Matth,, XV
2—Le deuxième centenaire de l'érection du diocèse de Québec,
Il faisait vraiment plaisir de voir la gaîté, la joie, la bonne fraternité qui régnaient entre tous les membres de cette grande famille à ce banquet présidé par leur Père vénéré. Un étranger qui aurait été placé de manière à voir tous les détails, n'aurait pu s’empêcher d'admirer la réserve qui régnait partout dans cette réunion d’ecclésiastiques ; et se rappelant ce qui a été dit quelque part des Canadiens-Français, que “ c’est un peuple de gentils-
hommes,” il se serait écrié : “ Voilà un clergé digne de ce peuple !?
Vers la fin du repas, Mgr le coadjuteur se lève; et donne lecture de deux télégrammes. L'un vient de Baltimore : “ I cordially congratulate Your Eminenec on Your Golden Jubilee. Dominus te sospi'em conservet. (Signé) Cardinal Gibbons. ” Le second vient de Reme, et toute l'assistance se lève : Mgr Bégin traduit de l'italien : # Le saint-père ayant appris que demain Votre Eminence célèbre son jubilé sacerdotal s'associe à la joie du clergé et du peuple, et envoie à tous une bénédiction apostolique spéciale. Permettez-moi d'ajouter mes propres félicitations. (Signé) Cardinal Rampolla.” Ces deux télégrammes sont accueillis avec de nombreux applaudissements.
Puis Son Eminence se lève à son tour, et d’une voix
remplie d'émotion :
“ Messeigneurs, messieurs, dit-il, il y a des sentiments que le langage de l’homme est impuissant à traduire : c’est là une vérité malheureusement incontestable et dont je
sens en ce moment le poids douloureux. Le psalmiste
A , ‘ ; semb'e s'être trouvé un jour aux prises avec cette
préoc son mer 8 A m de m inspir corde [a J d'un l'Eglis vénérs d'un | et je à dans t &« L voilà-t L'Egli comme nous, 1 bon M in sœct
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préoccupation, et en réponse aux battements pressés de son cœur, ses lèvres ne trouvèrent qu’un mot pour exprimer sa gratitude : “Quoniam in sæculum misericordia ejus.” A mon tour, accablé de mille prévenances par la bonté de mon Dieu, je ne puis que m’écrier avec le chantre inspiré : Elle est grande, elle est admirable la miséri-
LE
corde du Seigneur.
‘“ Je tiens sous mon regard en ce moment, j'embrasse d'un coup d'œil, groupée dans cette enceinte, toute l'Eglise du Canada-Français représentée par ses chefs vénérables et l’élite de son clergé: mon âme est remplie d’un légitime orgueil en songeant aux périls du passé, et je ne puis que répéter : “ Grande, bien grande est dans tous les temps la miséricorde du Seigneur. ”?
“ Les triomphes du passé, la prospérité du présent, ne voilà-t-il pas de puissants motifs d'espérance pour l'avenir ? L'Eglise de Dieu, sans doute, est faite pour l'épreuve, comme le vaisseau pour la tempête ; et notre Eglise, à nous, ne saurait être à l’abri: mais ne craignons rien, le bon Maître veille ; ne le savons-nous pas? % Quoniam in sæeulum misericordia ejus. ?
“ Vousavez compris, messieurs, les sentiments, l’intime besoin de mon cœur en cette circonstance solennelle ; et vous êtes venus, de loin comme de près, unir vos vœux aux miens et remercier notre Dieu. Puisse-til entendre notre commune prière et bénir notre heureux pays !
“Je n’ignore pas qu'aux termes de la loi du jubilé, telle
du moins que pratiquée chez les Juifs, chacun est appelé
à rentrer dans ses biens, une fois le cinquantenaire
accompli : il est fort heureux pour moi que cette obligation n'existe plus, car, s’il me fallait rembourser dans l'espèce les trésors de douce amitié, : d'affectueux dévouement, de charité chrétienne et de zèle apostolique, recueillis au cours de mon épiscopat ; en déficit vis-à-vis de Dieu,...je ne le serais pas moins vis-à-vis de mes vénérables collègues et de mon admirable clergé !
‘ Agréez, messieurs, le témoignage de ma bien sincère reconnaissance : la démonstration de ce jour est une preuve nouvelle de l'union qui règne parmi nous et cimentera
davantage encore les liens de notre vieille amitié !”?
L'union qui règne parmi nous... Notre vieille amitié :
quelles paroles précieuses À recueillir ! L'histoire, tou-
jours avide de témoignages autorists, ne manquera pas de
se prévaloir de celui-ci, lorsqu'il s'agira de décrire l'état de l'Eglise de Québec sous l'administration du cardinal Taschereau.
Quelques instants après que Son Eminence à fini de parler, Mgr Bégin se lève de nouveau, et fait remarquer que Mgr O’Reilly qui est à ses côtés, et qui est venu de ai loin pour assister aux noces d’or de Son Eminence, doit lui-même faire son jubilé sacerdotal à New-York, dans quelques jours. IT fait son éloge comme orateur et comme écrivain, et rend hommage aux nobles qualités de ce vieil ami du Séminaire, de l'Université, du Canada en général. Les paroles de Mgr Bégin sont doublement heureuses : d’abord parce qu'elles sont dites avec une grâce exquise, puis parce qu'elles provoquent une char-
mante réponse de Mgr O’Reilly.
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Celui-ci parle avee une vive admiration de Son Eminence, qu'il a bien connue dans sa jeunesse, et dont il a été le compagnon d’études au Séminaire. Il parle avec enthousiasme du Canada, dont il vante les beautés naturelles, et des Canadiens-Français, dont iladmire la foi, les vertus chrét:ennes et l'esprit religieux. Il conjure les évêques et le clergé en général de déployer tous leurs efforts pour enrayer lémigration et retenir sur le sol
canadien tous nos compatriotes,
Le discours de Mgr O’Reilly est accueilli par des
applaudissements frénétiques.
Tout le temps du banquet, la fanfare de la Batterie B it entendre de joyeux airs de musique. Elle était placée dans le grand vestibule du Séminaire, au pied de cet
escalier monumental qui fait l'admiration des étrangers,
Le banquet commencé À midi se termina vers deux
heures,
La l'ête des Enfants
Mais quelles sont done ces longues files d'enfants de tout Âge et de toute condition, qui viennent de toutes les parties de la ville, même les plus reculées, de Notre- Dame-de-la-Garde, de Saint-Sauveur, de Saint-Roch, se fraient un chemin à travers la foule qui encombre les rues, et se dirigent vers la basilique ? Il s’avancent en ordre parfait, sous la conduite de quelques Religieuses, de quelques Frères des Ecoles Chrétiennes, Ce sont les enfants de la ville, ce sont les orphelins et les orphelines de nos asiles, ce sont les élèves de nos institutions religieuses enseignantes, qui ont été admis à présenter, à leur tour, leurs hommages à Son Eminence, à l’occasion de ses noces d’or : spectacle touchant, et vraiment évangélique : Offerebant illi parvulos ut tangeret illos..., Jesus ait :
Sinite parvulos ad me venire !.
Voici d’abord les enfants des Frères des Ecoles Chrétiennes, savoir : les élèves de l'académie commerciale et
ceux des écoles de Saint-Roch, de Saint-Jean, de Saint-
1—Marc, X, 15, 14.
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LA FÊTE DES ENFANTS 79 Patrice et de Saint-Sauveur, Ils sont au delà de mille : il y en aurait trois mille !, si l’on n’était encore dans le temps des vacances, A eux seuls ils occupent la moitié de la nef de la basilique. Les élèves de l’école de Saïint- Roch ont à leur tête le président et les conseillers de l'Œuvre du Sacré-Cœur, avec leurs insignes, Les élèves de Saint-Patrice sont précédés d’une riche bannière,
Viennent ensuite les enfants de l'œuvre du Patronage, sous la direction des Frères de Saint-Vincent-de-Paul. [ls sont au nombre de cent-vingt, et sont accompagnés de M. Raoul de Préville, premier assistant du supérieur général et Visiteur canonique, —il est de passage à Québec —de M. Edouard Lasfargue, directeur, et de M. Paul Degesne, chapelain de linstitution. En leur qualité d'enfants pauvres et abandonnés, ils ont une place privilégiée dans le chœur : on les y trouve un peu partout, jusque sur les marches du trône épiscopal.
Voici maintenant les orphelines des Sœurs de la Charité, au nombre de cent cinquante ; puis les é'èves de leur externat et de leurs maisons du Foulon, de la Basse-Ville et de Notre-Dame-de-la Garde, au nombre de deux cent quatre-vingt dix-huit : en tout quatre cent quarante-huit enfants, accompagnées de la supérieure générale, Sœur Sainte-Hélène, de lassistante, Marie-du-Sacré-Cœur, et de l’hospitalière, Sœur Saint-Vincent-de-Paul,
Quel beau défilé que celui des élèves des Sœurs de la
Congrégation de Notre-Dame ! Il y en a plus de cinq
I— Nombre des élèves pendant l'année : académie commerciale, 350 ; école Saint-Roch, 1130 ; école Saint-Jean, 550 ; école Saint-Patrice, 310 ; école Saint-Sauveur, 972.
cents : elles seraient près de deux mille, si les couvents de Saint-Roch et de Saint-Sauveur n'étaient encore en vacance !, L'une de ces élèves porte une gracieuse cor
beille de fleurs,
On voit arriver ensuite les élèves de l'académie du Bon-Pasteur, avec la maîtresse-générale des classes, Sœur
Saint-Thomuas, Elles sont au nombre de deux cent
cinquante ?, Six d'entre elles portent une magnifique couronne de fleurs naturelles au moyen de longs rubans
gracieusement entrelacés,
N'oublions pas le petit groupe d'orphielins et d’orphelines de l'asile Sainte-Brigitte, Ces enfants sont peu nombreux—quarante-six en tout ; mais ils ont l'air si heureux et si contents sous la direction de leur vénérable
supérieure, Sœur Youville de Saint-Joseph !
Toutes les orphelines et les clèves des Sœurs se placent dans la chapelle Sainte-Famille et dans la partie de la
nef qui n'est pas occupée par les élèves des Frères,
Un grand nombre de mères de familles arrivent avec leurs petits enfants, qu'elles conduisent par la main, ou qu'elles portent dans leurs bras : on leur procure des places dans les galeries. Ces enfants font bien entendre parfois quelques cris où quelques pleurs : mais ce sont des notes qui ne font qu'ajouter du charme au concert de
" Léa ; $ ARE la fête, Ær ore infantium et lactentium pertecisti laudem. I—Nombre des élèves durant l’année : couvent de Saint-Roch. 1130; couvent de Saint-Sauveur, S11.
2—Los classes de l'académie annexée à la maison-mère du Bon- Pasteur sont fréquentées durant l’année par 500 élèves externes.
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Une foule considérable voudrait pénétrer dans la basilique pour assister à la cérémonie : mais l'église est telle ment comble qu'il est impossible d'y trouver une seule place ni dans la nef ni dans les galeries,
Son Eminence, accompagnée de plusieurs prélats, arrive à quatre heures précises, et va s'asseoir sur un trône préparé au milieu du chœur pour la circonstance,
Plus de cent prêtres assistent à cette fête des enfants, soit au chœur, soit dans les sacristies adjacentes,
Voiei l’ordre de la cérémonie : présentation des adresses ; dialogue des orphelines des Sœurs de la Charité ; réponses de Son Eminence ; bénédiction du Saint Sacrement,
Fous les enfants qui doivent prendre une part active à la cérémonie sont dans le bas-chœur,
C'est un élève du Patronage qui présente la première udresse : elle est sous forme de poésie . le Patronage Y est personnifié, et raconte lui-même sa naissance à Québec, il y a “trente printemps”, son développement, et la protection qu'il a reçue de Son Eminence, dont il sollicite la bénédiction.
Un élève des Frères des Ecoles Chrétiennes s'avance ensuite pour lire une adresse en français: un autre en lit une en anglais, Viennent ensuite successivement l'adresse, aussi en anglais, des orphelins de l'asile Sainte-Brigitte, puis un compliment, sous forme de sonnet, par les élèves des Sœurs de la Congrégation, et enfin l'adresse des élèves du Bon Pasteur : toutes ces poésies et ces adresses sont remplies-des plus beaux sentiments d'affection et de
reconnaissance, Après chaque adresse, les enfants dépo-
sent aux pieds du Cardinal un bouquet où une corbeille
de fleurs !,
Alors commence une scène vraiment touchante et inou-
bliable, qui fait pleurer de joie grand nombre d’assistants.
Un groupe d’orphelines de l’Hospice de la Charité, —une
trentaine environ, les unes plus grandes, les autres plus
jeunes, quelques-unes de toutes petites enfants ?—vient
devant Son Eminence réciter un dialog'e entremêlé de
chants et de poésies. Ils'agit d'exprimer à Son Eminence
les sentiments de joie et de reconnaissance dont leurs
jeunes cœurs sont pénétrés. Comme les paroles de ce
dialogue sont belles et partent de l’âme! comme ces
chants sont suaves et pénétrants ! comme cette poésie est
ravissante dans sa simplicité ! Citons au hasard quelques-
uns de ces vers :—
‘ Pasteur, il vous souvient du jour trois fois heureux,
Où votre âme à Jésus s’enchaînait de doux nœuds !
Pour la première fois, votre main consacrée Elevait sur l'autel la Victime adorée !
Un bonheur ineffable alors vous inondait :
A flots, de votre cœur, l’extase débordait :
On eût pu voir vers vous se pencher le bon Maître, Et l’Ange s'incliner devant le nouveau Prêtre,
‘# Depuis ce jour heureux, cinquante ans ont passé ; Un i:nmense trésor 1à-haut s’est arnassé.
Muis attendez encore... A plus tard là couronne ; Dans le séjour des cieux pour vous elle rayonne, ”
Le petit dialogue des orphelines a été récité avec un naturel eharmant : pas un ton faux dans la voix, pas la
1— Voir appendice, Nos 23, 24, 25, 26, 27 et 28,
Voir leurs noms ct leur âge, ainsi que le dialogue, dans
endice, No 29.
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moindre affectation dans les mouvements ; et lorsqu’en finissant elles vinrent déposer leurs corbeilles de fours et leurs bouquets aux pieds de Son Eminence, toute l'assistance eût applaudi, si l’on ne se fût trouvé dans le lieu saint.
Le trône du Cardinal était tout couvert de fleurs naturelles ; et Son Eminence pouvait s'appliquer à la lettre les paroles du texte inspiré : Ælores anparuerunt in terra
nostra
Mais les fleurs qu’Elle estinie le plus, ce sont celles de la piéte et de la vertu : et coinme Elle les voyait s'épanouir avec éclat dans l’âme de tous ces jeunes enfants qui rem-
plissaient l'immense basilique !
Le pieux pontife avait accueilli avec bonheur l'idée de cette fête, et en avait favorisé la réalisation, Au milieu des enfants, il semble jouir : leur présence lui rappelle
sans doute les nombreuses années qu'il a consacrées à la
jeunesse du Séminaire et qui lui sont restées st chères,
À plusieurs reprises, durant le dialogue et la lecture des adresses, 11 parut touché jusqu'aux larmes. Ce ne fut pas non plus sans une vive émotion qu'il répondit aux
nfants :
‘Mes chers enfants, dit-il, merci pour vos belles adresses et pour les aobles sentiments qu'elles renferment, Parmi tous les souhaits qui me sont faits à l’occasion de mon jubiié sacerdotal, les vôtres me sont particulièrement
agréables,
‘ En ce moment si délicieux pour moi, où je viens de fer vous entendre me répéter tour à tour les sentiments de cél
respect, de gratitude et d'amour qui animent vos cœurs,
j'ose dire que je me trouve encore plus heureux, plus ravi | gn
que le père de famille entouré de nombreux enfants qui me
tous savent payer de retour son dévouement et sa ten- ; dresse,
des
“J'en conviens, mes chers enfants, pendant toute la durée ] de:
de mon long épiscopat, je me suis toujours efforcé d'en-
plu:
courager de toutes manières et de faire fleurir dans mon jam diocèse les diverses congrégations au sein desquelles vous ÿ reel vivez. Et commentne laurais-je pas fait, lorsque je com- Go prenais tout le prix et toute l'importance de ces picuses futu sociités, qui sont la gloire la plus pure et l’ornement de dan l'Eglise ?
# Parmi les précieux auxiliaires que m'a réservés la com divine Providence, durant ma longue administration, je t Ê è cette
suis heureux de compter vos dévoués professeurs, les hox
chers Frères des Ecoles Chrétiennes, Quel motif de joie
phal
sensible et «e douce espérance pour la reliwion, de
plus
voir des milliers d'enfants de mon diocèse confiés à des
maîtres remplis de savoir, d'habileté pour instruire, de
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dévouement et de zèle pour procurer à leurs élèves le
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précieux bienfait d’une éducation polie et solidement \ Re x inçcul chrétienne ! :
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‘* Aussi, est-ce avec bonheur que nous avons vu ce
seimb vénérable institut exercer, dans notre Eglise, son action
n'ont bienfaisante : institut si précieux à la religion, :t qui est
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l’auxiliaire toujours utile des évêques, des prôtres ct des è rable
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fervents catholiques. Je dirai plus, avee un homme célèbre de nos jours : l'institut des Frères est une des plus grandes forces sociales de rotre époque. Son enseignement est le remède efficace contre les dangers qui
menacent à la fois la religion et la société.
‘ Aussi, bien chers jeunes gens, quelle reconnaissance ne devez. vous pas à ces Frères généreux, qui s'imposent tant de sacrifices pour perfectionner et embellir ce qu'il y a de plus noble en vous, le cœur et l'intelligence ! N'oubliez
jamais les leçons de science et de vertu que vous en avez reçues aux jours de votre enfance et de votre jeunesse, Soyez convaincus que le secret du succès dans votre future carrière se trouve dans l'amour de la discipline,
dans l’affectueuse obéissance à vos maîtres dévoués,
‘Je suis heureux de trouver l'occasion de dire également combien j'apprécie ie bien immense qui est fait dans cetre ville par le Patronage, et dans tout le diocèse par nos communautés religieuses, composées de ces nobles phalanges de vierges chrétiennes, qui forment une des plus belles portions du troupeau de Jésus-Christ.
“Oui, que m'ont pas fait les filles admirables de cette femme aussi étonnante par le savoir que par la vertu, je veux dire la vénérable Marie de Flncarnation, pour inculquer, maintenir et perpétuer dans les familles ces éternels principes de religion et d'honneur chrétien qui semblent être le noble héritage du peuple canadien ! Que n'ont pas fait en même temps et avecun égal dévouement les glorieuses héritières du zèle et des vertus de la véné-
rable Marguerite Bourgeois ! Depuis plusieurs années déjà,
la province de Québec et le Canada tout entier ne suffisent plus à leur zèle ; de même que les courageuses vierges de Jésus-Marie, elles ont hardiment franchi la frontière, et aujourd’hui, dans la grande république voisine, on compte un grand nombre de maisons florissantes dirigées les unes par les Sœurs de la Congrégation, les autres par les Religieuses de Jésus-Marie, où des milliers d’enfants canadiens vont puiser une instruction solide et une éducation aussi chrétienne que distinguée, qui les incline dès leur jeune Âge à l'amour du travail, de l’ordre et de la vertu.
“ À ces communautés dont l’histoire se confond avec l'histoire même du peuple canadien, sont venues, dans ces derniers temps et pour répondre à de nouveaux besoins, se joindre plusieurs sociétés sœurs, entre autres, la congrégation des Dames de la Charité, celles des Servantes de Marie Immaculée et de la Providence. Embrasées de ce feu divin dont brûlaient les Vincent de Paul et les Philippe de Néri, les unes et les autres sont apparues au milieu de nous comme des anges du ciel envoyés par la Providence pour secourir la jeunesse, et surtout pour prendre sous leurs soins les membres souffrants de Jésus-
Christ. Aucune infirmité, aucune misère humaine, de
quelque nature qu'elle soit, n'échappe à leur tendresse et
x la bonté de leur cœur.
& Permettez que je leur en rende ïiei lPéclacant témoignage : elles ont été pour moi, sur les divers théâtres où s'exerce leur zèle, de puissantes auxiliaires
et des coopératrices dont l’ardeur et le dévouement
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ne se sont jamais démentis. Elles sont mon orgueil, ma joie et ma couronne, Je les ai vues à l’œuvre, aux prises avec des difficultés detoutes sortes ; j'ai admiré leur courage, leur foi en la Providence, le travail industrieux de leur piété ; et aujourd’hui c’est avec bonheur que je constate les fruits merveilleux par lesquels le Seigneur
a béni toutes leurs entreprises.
“ Merci de ce qu’elles ont fait pour Dieu et pour son Eglise. Qu'’elles continuent de prêter à leur premier pasteur le secours de leurs prières, de leurs études et de leurs labeurs ; et un jour, quand sonnera l'heure de la rétribution, Celui qui ne laisse aucune bonne œuvre sans récompense, déposera en leurs mains la palme du triomphe.
“ Et vous, bien chers enfants que la divine Providence a placés sous la tutelle de cœurs si aimants, si zélés et si éclairés, jouissez bien de votre bonheur. Soyez par votre piété, votre soumission et votre amour, la joie de vos maîtres et de vos maîtresses. Rendez-leur douce et facile cette tâche toujours laborieuse de la formation des jeunes mes,
“Vous voulez bien adresser au Ciel des prières assidues pour ma conservation et mon bonheur, Je vous en remercie, et je vous bénis du fond de l'âme ainsi que toutes les bonnes Sœurs présentes et absentes, Je prie Notre-Seigneur, qui a montré tant de bonté et de charité pour l'enfance, de répandre sur vous ses grâces les plus abondantes, d’affermir vos jeunes cœurs dans l'amour du
travail, de la docilité, de la vertu, et: de vous diriger
fote) LA FÊTE DES ENFANTS
toujours dans les voies où là religion et la patrie vous appellent.”
Les enfants de langue anglaise ont été admis, comme nous l’avons vu, à présenter leur adresse dans leur propre langue, Dans sa réponse, aussi en anglais, Son Eminence profite de ce fait pour mettre en contraste l’heureuse condition de notre province avec celle de quelques autres parties du pays. Il rappelle avee émotion ce qu'il a fait autrefois pour les [rlandais à la Grosse-fsle. Il chérit tous ses enfants dans la même mesure ; et s'il avait une inelination particulière à témoigner, ce serait ‘ in favor of those “ho are fewer in number and need more protection.” Mais citons cette réponse en entier :
“ My dear children, your loving congratulations and sympathetie words find à ready echo in my heart and awaken memories most sacred of days and things long gone by. Nothing, indeed, could have afforded me more pleasure than your presence here to-day amid the throng of your french-speaking companions ; they have expressed their feelings in their mother tongue, and in your turn you have been free to do so in your own native english. No person has felt aggrieved at it, the utmost
harmony prevails. Would this not tend to prove the
happy condition of our province compared with certain
other parts of the Dominion ? The reason of this, it is not my province to determine, but facts and figures have a sturdy significance of their own and their evidence cannot be set aside,
“ T'have ever been a friend of those who are most dear
to deep voie child lang
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to vou, and an admirer of their unswerving faith and deep religious convictions, The very sound of an english voice recalls to my memory the happy days of my childhood, when, before making a study of my own language, I became acquainted with the tongue of your
adoption.
“ How can I listen without emotion to your kind words, when £ come to think that, before my eyes, stand the sons of the victims—ves, of the plague-stricken vietims of injustice, —whom with my own hands T'tended some fifty years ago ? They died in sorrow, but their children have survived and prospered and fairly promise to become the bulwark of God and his Church on this
continent.
“ Seripture tells us that Jacob had twelve sons, but it adds that he loved them not all aliko, and vou know the consequence, Joseph the preferred one became an object of jealousy for his brethren and suffered from their spite. [ resemble Jacob in this particular, that LT have many children, but where vou to ask me whom [ cherish most, i would certainly be at a loss to answer, and would have to acknowledge in the end, that I love them all in the same measure, with a leaning, however, in favor of those
who are fewer in number and need more protection.
May God bless you, my very dear children, as TL do from my heart. May He shield vou from danger and make of vou all, an element of prosperity for our country, which
needs it much.”
Quand Son Eminence à fini de parler, le Saint Sacrement qui avait été transporté dans une chapelle latérale avant la cérémonie est rapporté au maître-autel, et le Pontife revêt les ornements sacrés pour donner la
bénédiction.
Le salut est simple et court : deux morceaux de musique, seulement, chantés à l'orgue par les élèves des Frères des Ecoles Chrétiennes : entre les deux morceaux, un acte de consécration au Sacré-Cœur, récité par un jeune enfant en présence du saint Sacrement exposé !, Puis le Tantum ergo ayant été chanté, Son Eminence donne la bénédiction du Saint Sacrement, et la cérémonie
est terminée.
1— Voir appendice, No 30.
Les célébré soirée
promo:
La & Lorsqu ayant à tiques,
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La p de la B etàalasS les moi exécuté trop lo:
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Caux, YO un osé 1, nence
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Soirée à l'Université
Les fêtes jubilaires de Son Eminence, si heureusement célébrées jusqu'ici, furent couronnées dignement par une soirée musicale et littéraire donnée dans la salle des
promotions de l'Université Laval.
La salle était remplie de l'élite du clergé et des citoyens. Lorsque vers huit heures Son Eminence fit son entrée, ayant à sa suite un grand nombre de dignitaires ecclésiastiques, tout le monde se leva en signe de respect et se
mit à applaudir.
La partie musicale de la soirée était confiée à la fanfare de la Batterie B, sous la direction de M. Joseph Vézina, et à la Société Orphéonique du Séminaire de Québec. Tous les morceaux du programme ! ont été admirablement
exécutés, Le concert n’a eu qu'un défaut, celui d’être
trop long —il a duré trois heures — mais pourquoi Îles
assistants, sous le charme de l'exécution de certains
morceaux, les ont-ils redemandés à plusieurs reprises ?
1— Voir appendice, No 35.
Personne n’oubliera de sitôt les chants délicieux de la
Société ( rphéonique, Cette société prit autrefois naissance
au Séminaire, alors que Son Eminence en était encore lun
des directeurs : M. l'abbé Laflarmine le lui a rappelé dans
un charmant petit discours :
‘“ Les quelques morceaux que vous allez entendre,
Eminence, dit-il, ne vous seront pas inconnus, Vous les
avez entendus plus d’une fois déjà dans ces séances que
vous présidiez avec tant de bienveillance et de dignité,
Mais nous avons cru qu'il ne vous serait pas désagréable,
en cette mémorable circonstance, de les entendre de
nouveau : ils vous rappelleront une époque qui est déjà
bien loin, mais qui vous est restée chère, Vos enfants
d'autrefois ont eux-mêmes un peu vieilli : plusieurs d’entre
eux sont dispersés çà et là ; mais ils se sont réunis pour
le jubilé de leur Père, et ils viennent ce soir vous apporter
le gage de leur constant amour et de leur éternelle
reconnaissance, 4
Le principal article du programme de la soirée était
l'adresse du clergé de Québec à son premier pasteur. Cette
adresse retrace les principaux traits de In carrière de Son
Eminence, et lui exprime les plus affectueux sentiments de
respectet d’admiration !, À Mgr Marois, vicaire général du
diocèse, revenait l honneur d'en faire la lecture. En termi-
nant, le prélat remit à Son Eminence le cadeau provenant
des souscriptions du clergé à l'occasion de ses noces d’or,
Les prêtres qui avaient fait la première retraite avaient
présenté, eux aussi, une adresse à Son Eminence. On la
1— Voir cette adresse dans l’anpendice, No 19.
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