SCENE III
SAINT-RÉANT, DUPERRON.
SAINT-RÉAUT , lui serrant la main.
Eh! bonsoir, mon t'ès-clier... vous avez donc changé d'idée?.. C'est bien aimable à vous.
DUPERRON
Non... je viens toujours vous dire q-.ie je ne viendrai pas... je fais tout par moi-même. Mais dans le tendre intérêt que je vous porte... (A part.) Il n'y a pas de mal de ménager la chèvre et le chou... (Haut.) j'ai cru devoir vous prévenir d'un danger qui vous menace.
SAINT-RÉANT.
Moi?
DUPERRON
Vous m'avez recommandé votre jeune frère, pour 11e pas l'avancer...
SAINT-RÉANT.
Vous ne l'avez pas po'té, j'espè'e, sur le t'avail d'aujou'd'hui ?
DUPERRON
Oh! je m'en suis bien gardé... ce n'est pas moi qui ai deux paroles... mais je sais de bonne part... (A part.) J'aime autant le préparer tout doucement... (Haut.) que le ministre a été circonvenu.
SAINT-RÉANT.
Par qui?
DUPERRON
Je l'ignore... mais je suis parfaitement sûr de ce que je vous avance. On a agi sourdement... il y a des intrigues de femmes... Ces diables de femmes se mêlent de tout!.. Bref, je ne serais pas surpris qu'on ne manigançât quelque chose... et je vous engagea vous tenir sur vos gardes, (a part.) Comme ça, il ne pourra pas m'accuser.
SAINT-RÉANT, souriant.
Je suis pa-faitement en mesu'e!.. J'ai quitté le p'emier consul, il y a une heu'e... il m'a p'omis d'èt'e ici à minuit, pour signer mon cont'at... le notai'e est a"ivé, ainsi que nos témoins. De plus , et pour que ma pupille n'appo'tât pas la moind'e 'ésistance, j'ai eu l'a't de la b'ouiller à mo't avec sou che' Edmond.
DUPERRON
Ah bah! ah bah!
SAINT-RÉANT, riant. Pa'ole sup'ême !.. Il y a dans ce moment une aventure, une petite anecdote scandaleuse d'un ce'tain cachemire donné par un jeune homme à une de nos belles dames... et p'esque sous le nez du ma'i.
DUPERRON, riant très fort.
Oh! oh! oh! l'imbécille ! Il n'a rien vu?
SAINT-RÉANT.
Il n'a 'ien vu.
DUPERRON
C'est toujours comme ça... Et sait-on quel est le benêt de mari ?..
SAINT-RÉANT.
Non... mais si vous y tenez beaucoup je m'en info'me'ai, et je vous le di'ai.
DUPERRON
Vous me ferez plaisir... j'aime beaucoup ces petites histoires scandaleuses.
SAINT-RÉANT.
J'ai donc pe'suadé à Céline que le jeune homme n'était aut'e qu'Edmond... que c'était cette nouvelle int'igue qui l'avait empêché de voler à son secours, quand elle avait fui de chez moi. Je lui ai même donné des p'euves de sa t'ahison... ce qui est toujours facile, quand on a de l'imagination, et qu'on est un peu... DUPERRON, le poussant du coude.
Scélérat!.. Sommes-nous scélérats, nous autres hommes !
SAINT-RÉANT, riant.
Si bien que la pauv'e enfant, fu'ieuse, indignée, s'est jetée dans mes b'as, en me ju'ant qu'elle était p'ête àm'épouser.
DUPERRON
Mais, ne peut-on la détromper?.. Vous avez tant de monde ici... au milieu d'un bal masqué un inconnu peut se glisser...
(Un valet passe, Duperron l'arrête et prend un verre d'orgeat.)
SAINT-RÉANT.
Vous avez 'aison. (a lui-même) Cette Aspasie, quoique je ne l'aie vue qu'un moment, me pa- 'ait audacieuse... (Au valet.) Justin !..