ACTE II SCENE XIII
LE PRINCE
Je vais vous le dire!... Désespérant d'obtenir votre amour, Je me suis adressé à un homme de génie, au comte de Cagliostro, qui m'a donné un élixir...
CORiLLA.
Pour vous faire aimer?
LE PRINCE, naïvement.
Oui, ça doit être encore bien peu de chose... car je n'ai acheté qu'un seul flacon !
CORILLA
Combien?
LE PRINCE
Presque rien!.... dix mille livres!... Mais si ça
ne suffit pas, demain, après-demain tous les
jours...
CORILLA
Mais vous vous ruinerez !
LE PRINCE
Qu'importe!.... j'y gagne encore, si vous m'aimez!
CORILLA, le regardant tendrement.
Pauvre prince!
LE PRINCE
Que dites-vous?
CORILLA
Rien !... Mais il y a dans sou absurdité quelque chose qui m'émeut, qui me touche 1 LE PRINCE, vivement.
Ça commence, vous le voyez...
Non? mais ça ne me semble plus impossible!
LE PRINCE
Quand je vous le disais! Vous accepteriez
donc maintenant ma fortune et ma main?
CORILLA
Ah ! pour ça, non !
LE PRINCE, étonné.
Comment ! non !
CORILLA
Non! (Le prince va pour sortir.) Où allez-vous?
LE PRINCE
Acheter un autre flacon !
CORILLA, vivement.
Je vous le défends! je vous le défends!
LE PRINCE
Je reste! je reste... puisque vous le voulez... mais c'est de la tyrannie!... Quand on refuse les gens, on leur dit au moins pourquoi !
CORILLA
C'est vrai I... Vous voulez des raisons!., eh bien! mon ami, je vais vous en donner !... Ce que je sollicite en ce moment à la cour de Rome... et ce que j'espère obtenir par le crédit du cardinal de Rohan, c'est la rupture d'un mariage contracté en Italie, par moi!
LE PRINCE
Vous, mariée ?
CORILLA
A seize ans!... avec un homme qui me rendit si malheureuse, que je me précipitai dans le Tibre, dont les flots m'emportèrent... Mon mari me crut morte, et je fus sauvée comme par miracle (Baissant les yeux avec embarras.) par quelqu'un !.. LE PRINCE, vivement.
Ah ! si je le connaissais !
CORILLA
Eh bien ! que feriez-vous?
LE PRINCE
Je lui donnerais la moitié de ma fortune pour le récompenser!
CORILLA
Rassurez-vous!... (Avec un soupir.) il a été récompensé !
LE PRINCE
Ah ! ce mariage sera rompu, je vous le jure... et alors, plus d'obstacles... vous serez à moi?
CORILLA
Peut-être!... mais à une condition !
LE PRINCE, uvement.
Parlez !
CORILLA
C'est que vous m'aiderez, dans l'intérêt d'un ami, à démasquer un fourbe et un imposteur...
LE PRINCE
Eh! qui donc?
Cagliostro !
LE PRINCE
Lui! un imposteur!... Vous ne le connaissez pas!
CORILLA
Non ! mais s'il était là... si je le voyais...
LE PRINCE
Vous seriez à l'instant, et comme tous ses ennemis, saisie de respect et d'admiration Eh!
tenez, il est là... je vais vous présenter... CORILLA, s'approchant de la porte à gauche, qui est restée ouverte.
Tant mieux! car je veux devant vous... (L'apercevant de loin et poussant un cri.) Ah ! LE PRINCE.
Eh bien ! rien qu'à sa vue, vous voilà interdite et trembante... Je vous le disais bien!
CORILLA, au prince.
Mon ami! mon ami !... votre fortune, votre réputation... Tremblez et prenez bien garde à vous... car malgré moi je vous aime!...
(Le prince pousse un cri.) (Cagliostro paraît à la porte à gauche avec la marquise et Cécile. Corilla s'enfuit par la porte du fond.)
CAGLIOSTRO
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