, la nouvelle de cette assemblée. Les Canadiens partout se réjouiront ; les loyalistes furent consternés ; mais Lord G-osford, gouverneur général, se rendit compte de la situation et émana une proclamation prohibant toute assemblée séditieuse et enjoignant à tous magistrats et tous officiers militaires de disperser partout telles assemblées.

Le 5 novembre les magistrats de Montréal ayant été informés que nombre de gens de divers endroits devaient se réunir le lendemain pour parader dans les rues de la ville émanèrent de suite une proclamation prohibant la chose.

Yers deux heures, le lundi, le fait était connu qu'un nombre considérable d'hommes s'appelant " Fils de la Liberté " s'étaient réunis dans un espace clôturé, près de la rue St Jacques. Peu d'instants après, 300 hommes environ marchaient de l'avant et attaquaient tout ce qu'ils rencontraient de loyalistes sur leur chemin. Ils eurent vite

pris possession de la rue, mais les loyalistes s'étant ralliés attaquèrent les Patriotes, qu'ils dispersèrent.

Désirant une revanche, les Dorics (comme s'appelaient les loyalistes) pénétrèrent dans la maison de M. Idler, où se réunissaient " les Fils de la Liberté " et s'emparèrent de trois canons et ainsi que du drapeau de la société. La maison de Papineau fut considérablement endommagée et le bureau du Vindicator complètement saccagé.

Les troupes furent promptement mises sous les armes et l'on fit lecture de l'acte concernant les émeutes, mais aucun autre acte de violence ne fut commis, et le calme se rétablit un instant.

Bien que l'excitation ne fut pas aussi grande à Québec qu'à Montréal et dans les paroisses le long de la rivière Richelieu la situation était grave, cependant, et le 11 novembre, le gouvernement faisait mettre en état d'arrestation plusieurs citoyens pour pratiques séditieuses. Trois ou quatre furent détenus en prison, puis libérés sous caution, après quelques jours.

Les magistrats de Montréal publièrent une proclamation prohibant toute assemblée pour des fins d'exercice militaire, et prohibant ' Toute assemblée publique ou toute procession de natu-

re à troubler la paix publique, et demandant à tous citoyens loyaux et de bonne volonté de s'abtenir de toute action susceptible, dans l'état actuel d'excitation," de mettre en danger la paix de la ville.

Peu de temps après les magistrats de Québec publièrent une proclamation semblable ; puis on nomma, pour le district de Montréal, une nouvelle commission de la paix qui révoqua soixante-etun magistrats soupçonnés de favoriser la cause des rebelles, ou de manquer de zèle envers le gouvernement.

Yers cette époque des corps d'hommes armés commencèrent à se rassembler dans le district de Montréal, surtout dans les voisinages de Saint- Jean et de Chambly.

Sir John Colborne qui avait passé l'été à William Henry — aujourd'hui Sorel — vint fixer ses quartiers généraux pour l'hiver, à Montréal, ou étaient concentrées toutes les troupes disponibles, comprises celles envoyées du Haut-Canada. Bien qu'une rébellion fut imminente dans sa propre province. Sir Francis Head avait cru pouvoir se fier entièrement à sa milice et donner à la province sœur l'aide de quelques corps réguliers.

Le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Ecosse

prirent aussi leur contingent, et, avec le consentement du gouverneur, il se forma, à Montréal des corps volontaires, dont les cadres furent promptement remplis, de cavalerie, d'arlillerie et de carabiniers.

Le gouverneur décida alors d'agir contre certains chefs des " Patriotes."

Or, le 16 novembre, des mandats d'arrestation, pour crime de haute trahison, furent émanés contre Messieurs AndrJ^ Ouimet, J. Dubuc, Franço^!s Tavernier, Greorge de Boucherville, le Dr Simard, J. Leblanc, L. J. Papineau, le Dr O'Callaghan, T. S Brovv^n, Ropolphe Desrivières et Ovide Perreault.

Les cinq derniers, informés de la chose, eurent le temps de disparaître pour se diriger vers le district de Richelieu, où les masses étaient prêtes pour l'i^urrection. Les autres furent arrêtés et jetés en prison.

Le soir du même jour, 16 novembre, eut lieu, à main armées, la première résistance à la loi. Le lieutenant Ermatinger, à la tête de 18 hommes de la cavalerie volontaire, fut dépêché à Saint-Jean pour arrêter deux individus nommés Davignon et Demarais, Ermatinger remplit sa mission. Il s'en revenait avec ses prisonniers lorsqu'à un mil-

le environ de Longueuil, il rencontra un corps de près de deux cent cinquante hommes, la plupart armés de fusils, qui, placés derrière une clôture, ouvrirent le feu, blessant le lieutenant et cinq de ses hommes et sauvant les deux prisonniers.

Ce parti de résistance avait à sa tête le Dr Kimber et Bonaventure Viger, de Chambly.

Ce premier succès grisa les insurgés qui se répandirent en grands nombres dans les villages de Debartzch (Saint-Charles) et Saint-Denis où commandaient T. S. Brown et le Dr Wolfred Nelson.

On avait choisi ces postes, vu l'avantage qu'ils offraient pour l'entretien des communications avec les Etats-Unis d'où Papineau attendait de grands secours. Cette espérance reposait surtout sur le malaise existant entre l'Angleterre et les Etats-Unis au sujet de la frontière du Maine, et aussi sur le fait qu'un grand nombre d'ouvriers étaient sans travail par suite de la panique de cette année.

Le «gouvernement avait alors décidé de rencontrer les rebelles en rase campagne et, en conséquence, le col. Grore reçut l'ordre de marcher sur eux.

Cette expédition de Sorel à Saint-Denis est

marquée d'un de ces événements tragiques inhérents à toute période mouvementée comme l'a été l'insurrection de 183 Y. Les détails de cette tragédie sont traités plus au long dans le rapport du procès de Jalbert dans le cas de la mort de "Weir. Après la mort de ce dernier, le col. Grore continua sa marche sur Saint-Denis où fut livrée la première bataille de la rébellion.

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