SCÈNE IL LE CHEVALIER, puis MARTON
LE CHEVALIER
Eh bien ! ma parole d'honneur, il n'y a rien de tel que ces roués pour faire d'excellens maris. Il va me présenter à sa femme!... je n'aurais pas osé le lui demander, il me l'offre... on n'est pas plus aimable.
marton, entrant par la porte du fond, et traversant le théâtre pour aller chez sa maîtresse. Comment! c'est vous, monsieur le chevalier!
LE CHEVALIER
Eh! oui, c'est moi, Marton... qu'y a-t-il d'étonnant à cela ?
MARTON
Je croyais que vous ne deviez jamais rentrer ici... «Marton, c'est pour la dernière fois! Marton, je te jure...» Quand disiez-vous cela?... C'était hier, je crois.
LE CHEVALIER
Hier, Marton, j'étais au désespoir.
MARTON
Et aujourd'hui ?
LE CHEVALIER
Aujourd'hui, Marton, je suis le plus heureux des amans.
MARTON
«Je tuerai le comte, Marton!» Hier un tigre, aujourd'hui un agneau... Ah! l'on a bien raison de dire que la musique adoucit les mœurs de l'homme.
Tu sais donc,..?
tE CHEVALIER.
Est-ce que je ne sais pas tout?
LE CHEVALIER
Alors tu crois qu'elle sera heureuse de me revoir?...
MARTON
Cela se demande-t-il?... enchantée... Mais, dites-moi, l'avez-vous prévenue?
LE CHEVALIER
Non, je n'ai pas eu le temps.
MARTON
Mais c'est fort imprudent, ce que vous avez fait là! si en vous voyant elle allait s'écrier...
LE CHEVALIER
Oh ! Marton, il n'y a pas de danger; toutes mes précautions sont prises. Le comte sait déjà que j'avais ma sœur dans le même couvent que celui où était Louise, et par conséquent cela ne l'étonnera point si elle me reconnaît.
MARTON
Et qui a dit cela au comte?
LE CHEVALIER
Moi-même, Marton.
MARTON
Peste! c'est fort adroit, et je vois qu'une femme peut se fier à vous, monsieur le chevalier ; cependant faites-y attention, monsieur le comte est bien fin !
Il ne sait rien, Marton... il ne sait rien.
MARTON
Chut!... on vientl...
Elle se recule et fait semblant de chercher quelque chose sur une table à ouvrage.
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