‹ JudithChapitre 122 sur 547 · SCENE XL · texte numérisé non relu

SCENE XL

Les Mêmes, CHARLOTTE, LOUISE.

ROGER , allant à Louise et la ramenant sur le devant, tandis que Dubouloy reste au fond avec Charlotte. Ah ! voilà qui est véritablement méritoire, madame, tenir aussi consciencieusement une promesse de bal masqué.

LOUISE , du ton le plus sentimental. Une promesse est toujours une promesse, monsieur, et qu'elle soit faite sous le masque ou à visage découvert, elle n'en est pas moins sacrée.

roger. A la bonne heure ! voilà des principes que j'apprécie.

LOUISE. M ais que vous vous gardez bien de suivre, n'est-ce pas?

ROGER, tournant le dos au public. Et qui a pu vous tenir sur mon compte de si méchants propos?

LOUISE. Oh ! je vous connais mieux que vous ne le pensez, vicomte!

Roger et Louise s'éloignent. A mesure qu'ils s'éloignent, Dubouloy et Charlotte se rapprochent.

charlotte. Alors, s'il en est ainsi, pourquoi ne retournez-vous pas à Paris?

dubouloy. C'est parfaitement inutile , si je trouve à Madrid des Françaises qui veuillent bien m'aimer un peu.

charlotte. Tandis que vous pourriez en trouver en France qui vous détestent beaucoup.

dubouloy. Plaît-il?

charlotte. Ah ! vous faites de ces choses-là, monsieur Dubouloy... vous signez un contrat de mariage avec l'une, et vous enlevez l'autre ! on vous attend pour épouser à Charny , et vous vous mariez à la Bastille. Puis , ce n'est pas encore tout : après avoir abandonné la veille celle qui devait être votre femme, le lendemain celle qui l'était, vous venez dire à une troisième qui ne l'est pas, et qui ne peut pas l'être, que vous l'adorez !.. .. Le moyen qu'on réponde à votre amour, volage ! le moyen qu'on se fie à vos serments, trompeur !

dubouloy. Comment! vous connaissez tous ces détails, belle dame !

charlotte. C'était l'histoire à la mode quand nous avons quitté Paris, mon amie et moi. On ne parlait que de monsieur Dubouloy et du vicomte de Saint-Hérem. Vous faisiez véritablement à vous deux la monnaie de monsieur de Lauzun. (Se retournant pour gagner le fond). Aussi, nous, qui n'avions pas l'avantage de vous connaître, et qui désirions voir deux hommes si extraordinaires , sommes-nous venues de Paris à Madrid pour vous rencontrer.

dubouloy. Exprès?

chablotte. Tout exprès.

dubouloy. En vérité , c'est trop aimable de votre part.

Louise , reparaissant avec Roger. Oh !

monsieur, ne me dites pas cela; je sais que vous détestez les amours sérieuses, et, avec nous autres femmes sentimentales, songez-y bien, ce n'est pas un simple caprice qu'il faut, c'est un attachement profond et durable.

roger. Mais vous vous trompez complètement, madame ; j'adore au contraire les femmes sentimentales, moi.

Louise. Ah! vicomte, prenez garde, il me semble que s'il en eut été ainsi, mademoiselle de M érian vous convenait sous tous les rapports.

roger. Et qui vous dit que je ne l'aimais pas , madame ? qui vous dit que son image ne se présente pas souvent encore à mon esprit ? qui vous dit qu'il ne me faut pas un amour à venir pour éteindre une passion

LOUISE. Ainsi, monsieur, vous me considérez comme un moyen de guérison ?

ROGER. Non, madame; mais je dis que pour faire oublier une femme aimable, il ne faut pas moins qu'une femme charmante. Je ne vois rien là qui puisse vous blesser, ce me semble ; et c'est ce qui m'enhardit à solliciter la faveur de vous présenter mes hommages.

loutse. Eh bien, nous verrons... plus tard...

ROGER , se retournant. Mais pour que je puisse profiter de cette gracieuse permission, il faut que vous me disiez où vous habitez.

LOUISE. Rue d'Alcala, n° 15.

roger. Je demanderai?...

louise. 31adame de Folmont.

Ils continuent de parler bas, tandis que Dubouloy et Charlotte reparaissant.

dubouloy. Ainsi?...

chablotte. Rue d'Alcala, n° 15.

dubouloy. Madame ?. . .

charlotte. Madame de Saint-Réal.

dubouloy. Maintenant permettez que, plein du souvenir de votre esprit , j'emporte aussi celui de votre visage , et que je puisse contempler, ne fût-ce qu'en rêve, le charmant démon qui m'a lutine toute la nuit?

charlotte, à Dubouloy. Il faut donc faire tout ce que vous voulez?

MAGASIN THÉÂTRAL

LoriSE, ci Roger qui paraît la supplier. Vous l'exigez «.tour absolument? D1 BOULOY. Je vous en conjure.

roger. Je vous en supplie.

loi ise, se démasqua™. Tenez, êtes-vons content?

CHARLOTTE, *fi démasquant. Eh bien, soyez satisfait !

ROGER. Madame Dubouloy!

DUROULOY, ftladame de Saint-IIérem !

Ds - retournent vivement, Dubouloy rara Roger, Roger it ce temps, I l Louise

disparaissent, cliacuae par la porte Latérale près de laquelle elle se trouve.

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