I. \ COMTESSE, tristement, à part
Toul le monde!
LE COMTE El l'affection dont mes vassaux entourent la comtesse d'Allenberg , accroît pour vous mon estime.
LA COMTESSE
Je vous en remercie , monsieur le comte, mais laissons cela. Le cœur de votre femme n'a pas besoin de ce vain témoignage.
LE COMTE, jetant les yeux sur la lettre du chevalier. Que vois-je!.. Celle nouvelle! el elle ne m'a pas écrit. (Appelant vivement.) Johann I LA COMTESSE.
Qu'y a-t-il donc?
LE COMTe, a part, regardant sa lettre. L'ordonnance est enfin signée. ( Appelant. ) Johann ! Johann! (Marie se lève pour appeler le domestique qui paraît , le comte lui demande : ) Mme de Rosenthal n'est pas arrivée de Dresde? JOHANN.
Non , monseigneur
LE COMTE
Aucun message de sa part?
JOHANN
Aucun.
LE COMTE
C'est bien ! sortez.
la comtesse , se levant.
Fermez donc cette fenêtre , Johann , c'est pour cela que M. le comte vous nvail appelé... (Fias au
comte. ) Pour vos gens , monsieur , donnez au
moins un prétexte à voire impatience.
( Le domestique sort après avoir fermé la fenêtre.
— Marie va s'asseoir de l'autre côté de la table ;>
droite , où clic réfléchit tristement. )
LE COMTE , haut.
Mon impatience est bien naturelle: le premier ministre disgracié ! lui qui voulait enlever à la noblesse les débris de ses privilèges féodaux, comme ses prédécesseurs avaient fail déjà pour notre droit de haute justice !
MARIE
Si j'étais un grand seigneur comme vous, mon père , je serais enchantée qu'on m'épargnât le chagrin d'avoir à prononcer moi-même l'emprisonnement ou la mort d'un malheureux.
LE COMTE
Non : en dépil des États et des Électeurs de la Saxe , à qui les chances de la guerre et de Ja politique nous ont soumis , un comte immédiat de l'empire est de droit souverain dans sa terre. Chef de sa famille, maîlre de ses vassaux, il faul qu'il soit le seul juge de ses vassaux et de sa famille.
MARIE
De sa famille!
LE COMTE, relisant sa lettre.
Disgracié! et le divorce du prince auquel il s'opposait, ratifié par les Étals...
LA COMTESSE
Impossible!
LE COMTE
Dans la séance d'hier.
LA COMTESSE , froidement.
C'est une lâcheté. Les États foulenl aux pieds les lois de la Saxe, pour satisfaire aux caprices du régent... car tout le monde sait bien dans quelles vues il répudie sa femme. Il ne lui manquait plus que de partager avec sa favorite un pouvoir dont il n'élait que dépositaire el qu'il garde iniquement.
Je reconnais les idées de votre mère , Mme la margrave de Gœrlitz, qui nous fait, dit-on, l'honneur de nous visiler ce malin. Pour se consoler de ne plus posséder que le titre de sa petite principauté , elle s'amuse toujours sans doute à tramer des complots ?...
LA COMTESSE
Monsieur le comte, ma mère est une noble femme, digne de tous vos respects. Sa fidélité à la famille du feu électeur Christian VII n'est pas un amusement, mais une religion. Quant à moi, je sais compatir au malheur d'une épouse délaissée... Il faut que la favorite ait été bien adroite ou bien conseillée. Mme de Rosenthal est dit-on , son amie.