‹ JudithChapitre 172 sur 547 · ACTE I . SCENE XII · texte numérisé non relu

ACTE I . SCENE XII

caracoli , de même.

Le rival a fait sa demande officielle... Je l'ai entendu et bien d'aulres choses encore !

CAGLIOSTRO . vivement, poussant la porie. G'esl bien ; écoute cl sois à la réplique.

LA MARQUISE, revenant.

Nous sommes seuls 1... personne?...

CAGLIOSTRO

Personne!...

LA M A RQ LISE.

Ne peut venir nous interrompre ?...

CAGLIOSTRO , à part.

Per dio 1 qu'est-ce que cela signifie?

Veuillez vous asseoir près de moi... plus près...

CAGLIOSTRO, s'esseyant, a part.

Est-ce que je serais voué aux grandes aventures !

LA MAKQU1SE.

Monsieur le comte, vos talens et votre mérite...

CAGLIOSTRO , à part.

Je crains d'en avoir trop !

LA M A RQ LISE.

M*ont inspiré une confiance dont je vais vous donner la plus grande de toutes les preuves. CAGLIOSTRO, à part.

Ceci devient effrayant!

LA MARQUISE

Le rang et la fortune que je possède, ma position à la cour, ne m'empêchent pas d'être la plus malheureuse des femmes... et je donnerais à l'instant tout ce que j'ai... pour ce que je n'ai plus.. . CAGLIOSTRO

Que voulez-\ous dire, madame ?

LA MARQl ISE.

Telle que vous me voyez, monsieur le comte, j'ai été adorée, courtisée; le feu roilui-mêmeelloule sa cour ont été à mes pieds... Enfin , j'ai eu la jeunesse la plus brillante, la plus folle, la plus enivrante... et celte jeunesse je l'ai fait durer, je puis

le dire , aussi long-temps que possible Mais

enfin, l'on a beau faire... il vient un moment où l'on est obligé de l'abandonner... c'est celui où décidément.,,.

CAGLIOSTRO

Elle vous abandonne!

Vous l'avez dit... C'est elle qui a commencé... et depuis, je ne l'ai jamais revue... mais jamais aussi je n'ai cessé d'y penser et de la regretter... 11 n'y a pas de nuit où je ne me retrouve en rêve devant une glace... avec mes attraits et ma fraîcheur de dix-huit ans... ou bien, je me vois entrer dans les salons de Versailles... dans un bal 5 la cour !...

CACLIOSTRO.

En grande toilette ?

LA MARQUISE

Au contraire !... en robe de gaze... les bras nus

et une rose dans les cheveux. . et de tous les coins de la salle s'élèvent des exclamations de surpiise, d'amour, d'envie... murmures enivrans qui, par malheur! me réveillent et me désespèrent .... Eh bienl monsieur le comte, eh bien ! dites-moi... n'y aurait-il pas moyen de faire de mon rêve une réalité?

CAGLIOSTRO

Quoi! c'est cela que vous me demandez?

LA MARQUISE

P«épondez-moi, de grâce !

CAGLIOSTRO, à part.

Ma foi , il faut tout risquer!

LA MARQUIS"

Cela est-il possible?

CAGLIOSTRO, avec aplomb.

Oui , madame !

LA MARQUISE , poussant un cri.

Ah ! je vous crois!... car le cœur me bal déjà comme à quinze ans ! il les a...

CAGLIOSTRO

Le difficile maintenant est que tout le resie revienne au même âge... et pour y parvenir...

LA MARQUISE

Vous avez dit que cela était possible !

CAGLIOSTRO

Eh ! sans doute ! ... mais je dois vous parler avec franchise...

LA MARQUISE

Il le faut!

CAGLIOSTRO

Si je lente une pareille entreprise...

LA MARQUISE

Eh bien!

CAGLIOSTRO

Quel en sera le prix?

LA MARQUISE

Je vous l'ai dit... tout ce que je possède... toute ma fortune !

CAGLIOSTRO

La fortune, j'y tiens peu!... car je puis , si j'en prends la peine, éclipser tous vos fermiers-généraux.

C'est vrai !

CAGLIOSTRO

Quant aux litres et aux honneurs , crojez-vous que roi ou ministre les refuse à celui qui peut prolonger leurs jours et leur pouvoir?

LA MARQUISE

C'est vrai! que puis-je donc pour vous ?

CAGLIOSTRO

Je vais vous le dire... J'ai v u mademoiselle Cécile , votre petite-fille... Elle a seize ans... elle est charmante, elle ressemble à ce que vous étiez autrefois... ou plutôt à ce que vous allez êlre... c'est vous dire, madame la marquise, que je n'ai pu la voir sans l'aimer !

CAGUOSTRO

LA MABQl ISE.

O ciel !

CACLiesno.

Nommez-moi votre gendre.» et je fais pour vous, ma belle-mère, ce que je ne ferais pour personne au monde., et je vous donne a la fois la plus grande preuve (le mon amour et de mon désintéressement... Car voi.s faire rétrograder jusqu'à seize ans... c'e>t vous dire assez que je ne compte pas >ur votre succession!

LA MARQUISE

Oui , oui, vous ave/ raison... mais mon neveu qui à l'instant même vient de me demander sa cousine en mariage...

CAGUOSTRO.

B! vous avex promis?

LA MARQUISE

Rien encore... mais, ce soir, il doit venir chercher ma réponse.

CAGUOSTRO.

Je me retire, madame!

LA MARQUISE

.Non, non... restez !

CAGUOSTRO, avec ironie.

Si votre neveu vous aime assez peu pour immoler vos beaux jours aux siens !

LA MARQUISE, vivement.

Ah ! vous dites vrai... je ne me laisserai pas sacrifier par ma famille!

CAGUOSTRO, à part.

Je l'emporte !

LA MARQUISE

A une condition... c'est que vous me donnerez à l'instant cette eau merveilleuse.' cagliostro, à part.

Diavolo ! (Haut.j A l'instant, ce serait difficile... car il faut composer cet élixir... et je ne l'obtiens qu'avec le suc des plantes rares cueillies par moi-même, au péril de ma vie, sur la cime des plus hautes montagnes du globe... Hier encore j'en avais sur moi un flacon...

LA MARQUISE , avec impatience.

Eh bien !

CAGLIOSTRO

J'eu ai disposé en faveur d'un vieil ami de quatre-vingt-dix-huit ans... un enfant que j'ai vu naître... un fou, un étourdi, qui a vidé d'un seul trait le flacon que j'ai là!...

LA MARQUISE

Vous l'avez encore ?

CAGLIOSTRO, tirant un llacon de sa poche. Oui , madame , il l'a bu jusqu'à la dernière goutte... (Le regardant.) Non , il en reste encore une ou deux.

I A MARQUISE

Ahl donnez-les-moi, de grâce!

CAGLIOSTRO

A quoi bon?. . Il \ auraîl là a peine de quoi

\ou* rajeunir dix minutes ou un quart d'heure.

LA MARQUISE

C'est toujours un à-compte !

CAGLIOSTRO

Ou plutôt un regret... Les roses revenues un instant sur votre visage, ne larderaient pas à disparaître... J'aime mieux vous distillera loisir pour un siècle de fraîcheur et de beauté... Cela est plus durable .'

LA MARQUISE

Sans contredit... Mais cela n'empêche pas... Je vous en prie, je vous en supplie... Laissez-moi tenter celte épreuve... Je n'en veux pas d'autre.... Après, je consens à tout!

CAGLIOSTRO, souriaBt.

C'est de la folie! e'esl de l'enfance !

C'est possible!... Mais quand on est si près d'y revenir...

CAGLIOSTRO

C'est juste, cl je me rends... Voyez seulement si personne ne peut nous surprendre!

(La marquise va regarder en dehors, à la porteà droite et à la porte du fond, elle les ferme en dedans au verrou. Cagliostro, pendant ce temps, s'est approché de la porte à gauche queCaracoli vient d'entr'ouvrir.)

DUO

CAGLIOSTRO, bas à Caracoli.

Tu nous entends ?

CARACOLI, à voix basse.

Si signor !

CAGLIOSTRO, de même.

Eh bien, donc !

Attention !

(Regardant autour de lui, pendant que Caracoli fermela porte.)

Dans ce salon Point de trumeau, point de perfide glace. .

(Apercevant un petit miroir sur la table à droite.) Si vraiment, ce miroir...

(Il ouvre la fenêtre à gauche et te jette.) LA MARQUISE, revenant, à Cagliostro.

Que faites-vous, de grâce ?

CAGLIOSTRO

Je regardais... Personne à moi ne vient s'offrir ! A'ul indiscret ne peut à présent nous trahir?

Non, non, personne, et prudemment sur nous, (Allant fermer la porte à gauche.) Fermons ces derniers verroux !

ENSEMBLE

LA MARQUISE, avec émotion.

D'espoir et de surprise Je tressaille, et j'ai peur Qu'en mes mains ne se brise Ce ciistal enchanteur !

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