JOSÉPHINE, GEORGETTE
JOSÉPniNE , entrant par la gauche.
Enfin, le voilà!., je respire! Depuis une heure je ne vivais plus!
GEORGETTE
En vérité, Madame, vous vous exagérez les dangers.
JOSÉPHINE
C'est possible, Geon>ette!.. mais c'est plus fort que moi... Depuis que je suis aux Tuileries, mille presseutimens viennent sans cesse m'assiéger... Ah! que je regrette notre jolie petite maison de la rue de la Victoire ! J'y étais si
heureuse près de lui ! entourée de mon fils, de ma bonne Hortense!
GEORGETTE , près de la table à droite. Allons, allons, en attendant le général qui ne tardera pas sans doute, il faut vous distraire. Madame veut- elle lire les journaux?
JOSÉPHINE
Oh! non.
GEORGETTE, prenant plusieurs lettres.
Sa correspondance ?
JOSÉPHINE, s'asseyant prés de la toilette. Oh ! encore moins... C'est toujours la même chose!., des pétitions, des demandes de places... ou des mémoires de créanciers... Pourvu que Bonaparte ne les voie pas !
GEORGETTE, qui en a ouvert quelques-unes. Non... des ouvrages que l'on vous dédie... une épitre de M. de Saint-Réant.
JOSÉPHINE, souriant.
Le munitionnaire général?.: il fait des vers!., pauvre homme!
GEORGETTE , la parcourant.
Non, c'est eu prose!., pour vous rappeler que vous lui avez prom s, ainsi que le premier consul , de signer ce soir à son contrat. JOSÉPHINE, distraite.
Ah! c'est vrai... Quel ennui!
georgette, avec intérêt.
Vous paraissez souffrante !
JOSÉPHINE
Oui... j'ai si peu dormi! et puis j'ai fait un songe singulier... je donnerais beaucoup pour qu'on put me l'expliquer.
GEORGETTE , souriant.
Toujours superstitieuse !
JOSÉPHINE
C'est une faiblesse, j'en conviens! . mais je regrette bien souvent ma vieille négresse de la Martinique... qui était un peu sorcière! Elle m'a prédit tant de choses qui me sont arrivées !
GEORGETTE, riant.
Sans compter celles qui n'arriveront jamais.
JOSÉPHINE, baissant la voix.
Tu m'avais promis de yoîr M11* Lenonnand, et de me ramener en secret.
GEORGETTE , à mi-voix.
Ah! Madame... il faut que quelqu'un nous ait trahies!.. J'y suis retournée ce malin... elle avait disparu, sur un ordre du premier consul... et sous bonne escorte, m'a-t-ondit.
JOSÉPHINE, avec un petit mouvement de crainte, et se levant.
Ah ! du moment que cela lui déplaît... je n'y pense plus, je ne veux plus y penser... (La regardant.) Tu devrais apprendre à tirer les cartes, Georgeite?
GEORGETTE
Moi, Madame!., je m'en garderais bien!
pour que le général me fit disparaître aussi comme sorcière !