I.E CHEVALIER
Allons... voilà votre esprit qui voyage au troisième ciel : permettez-moi , comtesse , de le rappeler sur la terre... j'y gagnerai peut-être qu'il •'occupe un peu de moi , qui, par malheur , n'ai point ses ailes.
LA COMTESSE
De vous... mais il en est fort occupé, je vous assure... seulement, chevalier, vous comprenez qu'après ce qui s'est passé tout-à-1'heure... après la confiance que le comte nous a montrée... après sa conduite généreuse envers moi, je ne puis plus tous permettre de me parler de votre amour... je saurai que vous m'aimez , vous saurez que je vous aime... la promesse que je vous ai faite, j'espère la tenir , d'autant mieux que... comme vous l'avez dit, le comte est engagé ailleurs... Eh bien! mais... n'est-ce pas plus que vousn'eussiez osé espérer hier? et cette union des âmes que vous m'avez tant vantée n'est-elle point assez éthérée pour se passer de la parole?
LE CHEVALIER
Grand Dieu! comtesse... et de quoi donc pourrai-je vous parler , si je ne vous parle pas d'amour?
Et de quoi donc parlez-vous aux autres femmes?...
LE CHEVALIER
Aux autres femmes, c'est différent... j'ai mille choses à leur dire... je ne les aime pas... tandis qu'à vous je n'en ai qu'une seule... je vous aime...
LA COMTESSE
Encore, chevalier?...
LE CHEVALIER
Eh bien , non... je ferai tout ce que vous voudrez... mais les yeux... en sont-ils...
LA COMTESSE
Oh ! je ne veux pas trop exiger en un jour!
LE CHEVALIER
Vous êtes adorable !
LA COMTESSE
Maintenant, chevalier, que nous voilà bien d'accord, ne trouvez-vous point... non pas pour moi, mais pour les autres, pour mes gens, par exemple... pour le comte, s'il venait à rentrer, qu'une première visite deviendrait inconvenante
en se prolongeant plus long-temps?... Jenevous renvoie pas... vous connaissez le monde mieux que moi, qui ne suis qu'une provinciale ; j'en appelle à vous-même : vous ne voudriez pas me compromettre.
LE CHEVALIER
Oh! Dieu m'en garde!... Mais quand vous reverrai-je?...
LA COMTESSE
Demain... après-demain... quand vous voudrez; la porte de l'hôtel vous est toujours ouverte.
LE CHEVALIER
Ah ! comtesse... peut-être eût-il mieux valu pour moi qu'elle me fût fermée.
LA COMTESSE
Que dites-vous là ?
LE CHEVALIER
Je dis que ce n'est point ainsi que vous me disiez adieu à travers les grilles du parloir... la comtesse lui tendant la main.
Allons, tenez...
le chevalier, tristement.
Adieu, Louise!... au revoir, madame la comtesse.
la comtesse.
A demain...
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