‹ JudithChapitre 409 sur 547 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

LE COMMANDEUR, JASMIN, puis MARTON.

jasmin, entrant avec le Commandeur.

Vraiment, c'estvous, monsieur le commandeur, vous-même?

LE COMMANDEUR

Ah ! çà ! drôle , est-ce que tu me croyais déjà mort, avec tes exclamations?... Je te préviens que tu n'es pas porté sur mon testament.

JASMIN

Fi donc! j'espère que monsieur le commandeur me rend plus de justice que de me supposer des sentimens si vulgaires.

marton, entrant par la porte qui donne chez sa maîtresse.

Ah! monsieur le commandeur, c'est vous; j'ai reconnu votre voix, et j'accours vous faire ma révérence... Monsieur le commandeur est donctoutà-fait guéri?

LE COMMANDEUR

Vous voyez, plus ingambe que jamais/

JASMIN

Monsieur le commandeur est peut-être à jeun ?

MARTON

Monsieur le commandeur voudrait-il prendre quelque chose?

Mais, oui, volontiers, deux doigts de vin d'Espagne, avec un biscuit dedans.

JASMIN

Marton, tu entends ?

MARTON

J'y cours!

LE COMMANDEUR

Ah çà ! mais, est-ce que pendant ce temps-là je ne pourrais pas toujours embrasser mon neveu?

JASMIN

Monsieur le comte n'a pas encore sonné; mais si monsieur le commandeur désire que je le réveille...

LE COMMANDEUR

Non pas, non pas! peste! je n'ai garde!... Ah! il dort encore, l'heureux coquin ! Je comprends ! Marton rentre avec un cabaret.

JASMIN

Eh bien ! non, non, c'est que monsieur le commandeur ne comprend pas.

LE COMMANDEUR

Comment! je ne comprends pas?

JASMIN

Pas le moins du monde.

Que veux-tu dire?

JASMIN

Je veux dire, que monsieur le commandeur arrive fort à propos.

LE COMMANDEUR

Mais, que me chante donc ce garçon-là, mademoiselle Marton?

MARTON

Hélas ! la plus pure vérité, monsieur le commandeur.

jasmin.

C'est monsieur le commandeur qui a fait le mariage?

LE COMMANDEUR

Oui, pardieu bien, et je m'en vante.

JASMIN

Eh bien! il n'y a pas de quoi.

LE COMMANDEUR

Monsieur Jasmin, vous oubliez toujours que de mon temps les valets attendaient qu'on les interrogeât : il se peut que cette habitude soit perdue à Paris, comme beaucoup d'autres; mais moi, qui habite la province, je l'ai conservée.

JASMIN

Pardon, monsieur le commandeur; j'espère que monsieur le commandeur m'excusera.

C'est bien ! Je vous dis cela en passant pour votre gouverne; maintenant, répondez : Que se passe-t-il ici?

MARTON

Ce qui se passe, monsieur le commandeur?... ce qui se passe?

LE COMMANDEUR

C'est à monsieur Jasmin que je parle, mademoiselle.

JASMIN

Il se passe que... (On entendune sonnette dans la chambre à droite.) Tenez, voilà monsieur le comte qui sonne.

On entend une sonnette dans la chambre à gauche.

LE COMMANDEUR

Eh bien ! après ?

MARTON

Tenez, voilà madame la comtesse qui appelle.

LE COMMANDEUR

Mais, c'est monstrueux cela !

JASMIN

Monsieur le commandeur sait tout maintenant.

LE COMMANDEUR

Mais d'où cela vient-il?... Est-ce la faute de

MAGASIN THEATRAL

Candale? est-ce celle de Louise?... Mon neveu aurait-il de l'amour pour quelque autre?... ma nièce aurait-elle de l'aversion pour son mari?... Mais, mordieu! répondez donc!... vous parliez trop tout-à-lheure, et voilà maintenant que vous ne parlez pas assez !

JASMIN

Du temps de monsieur le commandeur, étaitce l'habitude que les valets se fissent les espions de leurs maîtres?

MARTON'

Monsieur le commandeur a des yeux, monsieur le commandeur a des oreilles, et s'il n'est pas comme les gens dont parle l'Écriture, il verra et il entendra.

LE COMMANDEUR

C'est bien, allez.

Marton sort.

le comte, dans la coulisse.

Jasmin ! Jasmin !

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