SCÈNE I
EDMOND, VICTOR, plusieurs officiers.
(Au lever du rideau ils jouent et boivent du punch. Edmond, seul, est assis à gauche tout rêveur.
CHOEUR
Aie : Vivent les batailles.
Compagnons fidèles, Fêlons, tour-à-tour, La guerre et les belles, Le punch et l'amour.
Quand de la victoire Sonne le signal, Courons à la gloire Comme ou court au bal.
Compagnons fidèles, etc.
|Pétcrmaim pose un bol de punch sur la table à droite et ze relire.)
VICTOR, qui s'est levé, frappant sur l'épaule d'Edmond.
Tu ne joues pas, Edmond?., vertueux Caton d'Utique! que ne puis-je t'imiter !.. j'aurais des remords de moins et de l'argent de plus.
EDMOND, préoccupé.
Tuas encore perdu?
ViCTOR.
Deux cents francs sur parole !.. ce n'est pas cela qui m'inquiète... (Se grattant l'oreille.) Dismoi, tu me prêteras bien encore une l'ois ta signature pour une somme... plus ou moins forte?.. (a part.) Je ne sais pas au juste ce que ine coûtera l'égyptien.
F.LMOND.
Tant que tu voudras... ma bourse n'est-elle pas la tienne?
Pylade des temps modernes, va!., du reste, sois tranquille... tu me connais...
iiK (lu Ua'.seï au l'ortru",
Au bas d'une lettre de change,
Lorsque je ne mets que mon nom,
Je ne sais commeui je m'arrange,
Mais malgré toute ma raison, Bien rarement j'évite la prison.
C'est tous les jours la même antienne !
Mais, ami noble et généreux...
Ta signature est-elle avec la mienne,
J'ai toujours de l'honneur pour deux.
EDMOND, se levant.
C'est donc une dette sérieuse?
victor, gravement.
Oui... un cachemire... que j'ai promis à celte ■ belle parente.,, tu sais?..
EDMOND, lui faisant signe d'être discret. Chut !
VICTOR, à mi-voix.
Oh! ne crains rien... lu sais que je suis discret... je n'eu ai parlé qu'à l'état-major!.. Ce n'est pas moi qui irais me vanter... d'ailleurs Lucrèce est la vertu même !
LES OFFICIERS, éclatant de rire.
Elle s'appelle Lucrèce?., ah! ah!..
Oui, Messieurs... elle s'appelle... (Alui-même.) Au fait, c'est drôle... ce rapprochement !.. (a Edmond.) Ah ça! et toi, Edmond, où en estu de tes aiaours ?
EDMOND
Ne m'en parle pas... cellr que j'adore est à la veille, d'épouser mon propre frère... et je n'ai aucun moyen de conjurer ce malheur! VICTOR, avalant un verre de punch.
Ayez donc des frères ! il parait que le tien est le pkts grand accapareur de l'époque; déjà riche de son patrimoine qu'il a su grossir à tes dépens; munitionnaire général de l'armée d'Italie, où il a rapidement triplé ses capitaux... il veut encore s'adjuger les bleus immenses et la personne de ta maîtresse !.. far la sambleu ! si j'avais uo frère pareil, nous serions les frères ennemis!.. Je lui dirais : Que diable! Étéocle, laisse donc quelque chose à Polyuice!
EDMOND
Que veux-tu?.. Séparés dès notre enfance, nous n'avons pas eu le temps de contracter cette douce affection qui naît sous le toit paternel et croît sous les yeux d'une mère. Issus d'une noble famille ùe la Corse, de cette province française où les âmes sont toujours italiennes, nous avons commencé de bonne heure à nous quereller... à nous haïr!., lui, du moins, car moi, je ne demandais pas mieux que de l'aimer; mais il n'y avait pas moyen !.. et pour m'all'rancliirde ses persécutions, de sa tyrannie, je m'engageai comme simple soldat, et le laissai tranquille possesseur des litres et des bit us de mon père, que nous perdîmes peu de temps après !.. , content de mon sort, d'un avancement que je ne devais qu'à moi-même, j'avais oublié l'injustice et les torts de mon frère, lorsque, dans la première campagne d'Italie, je le retrouvaià la suite du général Bonaparte; seulement, le marquis de Miramonte (c'était notre nom) était devenu sous le Directoire le citoyen Scévola Réanti; il avait embrassé toutes les idées nouvelles...
VICTOR
Et toutes les fournitures !
EDMOND
Au 18 brumaire, c'était le citoyen. Saint-Réant; aujourd'hui, sous le consulat, c'est M. de Saint- Réant.
LA FILLE DE FIGARO
VICTOR
Famille des chrysalides!., il reprendra peu à peu sa première forme.
EDMOND
En le revoyant, mon cœur battit, je l'avoue... je lui tendis la main franchement... et je m'applaudissais déjà d'avoir reconquis sa tendresse! lorsque notre rivalité vint nous désunir de nouveau... il voulait me contraindre à renoncer à Céline... il réclamait son droit d'aînaisse.
VICTOR
Allons donc !.. il a été aboli.
EDMOND
Et. ce qu'il y a d'affreux, mon ami, c'est qu'il ne l'aime pas, qu'il ne l'a jamais aimée... c'est sa fortune seule qu'il convoite... (Eli! plût au ciel qu'elle n'eût rien ! ) c'est pour s'en emparer qu'il abuse vis-à-vis de moi de son pouvoir, de la protection du premier consul!., voilà ce que je ne puis lui pardonner.
Air de Preiilie et Taconnet.
Haïr son frère est une horrible chose!
Mais par l'ingrat j'y suis forcé!..
Pourtant, c'est à peine si j'ose T'avouer, le cœur oppressé, Ce sentiment déplorable... insensé!..
Sainte amitié tu perds tes nobles charmes... J'avais un frère... il n'en est plus pour moi! victor, lui serrant la main.
Qu'oses-tu dire ! ah ! tes compagnons d'armes Seront tous des frères pour toi.
tous, se levant et l'entourant.
Oui, cher Edmond, oui, tes compagnons d'armes Seront tous des frères pour toi !
EDMOND, ému.
Merci! merci, mes amis... mes braves camarades !
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