ACTE I, SGENIî III
CAGLIOSTO, gaîment.
C'est vrai! par une année de reçois! Comment l'avez-vous deviné?
LA MARQUISE
Mon neveu le chevalier vous avait vu !
CAGLIOSTRO
Et s'est empressé de vous apprendre les bonnes nouvelles... Celle-ci est en effet assez originale... Il paraît que j'ai une ressemblance malheureuse avec un de mes compatriotes, un nommé Joseph Balzamo, pauvre diable criblé de dettes... Un de ses créanciers, actuellement en France, avait cru le reconnaîlre en moi, au moment où je sortais du pied-à-terre que j'ai ici, a Versailles... Accident d'autant plus fâcheux qu'il peut se renouveler... Vous me direz à cela que je pourrais changer de figure... il ne serait pas en effet difficile de trouver mieux, surtout ici, messieurs... mais je liens à celle-ci... j'y suis habitué... j'ai donc réclamé, me disant le comtedeCagliostro,ce qu'ont attesté le marquis de Sénanges et quelques autres seigneurs que j'ai aperçus dans la foule... déclarant du reste qu'on pouvait se présenter demain ou après, à mon hôtel, rue Saint-Claude, à Paris, où j'acquitterai les dettes de Joseph Balzamo! LE CHEVALIER.
Cela vous est si facile I
CAGLIOSTRO
Vous croyez, monsieur le chevalier !
LE CHEVALIER
Ne dit-on pas que vous avez trouvé le grand œuvre?
CAGLIOSTRO
Et quand ce serait... ce dont je ne conviens pas... vous tomberiez d'accord avec moi que c'est une découverte bien frivole en elle-même, et qu'on peut en faire de plus utiles pour l'humanité!
LE CHEVALIER, avec ironie.
Celle, par exemple.de vivre un ou deux siècles.
CAGLIOSTRO
Eh! mais, ce n'est peut -être pas impossible !.... grâce a une recelte à laquelle monsieur le chevalier ne croit pas.
LE CHEVALIER
Quelle egt cette recette?
CAGLIOSTRO, souriant.
La tempérance et la sagesse!
LA marquise, vivement.
Non ! non... il y a d'autres secrets encore.. . car quoique jeune en apparence, on prétend que vous avez vécu dans des temps fort éloignés !
CAGLIOSTRO
Moil qui a dit cela, madame?
LA MARQUISE
On a parlé d'une conversation que vous avez eue avec Anne d'Autriche !
CAGLIOSTRO, vivement.
Jamais, madame, jamais !...Sa Majesté connaissait trop bien les convenances Se reprenant.) ou plutôt je veux dire qu'une pareille idée est si extravagante!...
LE CHEVALIER
Moins peut-être que vous ne voudriez le faire supposer... Mais, franchement, vous n'en croyez pas un mot?
CAGLIOSTRO
C'est ce qui vous trompe, monsieur le chevalier... loin de vous ressembler, moi, je crois à tout!
LE CHEVALIER
Même en vous?
LA MARQUISE, d'un ton sévère.
Mon neveu!
LE CHEVALIER, d'un ton ironique.
Même à la magie... à la sorcellerie?
CAGLIOSTRO
Pourquoi pas!... il ne s'agit que de s'entendre sur les mots... Je crois lout possible à l'esprit humain... je crois que la nature n'a pas de secrets qui ne puissent être découverts par le génie et par la science... Seulement, ceux qui faisaient jadis de pareilles découvertes, nos pères les appelaient sorciers et les brûlaient... aujourd'hui, on se contente de les tourner en ridule... dans quelques années peut-être, on trouvera juste de les honorer 1
LE PRINCE, lui prenant la main.
On commence déjà, monsieur le comte .... Et vous pensez donc que ces grands secrets de la nature?...
CAGLIOSTRO
Finirout tous par être connus .'.., Oui, dans le suc des plantes ou dans la fusion des métaux, Dieu a placé les principes réparateurs ou vivi-
fians (S'arrétant en souriant.) Mais, pardon,
mesdames, pardon... j'oubliais que j'étais dans un salon et me croyais dans mon laboratoire ! LE PRINCE.
Plut au ciel que nous y fussions avec vous! LA MARQUISE.
Cela nous arrivera... vous nous l'avez promis... (Avec curiosité.) Vous dites donc, monsieur le comte, qu'il y aurait par exemple des secrets pour rajeunir?...
CAGLIOSTRO
Je ne dis pas non !
LE PRINCE, avec curiosité.
Des plantes ou des philtres pour se faire ai mer ?...
CAGLIOSTRO
Ce n'est pas impossible !
Cécile, vivement.
Il \ en aurail?
CAGLIOSTRO
CACLIOSTRO.
Oui, sans doute!... (Galamment.) Mais, vous, mademoiselle, à quoi bon vous en informer? LE CHEVALIER, d'un air railleur.
Et ces secrets, vous les possédez ?
CACLIOSTRO.
Je ne m'en \anle pas'... mais je suis sûr qu'ils existent !
LE CHEVALIER, haussant les épaules.
Allons donc ! c'est impossible!
CACLIOSTRO.
Eh] mon Dieu , oui , impossible!... c'est ce que tout le monde dit!.. Avant qu'on eût découvert le secret de diriger la foudre ou de s'élever dans les airs... vous auriez comme aujourd'hui crié à l'impossible... car on appelle impossible tout ce qui est inconnu... et ce que vous ne connaissez pas, monsieur, je le connais... Le magnétisme, que vous méprisez, me donne parfois le don de seconde vue... Il me permet de traverser les plis de celte étoffe, et de voir la, dans la poche de votre habit, une lettre qui ne doit pas y avoir été placée depuis long-temps..... car elle vient d'être décachetée... l'écriture me ferait même supposer
qu'elle vient de la main d'une femme si la
signature ne me l'attestait pas!
LE CHEVALIEIl.
Monsieur!
CAGLIOSTRO
Ne craignez rien 1... je ne regarde plus... Ce serait une indiscrétion dont je suis incapable. CÉCILE, avec émotion.
Comment! il serait vrai?
CAGLIOSTRO
.Monsieur le chevalier n'a qu'à vous montrer si
je me trompe!
CÉCILE
Voyons, mon cousin, voyons!
LE PRINCE
Oui, chevalier... vous ne pouvez nous refuser salisfactiou.
LE chevalier, à Cécile qui le presse.
Eh ! non, ma cousine... la lettre la plus insignifiante!
CÉCILE
Enfin, il y en a une!
(On entend au dehors un grand bruit. Tout le monde court aux fenêtres.) LE PRINCE, après avoir regardé par la fenêtre. On carrosse versé 5 la porte de l'hôtel... un cocher maladroit!
LE CHEVALIER, de même.
Une personne blessée !
CÉCILE
Ah! mon Dieu! tuée, peut-être?
Courez, mon neveu, offrez ma maison , ainsi une nos soins et nos secours !
Le chevalier et le prince sortent.)
LA MARQUISE, à Cagliostro.
Nous comptons toujours demain soir sur monsieur le comte et sur la séance de somnambulisme qu'il nous a promise.
CAGLIOSTRO-
Je n'ai garde d'y manquer!
LA MARQUISE
Vous aurez une royale assemblée... car toutes les personnes de la cour me demandent des invitations... et mon salon ne pourra contenir la foule
de vos admirateurs (Regardant vers le fond.)
Qu'ai-je vu !
OOOOOUOOOOOOOOÛOOOOOOOOOOOOJOOOQOOOOOOOOOOQOOOOOOOO