CHOEUR DES SUISSES
O moment d'effroi !
Four lui nous avons tout à craindre.
RODOLPHE
Gouverneur, on brave ta loi.
GESLER.
Quel est l'audacieux ?
RODOLPHE
J'ai su le reconnaître !
C'est Guillaume Tell, c'est ce traître Qui ravit à nos coups Leuthold le meurtrier.
GESLER.
Saisissez-le.
soldats , hésitant.
C'est là cet archer redoutable Cet intrépide nautonier...
GESLER.
l'oint de pitié coupable ; C'est là mon prisonnier.
GUILLAUME
Puisse-t-il être le dernier!
( On retire des mains de Guillaume son arbalète et son carquois. ) ( A voix basse. )
Rejoins ta mère, je l'ordonne.
Qu'aux sommets de nos monts la flamme brille , et
[donne Aux trois cantons le signal des combats !
GESLER , retenant l'enfant.
Arrête... leur tendresse éclaire ma vengeance;
Réponds, toi qui m'ose braver, C'est ton enfant?
GUILLAUME
Le seul.
GESLER.
Tu voudrais le sauver?
GUILLAUME
Le sauver, lui? quel est son crime?
GESLER.
Sa naissance, Tes discours , tes projets, ta coupable insolence.
GUILLAUME
le l'ai seul offensé , c'est moi qu'il faut punir.
GUILLAUME 1 ELL
GESLER.
Sa grâce est dans tes mains et tu peux l'obtenir. Pour un habile archer partout on le renomme ; ( A Rodolphe, en détachant une pomme d'un arbre voisin.) Sur la tête du fils qu'on place cette pomme ; (A Tell.)
D'un trait tu vas soudain l'enlever à mes yeux , Ou vous périrez tous les deux.
GUILLAUME
Que dis-tu?
GESLER.
Je le veux.
GUILLAUME
Quel horrible décret ! sur mon fils!... je m'égare! Tu pourrais ordonner, barbare!...
Non , le crime est trop grand.
GESLER.
Obéis.
3UILLAUME.
Tu n'as pas d'enfant !
Il est un Dieu , Gésier
GESLER.
Un maître. GUILLAUME, montrant le ciel.
Il nous entend!
GESLER.
C'est trop tarder, cède sur l'heure.
GUILLAUME
Je ne le puis.
GESLER.
Que son fils meure!
GUILLAUME
Arrête!... Abominable loi!
Tu triomphes de ma faiblesse ;
Le péril de Jemmy m impose une bassesse,
Cesler, et je fléchis le genou devant toi.
(Il s'agenouille.) GESLER.
Voilà cet archer redoutable ,
Cet intrépide nautonier !
La peur l'atteint, un mot l'accable.
GUILLAUME, se relevant.
Ce châtiment du moins est équitable :
Tu me punis d'avoir pu m'oublier.
JEMMT.
Mon père, songe à ton adresse.
GUILLAUME
Ah ! je crains tout de ma tendresse.
JEMMT.
Donne ta main, interroge mon cœur :
Sous ta flèche il battra sans peur.
GUILLAUME
Je te bénis en répandant des larmes , Et je reprends ma force sur ton sein : Le calme de ton cœur a raffermi ma main. Plus de faiblesse, plus d'alarmes;
Qu'on me rende mes armes :
Je suis Guillaume Tell enfin !
Or. rend à Guillaume son aibalèle et son carquois qu'il vide a terre. Il choisit p.irmi les traits en se tenant baissé , et en ['lace un sous ses vêtements sans être aperçu.)
GESLER.
Qu'on attache l'entant !
{ En cr moment ou voit un des pages de Matbilde quitter la scène et se diriger en courant vers le château.)