SCÈNE V
MARTON, LA. COMTESSE, ouvrant la porte du fond.
LA COMTESSE
Marton, au secours!... Marton, un fauteuil... Marton, vite, vite, vite!
Elle se laisse tomber sur le fauteuil.
MARTON
0 mon Dieu ! mon Dieu ! madame , qu'avezvous donc?...
LA COMTESSE
Marton!... je suis mariée.
MARTOX.
Oh!... ce n'est que cela?...
LA COMTESSE
Comment peux-tu me répondre ainsi, quand tu sais que je suis au désespoir ? Marton, tu as un bien mauvais cœur!...
Elle laisse tomber sa tète contre Marton. MARTON.
Ah! mon Dieu! est-ce que madame s'évanouit?
LA COMTESSE
Je crois qu'oui... As-tu des sels.de l'eau des Carmes, Marton? je me meurs !...
MARTON
Il y en a dans l'appartement de madame, et je cours en chercher.
Elle fait un mouvement, mais la Comtesse l'arrête. LA COMTESSE.
Ne me quitte pas !... ah !...
marton, revenant.
Mais qu'avez-vous donc fait de M. le comte?
Le sais-je, moi! en descendant de voiture, je me suis sauvée. {Elle ferme les yeux avec la plus grande langueur. ) Tu n'as donc rien à me faire respirer, Marton?
marton.
Non ; mais j'ai quelque chose à vous apprendre.
la comtesse, sans rouvrir les yeux.
Parle...
marton.
J'ai vu le chevalier.
la comtesse, ouvrant les yeux.
Quel chevalier, Marton?
MARTON
Quel chevalier!... comme s'il y en avait deux au monde... Le chevalier de Valclos, donc... la comtesse, vivement .
Tu l'as vu, Marton?... et où i'as-tu vu?
Al IRTON.
(ci.
LA comtesse.
Ici! 0 mon Dieu... est-eequ'il y serait encore?... Tu me fais peur!
MARTON
Que madame la comtesse se rassure ; il est parti.
LA COMTESSE
Ah ! il est parti.... je respire... Et que venait-il faire ici, le malheureux?
Il venait pour voir madame la comtesse une dernière fois... il était comme un fou...
LA COMTESSE
Pauvre chevalier !
MARTON
11 voulait absolument mourir.
LA COMTESSE
C'est comme moi, Marton... Tu as vu que j'ai fait tout ce que j'ai pu pour cela, il n'y a qu'un instant!... mais on a beau faire, on ne meurt pas quand on veut !
MARTON
Et c'est bien heureux, ma foi ! car on se repentirait souvent d'être morte.
LA COMTESSE
Tu me dis donc qu'il est parti?
MARTON
Oui! et ce n'est pas sans peine, je vous assure-
LA COMTESSE
Mais sans doute il n'est point parti ainsi sans te charger de me dire quelque chose?
MARTON
Il a fait mieux que cela.
la comtesse, avec un reste de langueur. Qu'a-t-il fait , Marton ?
Il m'a laissé une lettre.
LA COMTESSE
Une lettre ! mais il me semble que c'est bien hardi de sa part d'oser m'écrire... qu'en dis-tu?
MARTON
Dam!... la circonstance était grave, et il a cru qu'en faveur de son désespoir...
LA COMTESSE
Il était donc bien désespéré?
MARTON
Oh! plus que madame la comtesse ne peut le croire.
LA COMTESSE
C'est égal... je ne lirai pas cette lettre, Marton... Où est-elle?
MARTON
La voilà...
la comtesse, la lui prenant des mains, et l'ouvrant tout en parlant.
C'est fort mal à vous d'avoir pris celte lettre, Marton, et il faut la rendre... au chevalier. marton.
Mais c'est impossible maintenant que madame l'a ouverte.
I A COMTESSE
Je l'ai ouverte!... ô mon Dieu, oui... c'est Mai... Je te jure, .Marton, que je ne sais pas comment cela s est fait!...
MAGASIN THEATRAL
MARTON
Oh! les lettres... cela s'ouvre toujours tout seul.
LA COMTESSE
Dam! maintenant, puisqu'elle est ouverte, qu'en dis-tu?... autant la lire...
MARTON
0 mon Dieu, oui; et c'est, je crois, ce que madame a de mieux à faire.
la comtesse, lisant.
« Chère Louise, si l'on mourait de douleur, je » serais déjà mort !
MARTON
Hein?... que vous ai-je dit?...
la comtesse, continuant.
» Un seul espoir me soutient... Je compte sur » la promesse que vous m'avez faite, que le comte » de Candale ne serait jamais pour vous autre
chose qu'un frère.
M ARTON
Vous lui avez promis cela. [La Comtesse fuit de la têts signe que oui.) Hum!...
la comtesse, continuant.
» Si vous avez l'espoir de tenir votre serment. » un mot, un signe, je vous en supplie, qui me » tranquillise... quelques accords à votre clavecin, » par exemple, et je serai le plus heureux des » hommes.» [S' interrompant.) Ah! ce pauvre chevalier; vois donc comme il est discret, Marton... il ne demande qu'un peu de musique!..
MAKTOX.
Ah ! le fait est qu'on ne peut pas être moins exigeant.
Elle veut reprendre la lettre.
LA COMTESSE
Mais attends donc... il y a un post-scriptum.
MARTON
Oh! s'il y a un post-scriptum , c'est différent alors !
LA comtesse, continuant.
« Il est inutile de vous dire que je passerai la » nuit sous vos fenêtres. » Sous mes fenêtres, tu l'entends, Marton... Mon Dieu! mais il va mourir de froid !
MARTON
Oh! il ne restera que jusqu'à ce qu'il entende le clavecin.
la comtesse.
Et... et s'il ne l'entend pas, Marton?
m\rton.
Oh! alors, je ne réponds plus de lui !... la comtesse, se levant vivement.
Marton !
Qu'y a-t-il ?
LA COMTESSE, écoutant.
Marton, c'est le comte!... Marton, je me sauve!
H IRTON.
Faut-il que je reste ici, ou que je suive madame?
LA COMTESSE
Viens, viens, viens ! nous ne serons pas trop de deux !
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