‹ Jubilé sacerdotal de S.E. le cardinal E.A. TaschereauChapitre 84 sur 121 · PAQUET · texte numérisé non relu

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dis-je célébrer dans une commune allégresse et avec tout l'éclat que réclame une date si mémorable, son jubilé sacerdotal.

En ce jour d'actions de grâces et de pieuses réjouissances, nous ne pouvons mieux faire que d'emprunter les paroles, toutes débordantes d'émotion, du Roï-Prophète lui-même, exaltant la gloire de Jéhovah : * Réjouissezvous en louant Dieu notre protecteur. Chantez sur la harpe et les plus joyeux instruments les louanges du Dieu de Jacob. ”

Pour mieux disposer nos eœurs à remplir envers Dieu ce grand devoir de foi, de piété et de reconnaissance, je me propose, M. F., de vous montrer brièvement quelle à été la conduite de la divine Providence dans le gouvernement de l'Eglise du Canada.

En étudiant l'univers, on y remarque d'abord les traces manifestes d'une providence générale, disposant et régissant toutes choses T'ua autem, Pater, Providentia qubernat.—VPère, vous gouvernez tout par votre provi-

dence. (Sag., XIV, 3.)

Maïs en dehors de ces soins communs répandus sur toute créature, il existe aussi une providence spéciale réservée À l'Eglise de Dieu. C'est l'assistance du Naint- Esprit, promise par Notre-Scigneur, descendue au cénaele sur le chef-des apôtres et sur tous les apôtres eux-mêmes, transmise de sièele en siècle à tous leurs successeurs et qui deit durer jusqu'à la fin des temps. D'une manière plus directe et plus explicite, cette assistance sans doute s'étend à ee qui regarde le dogme et la morale, maïs, d’après la doctrine commune des théologiens, elle porte en même temps sur les actes plus graves et en quelque sorte essentiels du gouvernement ecclésiastique. Parmi ces aëtes, on peut compter, à des degrés divers, la création

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de nouvelles églises et, par suite, le choix des évêques préposés à leur garde et à leur développement.

Si l’on consulte les annales de l'Eglise canadienne, on constatera avec joie que ces principes ont présidé à sa formation première, à sa conservation et à ses progrès.

Trois époques clairement distinctes se détachent sur le fond de notre histoire religieuse : d’abord, la fondation de l'Eglise du Canada : puis après un siècle, nonobstant les orages qui vinrent l’assaillir,son étonnante préservation, puis enfin, depuis vingt ans, ses progrès plus rapides et son brillant épanouissement, Trois noms aussi, rayonnant comme des phares sur toute notre histoire, marquent et illuminent d’un éclat particulier chacune de ces trois époques : le vénérable François de Montmorency-Laval, illustre Joseph-Oetave Plessis et léminentissime Cardinal vers lequel se portent en ce jour tous les regards et tous les cœurs. Arrêtons-nous un instant devant chacune de

ces gloires.

La fondation, M. F., d'une Eglise particulière, sur le plan de l'Eglise universelle, est un fait d’une importance souveraine, De même qu'un édifice tire de sa base la solidité, l'ampleur et les formes générales qui le caractérisent, de même chaque Eglise, nouvellement établie, puise dans les premières pierres sur lesquelles elle repose le secret de sa force, de sa prospérité et de sa grandeur. Pour jeter dans le sol ces bases fermes et sûres, pour élever sur ces fondements un édifice durable, il faut un homme dont l'intelligence aussi vaste que féconde, puisse embrasser tous les temps, qui connaisse le présent et pressente l'avenir, dont le zèle pur et ardent, constant et nfatigable, ne recule devant nul obstacle dans œuvre de

la conversion et de lu sanctification des Âmes ; il faut, disje, un esprit véritablement supérieur, uni à un cœur d’apôtre. Tel fut François de Laval, premier évêque de Québec et fondateur de l’Eglise du Canada,

La sagesse et l'intelligence de Mgr de Laval se révèlent tout d'abord dans le soin qu’il prit de soustraire son Eglise naissante aux funestes influences de l'erreur gallicane, et de greffer cet humble rameau sur le tronc immortel de l'Eglise romaine elle-même. Ne pouvait-il pas, ce prélat agréé par le Roi, dans un siècle où tout proclamait la gloire incontestée du plus puissant des monarques, suivre le courant des idées dominantes et faire de son Eglise une vassale de l'Eglise de France ? S'il le pouvait, M. Fil ne le voulut pas. I comprit que Rome seule ayant reçu les promesses de l’infaillibilité, vers Rome doivent se tourner tous les peuples et toutes les églises ; que de Rome doit nous venir l'expression de la vraie doctrine, et que transmettre aux nations les enseignements de Rome, c’est leur transmettre lu foi, la vérité et la vie.

Ce même esprit de sagesse, d’admirable prévoyance, se révèle également dans les luttes vives et fâcheuses que l'illustre fondateur de l Eglise canadienne eut à soutenir contre les gouverneurs, On débattait une question vitale : il s'agissait de maintenir, dans toute leur intégrité, les droits sacrés de l'Eglise, d’aflirmer, de faire reconnaître la supériorité du pouvoir religieux sur la puissance civile ; il fallait mettre ce principe aux bases mêmes de la société et en imprégner l'esprit et le cœur de notre peuple. Maintenant que cette idée, si hautement défendue par le premier évêque de Québec, à traversé les siècles, et régit sans conteste la nature des rapports entre l'Eglise et l'Etat, avec quel sentiment de religieuse reconnaissance ne doit-on pas bénir la mémoire de celui qui, au prix de tant

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Vous parlerai-je, M. F., des autres qualités que la divine Providence avait départies à Mgr de Laval et qu’il sut mettre en si haut relief dans l'œuvre de fondation qu'on lui avait confiée ?

Qui de vous, en étudiant cette vie si pleine d'intérêt, n'a souvent admiré son talent d'organisation et ce génie pratique dont l’action efficace a tracé avec tant de sagesse les routes de l'avenir ? Qui surtout n’a admiré son énergie, son courage, sa fermeté, sa persévérance, ses vertus vraiment héroïques et cette brûlante charité qui en ont fait le missionnaire le plus dévoué de la Nouvelle-France ? Ce n’était pas tout de fonder le royaume de Jésus-Christ ; il fallait lui gagner des âmes. A l'exemple des premiers évêques, qui tous portaient au front l’auréole de l'apostolat, Mgr de Laval fut apôtre. Il en embrassa les croix ; il en connut les fatigues, les privations, les ennuis ; mais aussi il en recueillit les gloires. En mourant, ileut le bonheur de voir eette Eglise qu'il avait tant aimée, à laquelle il avait voué ses talents, sa fortune, sa santé, sa vie même, et qu'il s'était efforcé d’asseoir sur le double fondement d’une foi incorruptible et de la plus pure morale, il eut, dis-je, le bonheur de voir cette jeune Eglise prospérer, se développer et passer, pleine d’espérance, sous la houlette d'un autre pasteur.

Un tel héritage ne pouvait périr. Légué par de telles mains, par un évêque dont le nom, après avoir reçu la consécration des siècles, recevra bientôt sans doute la consécration définitive de l Eglise, il devait subsister, Et en effet, tant que dura la domination française, l'Eglise du Canada fit de constants progrès, s'étendant d'année en année, s'enrichissant des fruits merveilleux du zèle et de

l'énergie des pasteurs dévoués qui vinrent s'asseoir tour à tour surle trône épiscopal de Québec.

Cependant les œuvres de Dieu ont besoin de l'épreuve, Q , . “1! . .

soit pour se dépouiller d'éléments trop humains, soit pour qu'éclate en elles, d’une manière plus frappante, aux yeux des générations, la protection divine,

Le peuple et l'Eglise du Canada traversèrent une crise terrible, qui forme la période la plus triste et la plus agitée de notre vie nationale. Le jour où notre patrie vit le drapeau français s'éloigner d> ses murs, quels sombres et douloureux moments ! Non peuple décimé, ses chefs tombés dans la lutte où repartis pour lu France, sa langue, sa religion, ses institutions menacées par un vainqueur hostile, désireux de consolider par tous les moyens possibles l'autorité de son gouvernement, tout semblait conspirer contre nos intérêts religieux et nationaux et mettre en péril notre existence elle-même, L'heure était critique, l'épreuve redoutable ; mais le Ciel veillait sur nous, et, semblable au chêne de la forêt qui grandit et se fortific sous le choc de la tempête, l'Eglise canadienne, faisant face à l'orage, en est sortie plus forte, plus vigoureuse et plus prospère, Ce triomphe, elle le doit, après Dieu, à son clergé, à ses pieux et zélés pasteurs, elle le doit surtout à un homme dont la physionomie personnifie dans Vhistoire le courage indomptable et Pinvincible fermeté unis à l'habileté, À la modération et à la sagesse. Mgr de Laval avait fondé l'Eglise canadienne ; Mgr Plessis la sauvée.

Disciple de Mgr Briand et formé de bonne heure à l'école de ce digne évêque qui eut le premier l'honneur de travailler à la restauration religieuse de notre pays, le

jeune Plessis put apprendre combien une sage prudence,

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évitant avec un égal soin l'emportement aveugle et les timides faiblesses, est puissante sur le cœur des hommes. Muni de cette vertu, l'intrépide prélat canadien prit d’une main énergique la défense de nos droits et consacra toute son influence, soit d’abord comme coadjuteur, soit ensuite comme évêque titulaire de Québec, à cette œuvre capitale : la conquête de la liberté religieuse, Pour bien comprendre, M. F,, les difficultés d'une telle entreprise, il convient de se rappeler qu'à cette époque où l'Angleterre entretenait encore vis-à-vis des catholiques les plus étranges préjugés, un double obstacle se dressait devant nous : la différence de race et la diversité de religion. Sans doute, les traités de 1760 et 1763 établissaient clairement nos droits: mais le droit peut-il quelque chose, quand Ja force le domine ? Comment: fléchir la puissance d'un ennemi si plein de lui-même, si défiant, si prévenu contre tout ee qui était français et contre ee qu'on appelait avec mépris le papisme ? Un autre, moins habile, moins constant ct moins perspicace, eût échoué dans cette Iutte ; mais l'illustre Plessis triompha. Il triompha d'abord par son prestige personnel, son tact, ses bons procédés ; il triompha de plus par la force et l’ascendant irrésistible de la vérité, par l'art avec lequel il sut montrer à ses adversaires comment la foi catholique, en prêchant la fidélité, une soumission franche et loyale aux pouvoirs établis, formait le meilleur appui de l'Angleterre en cette colonie. C'était prendre à l'ennemi ses armes, En l'année 1815, l'évêque atholique de Québec fut officiellement reconnu et on l’appela peu de temps après à honneur de siéger dans les conseils de la nation !, Plus tard son territoire, qui s’étendait alors de l'Atlantique au Pacifique, trop vaste pour être l’objet d’une même administration, put être

1—Mgr Plessis fut nommé Conseiller Législatif Cn 1817.

partagé en nouveaux diocèses ; l'éducation, dont les protestants avaient voulu s'emparer, prit un essor nouvean ; bref l'Eglise était libre et commençait à se mouvoir sur le terrain conquis par la sage politique de son premier pasteur,

Je ne nr'arrêterai pas, MF, à rappeler ici ce que firent tour à tour les successeurs de Mgr Plessis pour achever de dissiper les nombreux préjugés élevés contre nous et pour donner au catholicisme une place convenable sous le soleil de notre patrie, me faut être court, et, du reste, ces détails vous sont assez connus, Cinquante années d'efforts et de luttes progressives nous conduisent à la troisième et à la plus brillante période de notre histoire religicuse,

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