CHARLOTTE , LE ROI
il roi. Ah! madame, vous allez au-devant
de mes vœux. Si vous saviez, combien j'ai désiré ce moment où je me trouve enfin seul avec vous... combien je l'ai attendu avec impatience !
charlotte. Pardon, sire, mais vous vous méprenez...
LE ROI. Eh bien! laissez-moi ma méprise si c'en est une, puisque cette méprise fait mon bonheur... si vous ne m aimez pas, laissez-moi croire que vous m'aimez... si je me trompe, éclairez-moi le plus tard possible... en attendant, mes jours d'erreur auront été des jours de joie... Oui, madame, oh! ne vous y trompez pas... ce n'est pas un sentiment passager, ce n'est pas un caprice d'un instant que vous avez éveillé dans mon cœur, non, c'est un amour profond, durable, éternel... je le sens là... Oh ! tenez, je vous aime pour la vie.
CHARLOTTE. Sire !
le roi. Oui, pour la vie... personne ne partagera mou amour, comme personne ne partagera votre puissance, et tandis que seul je supporterai le poidsdu sceptre et de la couronne... ce sera vous qui commanderez, ce sera vous qui serez la seule, la véritable reine !
charlotte. Oui, sire, oui, je conçois qu'il y ait des femmes pour lesquelles un pareil avenir soit une séduction...
le ROI. Eh bien ! dites un mot, madame, et cet avenir c'est le vôtre.
charlotte. Mais ce mot, sire, en supposant qu'il soit dans mon cœur, un obstacle puissant l'empêchera toujours de s'échapper
i.L' roi. Cet obstacle, quel est-il? Parlez, et s'il est au pouvoir d'un homme de le combattre, s'il est dans la puissance d'un roi de le vaincre,..
CHARLOTTE. Vous ne devinez pas, sire, que toute libre que je suis, la présence de certaine personne à Madrid serait pour moi un reproche...
le ROI. Je suis heureux, madame, d'avoir été en quelque sorte au-devant de Vos désirs... Un de mes officiers attend Saint-Hérem chez lui et doit me l'amener dès qu'il rentrera. Saint-Hérem partira...
IRLOTTE. Un exil!
le ROL Oh! non, rassurez-vous, madame... Lue mission... Saint-Hérem quittera Madrid, mais en faisant envie au plus ambitieux de mes courtisans.
[ARLOTTE. Et Votre majesté l'envoie....
le roi. A Séville, à Cadix, à Barcelone...
Peu importe, pourvu qu'il parte, n'est-ce pas?
CHARLOTTE. Oh! sire, hors d'E-pagne.
le roi. Hors d'Espagne !.. Oh ! que cette impatience me rend heureux, madame....
Mais croyez que je ia partage , croyez que je la ressens plus vivement que vous encore, puisque je ne puis espérer m'entendre dire que je suis aimé, que du moment où il
sera parti oh! il partira ce soir, ce soir,
pour la Hollande.
CHARLOTTE. Mais , sans doute, il faut une décision du conseil, lasiguatured'un ministre?
le roi, regardant autour de lui. Il faut,
madame il faut une plume, du papier,
voilà tout.
charlotte, lui montrant une table. Sire!
le roi, écrivant. Oh! Dieu, merci madame, il n'en est pas de nous comme de ces pauvres rois d'Angleterre , obligés de tout soumettre à leur parlement , et dont les ordres sont impuissants s'ils ne sont contresignés d'un secrétaire d'État. Oh! non! madame! non! devant ce papier toutes les portes s'ouvriront, et quiconque le lira, ne le lira que le chapeau à la main, car il est signé du roi.
charlotte. Maintenant, donnez-moi cet ordre, sire.
le roi. Pourquoi cet ordre à vous?
charlotte. Vous ne comprenez pas. Monsieur de Saint-Hérem peut se présenter de nouveau chez moi ; il peut, comme ce matin, essayer de forcer la porte. Cet ordre contient pour lui l'injonction de partir à l'instant même ?
le roi. A l'instant.
charlotte. Je le lui fais remettre par Louise, par monsieur Dubouloy, par quelqu'un ; et devant cet ordre , il faut qu'il se courbe, qu'il s'humiiie, il faut qu'il parte à l'instant même, sous peine de désobéir au roi; et alors, s'il désobéit, votre majesté aura un motif d'employer la force pour me protéger.
le roi. Oh ! madame, il est donc vrai que vous m'aimez... il est donc vrai...
CHARLOTTE. Sire, je vous le répète, tantque monsieur de Saint-Hérem sera en Espagne, je n'ai rien dit, je ne puis rien dire... il ne faudrait pas croire à ce que je dirais.. .
le ROI. Oui, Mais dès qu'il se sera éloigné, dès qu'il aura quitté Madrid?...
charlotte. Vous saurez, sire, quels étaient mes véritables sentiments, et j'espère que vous ne m'en estimerez pas moins pour les avoir si longtemps renfermés dans mon cœur. (Saluant.) Maintenant votre majesté permet...
le roi. Vous me quittez?
charlotte. Monsieur de Saint-Hérem est toujours en Espagne, sire.
Elle rentre. Au même moment Saint-Hérem reparait.
LES DEMOISELLES DE SAINT-CYR
le roi. Ah ! je suis le plus heureux des hommes !
roger, à part. A nous deux, maintenant. le roi, se retournant . Saint- Hérem !
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