‹ JudithChapitre 4 sur 547 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Le VIEILLARD, tA JEUNE FILLE, l'Entant.

LA JEUNE FILLE

L'imprudente ! où va-t-elle ?

Les archers vont la voir, et leur flèche est moi telle.

LE VIEILLARD

Elle peut échapper dans l'ombre à leurs regards.

LA JEUNE FILLE

Mais le camp d'Holopherne est si près des remparts! Sur tous les monts voisins il répand son armée ; Dans un cercle de mort la ville est enfermée, Et l'on dit que nos chefs ont perdu tout espoir.

LE ViEILLAUD.

Aurais-je donc vécu si long-temps pour te voir Sous un joug odieux lâchement avilie, O ma cité natale, ô sainte Bélhulie !

Mais non, j'espère encor, Judith nous sauvera. Elle a long-temps souffert, et Dieu l'écoutera. Il daignera bénir, dans sa douleur constante, Cette austère vertu qui se fait pénitente; Car elle donne à Dieu son âme et ses trésors : Chaste et pure, elle vit dans le deuil des remords ; Au dernier rang du peuple elle a voulu descendre ; La beauté de son front se cache sous la cendre ; Veuve, au pied d'une tombe elle passe ses jours. Sa gloire est de pleurer, et de pleurer toujours. Pour habiter plus près de cette tombe aimée, Dans sa maison des champs elle s'est enfermée, Et c'est là que, livrée à ses amers regrets, Elle interroge Dieu sur nos destins secrets. Et Dieu pardonnera nos crimes, qu'elle expie ; Par sa main innocente il frappera l'impie. A mon âge, le cœur se flatte rarement. Va, l'espoir d'un vieillard est un pressentiment : Je lis dans nos malheurs un avenir prospère. Judith veille sur nous, elle prie!... et j'espère!...

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