SCÈNE II
LE DAUPHIN, seul.
Les joyeux écoliers !... Pourtant combien d'entr'eux Tomberont avant l'âge, abattus par la guerre, Sans que leur mère en deuil vienne fouler la terre Où dormiront leurs restes généreux.
Leur mère !... Hélas ! ils en ont une;
La mienne aux oppresseurs vend mes droits et mon Mais un élre adoré qui protège l'absent , [sang ; Odette, auprès du roi veille sur ma fortune.
Conduit par elle , il va venir.
Au-Jevant de ses pas en espoir je m'élance ,
Et sens mon front d'avance Se courber sous ses bras levés pour me bénir.
A mon cœur que le sien réponde, Dans ses bras qu'il me presse enfin ; Il ne sera plus seul au monde, Je ne serai plus orphelin.
Mais s'il le méconnaît , ce proscrit qu'il opprime !... Ah ! je veux sur les siens lever des yeux si doux , Qu'au feu de leurs regards sa raison se ranime
Quand j'embrasserai ses genoux.
Ce cœur flétri par la tristesse , A l'amour paternel s'il a pu se fermer,
Je veux, à force de tendresse ,
Lui rendre le pouvoir d'aimer.
A mon cœur je veux qu'il réponde.
Il s'ouvre, il me comprend enfin; Mon père n'est plus seul au monde, Et je ne suis plus orphelin.