‹ JudithChapitre 138 sur 547 · CHARLOTTE, LOUISE · texte numérisé non relu

CHARLOTTE, LOUISE

LOUISE, entrant. Ma chère, nous n'avons pas de bonheur.

charlotte. Comment?

Louise. 11 n'est pas chez lui.

CHARLOTTE. OÙ est-il ?

LOUISE. On n'en sait rien.

charlotte. Il n'a pas dit à quelle heure il rentrerait?

Louise. Il n'est pas reparu depuis ce matin.

charlotte. Mais monsieur Dubouloy ?

Louise. Absent aussi.

charlotte. Es-tu montée dans son appartement? as-tu laissé une lettre?

louise. Je m'en suis bien gardée.

charlotte. Pourquoi cela ?

louise. Il y avait chez lui un officier du roi.

charlotte. Un officier du roi! qu'v fait-il ?

louise. Il attend qu'il rentre.

charlotte. Que penser de cela?

LOUISE. Ma chère, j'ai bien peur que par ses emportements de tantôt monsieur de Saint-Hérem n'ait blessé sa majesté...

charlotte. Et que cet officier ne soit là pour. . .

louise. C'est probable.

charlotte. 0 mon Dieu! voilà ce que je craignais; voilà ce qui devait arriver... Que faire?

LOUISE. Que faire? c'est facile à dire.

charlotte. Ecoute ; c'est toi qui as tout conduit jusqu'ici, toujours en répondant de tout, en me promettant une heureuse issue, dont moi j'ai douté toujours. Louise , nous voici arrivées au point que j'avais prévu, au moment que je craignais... Ne m'abandonne pas, je deviendrais folle !

louise. Veux-tu que j'y retourne ? veux-tu que je l'attende ?

charlotte. Non. Le roi, d'un moment à l'autre , peut venir ici ; je ne veux pas être seule.

louise. Mais lui-même, ton mari, reviendra peut-être...

charlotte. Oui; mais s'il revient sans être prévenu, s'il trouve le roi ici!.. Violent comme il l'est, se croyant trahi, il n'y aura plus ni dignité, ni rang, ni respect qui le retienne, il fera un éclat, du scandale.

louise. Tu crois?

charlotte. Ah! le malheureux se perdra, j'en suis sûre.

louise. Eh bien ! envoyons quelqu'un, un domestique qui attendra Comtois, son valet de chambre.

charlotte. Il n'y était donc pas non plus, Comtois?

louise. Personne, je te dis; ni Comtois, ni monsieur Dubouloy, ni Roger.

charlotte. Mais on ne peut confier à un domestique...

louise. Ecris, donne une lettre, et recommande expressément de ne la remettre qu'au valet de chambre, ou à l'un ou l'autre de ces deux messieurs.

charlotte. Oui ; mais je ne veux pas écrire ici, de peur d'être surprise... Je rentre chez moi, je m'enferme. Dans dix minutes, viens prendre ma letire... Si le roi était ici par hasard, je n'aurais qu'à te la remettre ; tu saurais ce que cela veut dire.

LOUISE. Bien.

charlotte. Ah ! ma pauvre Louise, mon Dieu ! qui pouvait se douter de tout cela?

louise. Eh bien! cjue fais-tu? c'est ma niante que tu prends !

charlotte. Que veux-tu? j'ai la tête perdue, moi!

Charlotte sort.

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