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SCÈNE IV

CHARLES, ODETTE

CHARLES

Mon fils, quand viendra-t-il?

ODETTE

Qu'avez-vousfait?

CHARLES

Qu'importe? Parle-moi de mon fils.

ODETTE

Il viendra , mais plus tard.

CHARLES

J'aspire au moment du départ , L'espoir dans ses bras me transporte ; Je pourrai donc le suivre et toujours et partout.

ODETTE

Ah ! calmez une ardeur qui vous serait funeste.

CHARLES VI

CHARLES

Je suis fort, je le sens, ma mémoire l'atteste :

Vois si je me souviens de tout?

Trois sons de cor.

ODETTE

Après?

CHARLES

Toi , de cette fenêtre ,

Tu chantes.

Bien!

Cet air simple et champêtre.

ODETTE

Que vous aimez.

CHARLES

Il vient; je cours sous ses drapeaux.

ODETTE

A la fatigue du voyage Préparez-vous par le repos , Et pour que le sommeil ferme votre paupière, Voire air chéri , je vais vous le chanter.

CHARLES

Au Ciel , j'ai pour mon peuple adressé ma prière , Plus calme je peux t'écouter.

(Il va s'étendre sur son lit.) Avec la douce chansonnette

Qu'il aime tant, Berce, berce , gentille Odette, Ton vieil enfant.

ODETTE

Chaque soir, Jeanne sur la plage Donnait rendez-vous au beau page

Qu'elle adorait.

En l'attendant, Jeanne la blonde Mêlait sa voix au bruit de l'onde

Et murmurait :

« Viens me rejoindre sur la rive , » Si du rendez-vous où j'arrive

).• Tu te souviens. »

Et dans la nuit l'écho fidèle Qui semblait l'appeler comme elle,

Disait : viens, viens !

CHARLES , comme en rêvant.

Avec la douce chansonnette

Qu'il aime tant, Berce encore , gentille Odette ,

Ton vieil enfant.

ODETTE

Mais bientôt Jeanne sur la plage Attendit en vain le beau page

Qu'elle adorait.

Au bord des Ilots, Jeanne la blonde Mêlait ses larmes à leur onde ,

Et murmurait :

« Ne viens plus toi qui m'as trahie » Ne viens plus , de ta perfidie

» Je me souviens. »

Au fond du cœur que disait-elle?

Je ne sais, mais l'écho fidèle Disait : viens ! viens !

(A part , après s'être assurée que le Roi dort.) Hâtons-nous d'obéir à la reine Isabelle; Je cours et je reviens.

( Elle s'approche encore du lit et sort sur la pointe du pied en chantant à voix basse : ) Aujfond du cœur que disait-elle?

Je ne sais ; mais l'écho fidèle Disait : viens ! viens !

CHARLES , d'abord seul , puis l'homme de la forêt du Mans, JEAN-SANS-PEUR, LOUIS D'ORLÉANS, CLISSON.

CHARLES, qui se soulève doucement pour voir si

Odette est partie.

Pauvre Odette ! en pensant qu'au repos je me livre, Elle reposera; va, dors : tu peux dormir. Dieu , quand on a passé tant de nuits à gémir , Affranchi de ses maux, qu'il est doux de revivre !

Oh! de notre immortalité, Divin garant, raison sublime, A tes rayons je me ranime Pour sentir ma félicité.

Sur moi tu brilles sans nuage; Ton éclat m'inonde, et je nage Dans un torrent de volupté.

Qu'ai-je entendu?... Quels lugubres murmures!... Mes sens m'avaient trompé.... Non , des gémisse- Se mêlent par moments [menls

Au sourd cliquetis des armures.

(Un des panneaux de la boiserie a glissé sur lui-même et laisse voir une immense galerie, où des formes hideuses, et des spectres traînant des chaînes, sont à peine éclairés par une lumière fantastique.) CHARLES.

0 funèbres lueurs! que vois-jeà leur clarté?... D'effrayantes figures Se meuvent dans l'obscurité!

CHOEUR

Tremble, la tombe s'ouvre:

La mort qu'elle découvre A tes regards en sort ; Et les pâles fantômes Désertent ses royaumes Pour l'annoncer ton sort.

CHARLES, qui s'est élancé de son lit.

Où suis- je?

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