‹ JudithChapitre 168 sur 547 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

Les MÊMES, CARACOLI, ouvrant la porte à gauche.

-CARACOLI ,'apercevaiiujle chevalier.

Ah ! notre chevalier en lêu-à-tète avec unezolie dame qui n'est pas sa cousine... Ascolliamo! (Il rentre dans le cabinet.) CORILLA, continuant de causer 3vec le chevalier. Eh! oui, sans doute, monsieur, pourquoi?

LE CHEVALIER

Parce que dans cet hôtel , où je demeure avec ma tante, ma grand'taute, la douairière de Volmérange...

CORILLA, riant.

Celle qui eut autrefois à la cour une si grande réputation de beauté et de coquetterie... Elle ne saurait être l'ennemie des amours... et ne peut vous blâmer d'employer votre jeunesse .comme elle a employé la sienne.

LE CHEVALIER, avec embarras.

Mais, aujeontraire... elle esttsévère maintenant pour tout le temps...

CORILLA, riant.

Où elle ne l'a pas été... Cela fait^bien de l'ar- Tiéré... Mais peu vous importe, à vous, que votre fortune et votre position rendent indépendant... Et puis, il faudra bien qu'un jour ou l'autre tous me présentiez à ma nouvelle famille.

LE CHEVALIER

O ciel ! que voulez-vous dire!'

Que bientôt, je l'espère, il n'y aura plus d'obstacle... Oui, monsieur, lorsque votre père vous a

( ACLIOSTRO.

envoyé en II. die, pour former votre jeunesse... et que vous avez commenté pur vous jeter dans le Tibre, pour me sauver, moi, pauvre fille , qui allais me noyer par désespoir... quand vous vous êtes mis, après cela, à m'adorcr et à vouloir m'épouser ..

LE CHEVALIER

Corilla !

CORILLA

Ah ! je n'ai rien oublié... ni vos sermens, ni les miens... ceux de nous aimer toujours... dans la misère comme dans la fortune... malgré le temps, malgré l'absence, malgré les séductions... et elles ne m'ont pas manqué, je vous prie de le croire !... Mes succès m'ont entourée d'adorateurs que j'ai tous repoussés... tous, je te le jure... Tu élais mon premier amour, et j'y suis resiée fidèle... Moi . d'abord , j'ai toujours été bizarre et originale... Vous le savez mieux que personne, monsieur, puisque, malgré vos instances, j'ai refusé voire main, tant qu'a vécu votre père.

LE CHEVALIER

C'est vrai !

CORILLA

C'était là un obstacle... de voire côté... et peutêtre du mien y eu avait-il aussi!

LE CHEVALIER

El lesquels?

Je ne vous en ai jamais parlé... parce qu'alors ils étaient invincibles... mais bientôt, je l'espère, ils n'existeront plus... Demain . après-demain peut-être, j'en aurai l'assurance!

LE CHEVALIER

En vérité, Corilla, je ne vous comprends pas... CORILLA.

Et vous n'avez besoin de rien comprendre... sinon que je vous aime... et que je suis venue en France, non pour y briller, comme vos journaux le supposent... mais pour vous revoir et pour vous dire : Tu m'aimais quand je n'avais rien... et maintenant que j'ai gloire, fortune et renommée, je le les dois et je te les apporte !

LE chevalier, avec embarras.

Ah! que de reconnaissance!... et comment m 'acquitter... Mais il faut que je vous voie, que je vous parle sur de nouveaux embarras, bien légers sans doute, suscités par...

CORILLA

Par qui? par voire grand'taute?... Vous ne lui devez rien, que des respects et des pelits-neveux... et si vous n'osez lui avouer la vérité... je m'en charge... J'ai là vos lettres, vos bagues, vos cheveux, votre promesse de mariage... J'ai tout gardé, jusqu'au poignard que vous m'avez permis de vous plonger dans le cœur, si vous m'étiez infidèle... J'expliquerai à madame la marquise la valeur de tous ces gages... Elle la comprendra, j'e*

CAOLIOS

rno.

suîa sûre... ne fut-ce que de souvenir... et je vous apporte son consentement.

1 l CHEVALIER.

Oui . oui , mais pas aujourd'hui... car il faut éviter le bruit et le scandale... et elle a chez elle une nombreuse réunion qui doit ignorer nos affaires de famille...

corii LA.

C'est juste! Et quand on me donne de bonnes raisons...

LE CBETALIBB.

Demain donc, demain, j'irai vous retrouver à Paris.. . cl d'ici la, je me serai décidé à avoir du caractère, et à prendre un parti.

CORILLA

A merveille!... je retourne à mon hôtel , aux Armes dt France, reprendre ma voiture.

LE CHETAL1ER.

Oui . oui , parlez !

CORILLA

Eh bien ! monsieur, vous ne m'embrassez pas ? LE CHEVALIER.

Si , vraiment I... (Il l'embrasse et s'arrête.) Dieu! j'avais cru entendre...

CORILLA

Votre grand'lanle ! Prenez garde, chevalier... (D'un ton tragique.) je vais devenir jalouse... et me servir contre elle du poignard qui vous était destiné... ^Gaîment.) Adieu, mon ami , à demain ! (Elle son par le fond.)

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