ACTE III, SCÈNE X
DUPERRON
Pardonnez-moi... je suis invariable! (Reprenant.) J'ai donc l'honneur...
Mmc DUPERRON.
Permettez... Je ne savais pas d'abord que M. Edmond était...
ASPASIE, lui soufflant.
Plus ancien.
Sime DUPERRON, à son mari.
Plus ancien.
DUPERRON
Oh! de quinze jours.
Mmc DUPERRON.
Quinze jours... c'est un titre.
ASPASIE , appuyant.
C'est un titre.
Mme DUPERRON.
Et à mérite égal...
Voilà que vous tournez... Oh! que b?s femmes sont girouettes!
Mmc Dl'PERRON.
Non... mais j'ignorais complètement... Cette pauvre Aspasie vient de me dire des choses qui m'ont vraiment touchée... (Regardant Aspasie pour qu'elle la souffle.) Un jeune homme... aspasie bas.
Si intéressant!
M"" DUPERRON haut.
Si intéressant !
ASPASIE
Deux amans qui s'adorent !
Mme DUPERRON.
Qui s'adorent!.. Vous voyez..
ASPASIE
Et qui seraient séparés à jamais...
Mme DUPERRON.
Ah!., voilà qui est affreux... Et bien décidément, c'est M. Edmond qui sera capitaine... il le faut... je l'exige.
DUPERRON, à mi-voix.
Mais vous n'y pensez pas... et votre cousin?
Mme DUPERRON.
Il attendra.
DUPERRON, bas.
Et le munitionnaire général, à qui j'ai promis ne pas nommer son frère ?..
Mmc DL'PERRON.
Vous lui direz que le ministre vous a forcé la main.
DUPERRON
Mais...
Mmc DUPERRON, impérieusement.
Mais, mais, mais... Je vous le répète... il le faut... je le veux.*
DUPERRON
Ah ! c'est différent... ce que femme veut, un sous-directeur à la guerre doit le vouloir. ( Ras, à Aspasie, qui est venu près de lui.) Hein? je t'avais bien dit que nous remporterions... Je suis invariable dans mes décisions... la justice avant tout... (Reprenant sa plume, lisant et écrivant.) « J'ai donc l'honneur de proposer à votre » excellence! comme le plus méritant, M. Ed-
»mond, »
(Il conlinueà écrire.)
Mme duperron, tendant la main à Aspasie. Etes-vous contente ?
aspasie , bas, et lui serrant la main. Merci, Madame... vous en serez récompensée. N'oubliez pas qu'à dater de ce jour je vous suis toute dévouée . et qu' Aspasie la revendeuse est la discrétion même.
DUPERUON , en frappant sur son bureau.
Oui ! mais vous n'en serez pas plus avancée pour le mariage de votre protégé... puisque le premier consul veut absolument que ce soit le munitionnaire général qui épouse Mlle de Sénancourt.., c'est son idée.
ASPASIE, fièrement.
C'est bon ! ça me regarde,., je l'en ferai changer.
DUPERRON
Le premier consul!
ASPASIE
Tout comme un autre ! Est-ce qu'il n'est pas marié... est-ce qu'il n'a pas une femme?.. C'est lui que je vaisattaquer maintenant... et quoique général en chef... j'espère bien le faire capituler... (On entend le canon tirer dans l'éloignement. Musique militaire éloignée jusqu'à la fin de l'acte.) Justement, voici la revue du Champ-de-Mars qui commence... Il faut que je sois aux Tuileries avant Bonaparte... Adieu, Madame... Vous, mou cher Duperron... mon brevet de capitaine dans deux heures , ou je vous l'envoie chercher par quelqu'un à qui vous ne le refuserez pas ! duperron , gaîment.
Et qui donc, s'il vous plaît?
aspasie , a son oreille.
Georges Cadoudal!
(Elle se sauve en riant.) duperron , épouvanté, tombant dans son fauteuil.
Oh!
(Mme Duperron court à lui. —La toile tombe.)
* Duperron, Aspasie, M" Duperron.