‹ JudithChapitre 192 sur 547 · ACTE II, SCENE XL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE XL

CORILLA

Tais-toi I

LE CHEVALIER

Avec passion ! avec folie... et dans ces momenslà, sans hésiter, sans réfléchir, on donnerait pour celle qu'on aime son sang, sa vie!... Tu l'en

souviens !

CORILLA, détournant la tête.

Tais-loi ! tais-toi !

LE CHEVALIER

Non, je ne me tairai pas!... parce que je suis coupable... parce que l'amour que je t'avais juré, et que tu méritais si bien, malgré moi et sans le vouloir, je l'ai éprouvé pour une autre. CORILLA.

Eh bien ! monsieur, voilà ce qu'il fallait m'avouer ce matin, franchement, loyalement!... On ne trompe pas les gens... on leur dit en ami : — Écoute, je t'ai aimée, je fui adorée, je net'aime plus!... et toi ? — Moi!... dame! pas encore!... mais je tacherai... je verrai, et ne fut-ce que par dépit.... je jure bien que... Enfin , c'est mon affaire, ça me regarde!... Mais voilà comme on se conduit, quand on a du cœur et des sentimens! LE CHEVALIER, avec attendrissement.

El le moyen?... car lorsque je t'entends parler ainsi, l'émotion, le remords, le souvenir... Il me semble que je t'aime encore!

Ah ! je suis désarmée !... cl voilà toute ma colère qui s'en va !

LE CHEVALIER, avec passion.

Oui, Corilla, je te Je jure !

CORILLA, lui faisant signe de la main.

Assez, assez!... n'allons pus de nouveau nous tromper!... nous ne pourrions plus nous y reconnaître... Adieu, monsieur!

LE CHEVALIER

Corilla !

CORILLA

Vous avez été bien cruel pour moi... mais il y a entre nous un lien que rien ne peut rompre... Vous m'avez sauvé la vie... et cela je ne l'oublierai jamais... Je ne serai donc plus que votre amie, amie dévouée !

LE CHEVALIER

Qui viens de renverser toutes mes espérances I

CORILLA

C'est vrai !

LE CHEVALIER

De livrer Cécile à mon rival!

CORILLA

C'est vrai! Mais tous mes torts, je veux les réparer !

LE CHEVALIER

Et comment cela ?. . quand nous avons affaire

au plus savant, au plus habile des charlatans

au comte Caglioslro... L'avez-vous vu ? le connaissez-vous ?...

Non ; mais il a ses preneurs, ses alliés... nous aurons les nôtres... Il faudrait d'abord circonvenir un certain marquis de Caracoli, son ami, son confident intime!

LE CHEVALIER

Le marquis!... du tout!... Caglioslro ne leconnaît que depuis hier !

CORILLA

Depuis hier!... détrompez-vous!. ..j'ai la preuve du contraire... C'est lui que le comte m'a envoyé secrètement hier pour me prévenir et m'amener ici !

LE CHEVALIER

Serait-il possible !

CORILLA

Vous concevez qu'on ne charge pas un inconnu d'une mission aussi délicate !

LE CHEVALIER

C'est clair! ils sont d'intelligence! Nous voilà sur la trace... Ah ! ma chère Corilla I

(Il lui baise les mains avec transport.) CORILLA, vivement.

Ne vous occupez donc pas de mes mains, monsieur, ce sont des détails inutiles!... Il s'agit de retrouver cet homme et de le forcer à parler!... (On frappe à la porte à droite.) Silence! on frappe à cette porte !

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