‹ Jubilé sacerdotale de S.E. le cardinal E.A. TaschereauChapitre 54 sur 141 · JUILLET · texte numérisé non relu

JUILLET

No 1 DISCOURS DE MGR MARQUIS

Eninence,

Au nom de Notre Très Saint-Père le Pape Léon XII, heureusement régnant, et par l'entremise de Votre Eminence, je viens présenter au peuple canadien une grande et précieuse relique de l’un des bras de la bonne sainte Anne, mère de la très sainte vierge Marie, et Patronne du Canada.

Afin de n'être ni trop court ni trop long, j'ai pris la liberté de mettre par écrit les quelques paroles que je désire vous adresser en ce moment ; et avee votre bienveillante permission, j'en ferai faire la lecture par M. le secrétaire de Votre Eminence.

Eminence, Messeigneurs,

Le 14 octobre dernier, soixante-dixième anniversaire de ma naissance et de mon baptême, je laissais Québec, en route pour la Ville Eternelle ! Votre Eminence m'avait confié une supplique adressée au Souverain Pontife, à l'effet d'obtenir de Sa Sainteté une relique insigne de la bonne sainte Anne pour le sanctuaire de Sainte-Anne de Beaupré,

En arrivant à Kome, mon premier soin a été de m'adresser à plusieurs de mes anciens amis occupant au Vatican et ailleurs des positions importantes, et capables À tous égards de me montrer la voie à suivre pour arriver à un résultat satisfaisant, Je leur fis connaître le but de mon voyage, et tous à Punanimité me répondirent que mon projet était parfaitement irréalisable ; qu'il est de règle À Rome que lon ne doit pas diviser les reliques insignes des Basiliques patriarcales. Effrayé, mais non découragé, je pris la voie la plus sûre ; je n'adressai directement à la bonne sainte Anne et à sa très sainte Fille la bienheureuse Vierge Marie ; ct pendant neuf jours consécutifs je me rendis auprès de la madone de l'église de Saint-Augustin, pour exposer mes inquiétudes et solliciter l'appui indispensable et de la Mère et de la

Fille.

Mes prières ne furent pas vaines. Je réunis tout ec que je possédais de bonne volonté et de courage, je me mis résolument à l’œuvre. Je demandai et obtins une audience de Sa Sainteté le premier dimanche de l'Avent, et je présentai au saint-père la supplique de Votre Eminence ; j'offrais en même temps à Sa Sainteté une grande image en couleur et en or, richement encadrée, représentant la statue de Sainte-Anne de Beaupré couronnée par Votre Eminence au nom du Pape, de plus les insignes en or et

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en argent que portent les pèlerins, une statuette de sainte Anne en argent, et enfin un magnifique album richement relié et orné des armes de Notre Saint-Père, et contenant plusieurs photographies du sanctuaire de Beaupré. Mon but, en présentant ces divers objets, était de donner au saint-père une idée exacte de importance de notre pelerinage canadien ; et mon but fut atteint ! Sa Sainteté fut enchantée ; son attention se porta surtout sur le paysage environnant le sanctuaire, et sur les deux pyramides qui se trouvent à l'entrée de la basilique et qui sont chargées d'ex-voto, Je donnai en peu de mots l'histoire

du sanctuaire, un aperçu des pèlerinages qui s'y font

actuellement, des prodiges temporels et spirituels qui s'y opèrent chaque année, Le saint-père était visiblement impressionné ; ilme semblait entendre sortir de sa bouche ces douces ét consolantes paroles : IT y a encore de la foi en Israël, Le moment de me retirer est arrivé. Le saint-père, en me posant ses deux mains sur la tête, me dit ces paroles qui resteront à jamais gravées dans mon cœur : “ Bien, mon fils, je vous bénis, je bénis vos parents, vos amis et vos œuvres ; continuez à faire le bien; je vais lire votre supplique et m'occuper de votre demande.”

L'audience était finie ; je me retirai le cœur inondé de joie et d'espérance.

A cctte époque, le saint-père avait à s'occuper du Consistoire du 17 décembre, dans lequelle siège de Québec a eu un si belle et si bonne part. Puis venaient les réceptions du nouvel an, les audiences aux évêques d'Italie mandés successivement par Ka Kainteté pour des affaires très urgentes, le remplacement du très regretté cardinal Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande, et mille autres affaires importantes qui firent retarder jusqu'au samedi de la Passion la réponse à la supplique de Votre Eminence. A cette époque mille fois heureuse

pour nous, Notre Très Kuint-Père fit écrire au révérendissime supérieur général des Bénédictins de Saint-Paul-

hors-les-murs une lettre très remarquable que voici

‘“ Rome, Vatican, 30 mars 1892

Révérend et ustrissime Père FRaNçors-Léoporp ZELLt

JaAcoBt ZAX, abbé de Saint-Paul-hors-les-murs. Rome. Mon Révérend Père,

Le porteur de la présente est un digne prélat d’'Amérique, Pillustrissime et révérendissime Mgr Marquis, protonotaire apostolique, Je suis expressément chargé par le saint-père de le présenter et de le recommander à Votre Paternité, qui trouvera du reste, dans le mémoire ci-joint, d'autres détails au sujet de cette démarche,

“Je dois en même temps vous dire que, vu la demande de Son Eminence le cardinal archevêque de Québee et les motifs exposés dans le mémoire, Sa Sainteté désirerait que Fon fit droit, dans la mesure du possible, aux instances de Pillustre requérant, A ect effet, le saint-père accorde volontiers À Votre Paternité toutes Jos facultés voulues.

«Je profite de cette occasion pour vous renouveler mes sentiments de profond respect et me recommander à vos charitables prières.

“J'ai le plaisir de me souscrire, De Votre Paternité,

Le très dévoué ct très humble serviteur,

“ (Signé) RINALDO ANGELL Chap. secret de Sa Sainteté.” En même temps on me fit écrire un mémoire sur le sanctuaire de Beaupré, et je fus chargé de porter ces deux documents à Saint-Paul ; ee que je fis avec le plus grand plaisir. La demande du saint-père et la nôtre ainsi que

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le mémoire susdit furent soumis au chapitre général des

révérends Pères Bénédictins, et comme bien l'on pense,

la réponse fut aflirmative, Voici le texte de la réponse :

“ A Son Erccellence Mer RINALDO ANGELL, chap, secret de Su Saintelé, Vatican.

* Monseigneur,

J'ai été cloué au lit par une attaque de goutte pendant quatre jours ; cependant, il y a deux jours—.c'est-à-dire lundi 4 avril j'ai été capable de recevoir Mgr Marquis, que j'ai gratifié d'un fragment considérable de la relique insigne du bras de sainte Anne, mère de la bienheureuse Vierge Marie.

‘ Comme nous venions de recevoir en héritage du cardinal Bartolini d'heureuse mémoire, quelques autres reliques, nous avons pu ajouter au premier don une assez grande parcelle du manteau de saint Joseph que Fon n'aurait pu trouver nulle part ailleurs à Rome,

“J'espère que Sa Kainteté sera satisfaite de la manière dont nous avons répondu à ses désirs, qui pour nous sont des ordres,

“ En retour, je supplie le saint-père de vouloir bien accorder ét à moi et toute la communauté la bénédiction apostolique,

“ Et croyez-moi avee reconnaissance et respect,

“ De Votre Excellence, “le très humble et très obéissant serviteur, (Signé) + Fraxçois-LÉoPpoLn ZELLI,

* abbé ordinaire de Saint-Paul.”

Le révérendissime Supérieur Général me pria de me

rendre au monastère au jour fixé pour assister au partage

de la sainte relique qui est à Saint-Paul. Cette très précieuse relique consiste en une partie d'un avant-bras, de huit pouces de longueur, contenant les deux os, la chair et la peau. Je pus obtenir un fragment de quatre pouces de longueur. Je fis aussitôt faire le reliquaire qui est sous vos yeux ; on s'empressa d'y placer cette relique et d'y apposer le sceau du révérendissime Supérieur Général ; puis on fit de suite préparer, signer et sceller lanthentique document que voici (Traduction)

“ Fraxçois-Léoporp ZeLri J'acopuzzt, de Ordre de saint Benoit, congrégation du Mont-Cassin, par la grâce de Dieu et du Siège apostolique ABBÉ nullius de Ta basilique patriareale de Saint-Paul de la voie Ostienne, Ordinaire et Recteur de Kaint-Paul de Rome, relevant directement du Kaint-Siègo,

‘A tous ceux qui les présentes verront faisons savoir et attestons que : nous rendant au désir (qui est un ordre) de Notre Très Saint-Père en Jésus-Christ et Seigneur, le Très Auguste Léon XITI, Pape, et usant de Ja faculté qu'il nous a donnée, nous avons ordonné à notre Prieur de détacher du bras de sainte Anne, mère de la Mère de Dieu, un fragment de grandeur considérable : ee fragment, enfermé dans un vase de métal recouvert de cristal, attaché avee un cordon de couleur rouge, et scellé à l'intérieur du sceau dont nous nous servons en parcil cas, nous le destinons, offrons et donnons à la basilique mineure de Sainte-Anne de Beaupré dans larchidiocèse de Québec. Notre intention est qu'il soit conservé avec un pieux respect et exposé à la vénération publique afin d'accroître la dévotion envers cette bonne mère de la Très Sainte Mère de Dicu.

‘ En foi de quoi nous avons fait expédier ces présentes

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lettres, après les avoir scellées de notre sceau, et les avoir signées de notre propre main.

# Donné au Patriareat, près de la Basilique Patriarcale d'Ostie, le 9 avrii, mil huit cent quatre-vingt-douze, du Pontificat de Notre Très Kaint-Père Léon XTIT lan

quinzième, indication Romaine cinquième.

+ (Signé) + FRaxçors-LéoPoLp, “ abbé ordinaire, (I, X S.) Par mandement du Très Révérend Père Abbé.

Soussiené) D, BoxNIFACE OSLAENDER, Prieur.” On ajouta à ce document un extrait du livre des révélations de sainte Brigitte au sujet des reliques de sainte Anne, mere de la bienheureuse Vierge Marie, Pendant que la sainte cherchait dans son esprit le moillcur moyen de les faire connaître et honorer, sainte Anne lui apparut et lui dit

‘Je suis Anne protectrice de toutes celles qui ont vécu dans l'état du mariage avant la loi évangélique, et je suis

eninmême temps la mere de celles qui vivent dans le

même état depuis la loi nouvelle, parce que Dieu à bien

‘oulu naître de celle que j'ai engendrée, En conséquence vous honorerez Dieu de cette manière : Louange et bénédietion à vous, à Jésus fils de Dieu et de la Vierge, qui vous êtes choisi pour mère la fille d'Anne et de Joachim. Par lintercession de sainte Anne jetez des yeux de miséricorde sur tous ceux qui vivent dans l'état du mariage afin qu'ils acquièrent des mérites pour le ciel. Dirigez aussi tous ceux qui se destinent à embrasser cet état afin qu'ils Y puissent honorer Dicu.

Les reliques que vous possédez seront une source de consolation pour tous ceux qui les vénèreront, jusqu'à ce

qu'il plaise à Dieu de les honorer d’une manière plus éclatante au grand jour de la Résurrection.”

Cette affaire terminée, je me suis mis en route pour le Canada, J'arrivai à New-York le dimanche premier mai.

Ce jour même on fit vénérer la précieuse relique dans l'église canadienne de Saint-Jean-Baptiste, et sous les veux de l'assistance un miracle s’opéra. ITs'en suivit une telle excitation que je fus obligé de passer trois semaines dans eette ville, au lieu de vingt-quatre heures comme je me l’étais proposé. Et durant ce temps, pas moins de 250,000 personnes sont venues vénérer la relique de notre sainte thaumaturge.

Le saint-père ayant été informé de ces faits, fit écrire, par léminentissine cardinal Secrétaire d'Etat, la lettre que voici :

‘ Rome, 2 juillet 1892, * IUustrissime et Révérendissime Seigneur,

“ Dans le journal qui m'a été adressé le 10 de mai par Votre Seigneurie [ustrissime j'ai lu avec un vif intérêt la relation du mouvement religieux qui s’est produit chez vous par la précieuse relique du bras de sainte Anne, J'en remercie et j'en bénis le Seigneur qui se sert d’un tel moyen pour raffermir la piété des croyants, et qui, par les prodiges qu'opère la sainte relique, attire vers le giron de la vraie Eglise ceux qui n'ont point le bonheur de lui appartenir,

“ Vous qui êtes témoin de ce mouvement religieux, vous devez éprouver une bien douce satisfaction, et je fais des vœux pour qu'elle aille toujours croissant, pendant que je me souscris avee des sentiments de profonde estime,

‘ De votre Seigneurie Ilustrissime,

“ Je très affectionné serviteur, “ (Signé) M. Carn. Ramrorra.”

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