SCÈNE PREMIÈRE
LE COMMANDEUR, JASMIN, puis MARTON.
jasmin, entrant avec le Commandeur.
Vraiment, c'estvous, monsieur le commandeur, vous-même?
LE COMMANDEUR
Ah ! çà ! drôle , est-ce que tu me croyais déjà mort, avec tes exclamations?... Je te préviens que tu n'es pas porté sur mon testament.
JASMIN
Fi donc! j'espère que monsieur le commandeur me rend plus de justice que de me supposer des sentimens si vulgaires.
marton, entrant par la porte qui donne chez sa maîtresse.
Ah! monsieur le commandeur, c'est vous; j'ai reconnu votre voix, et j'accours vous faire ma révérence... Monsieur le commandeur est donctoutà-fait guéri?
LE COMMANDEUR
Vous voyez, plus ingambe que jamais/
JASMIN
Monsieur le commandeur est peut-être à jeun ?
MARTON
Monsieur le commandeur voudrait-il prendre quelque chose?
Mais, oui, volontiers, deux doigts de vin d'Espagne, avec un biscuit dedans.
JASMIN
Marton, tu entends ?
MARTON
J'y cours!
LE COMMANDEUR
Ah çà ! mais, est-ce que pendant ce temps-là je ne pourrais pas toujours embrasser mon neveu?
JASMIN
Monsieur le comte n'a pas encore sonné; mais si monsieur le commandeur désire que je le réveille...
LE COMMANDEUR
Non pas, non pas! peste! je n'ai garde!... Ah! il dort encore, l'heureux coquin ! Je comprends ! Marton rentre avec un cabaret.
JASMIN
Eh bien ! non, non, c'est que monsieur le commandeur ne comprend pas.
LE COMMANDEUR
Comment! je ne comprends pas?
JASMIN
Pas le moins du monde.
Que veux-tu dire?
JASMIN
Je veux dire, que monsieur le commandeur arrive fort à propos.
LE COMMANDEUR
Mais, que me chante donc ce garçon-là, mademoiselle Marton?
MARTON
Hélas ! la plus pure vérité, monsieur le commandeur.
jasmin.
C'est monsieur le commandeur qui a fait le mariage?
LE COMMANDEUR
Oui, pardieu bien, et je m'en vante.
JASMIN
Eh bien! il n'y a pas de quoi.
LE COMMANDEUR
Monsieur Jasmin, vous oubliez toujours que de mon temps les valets attendaient qu'on les interrogeât : il se peut que cette habitude soit perdue à Paris, comme beaucoup d'autres; mais moi, qui habite la province, je l'ai conservée.
JASMIN
Pardon, monsieur le commandeur; j'espère que monsieur le commandeur m'excusera.
C'est bien ! Je vous dis cela en passant pour votre gouverne; maintenant, répondez : Que se passe-t-il ici?
MARTON
Ce qui se passe, monsieur le commandeur?... ce qui se passe?
LE COMMANDEUR
C'est à monsieur Jasmin que je parle, mademoiselle.
JASMIN
Il se passe que... (On entendune sonnette dans la chambre à droite.) Tenez, voilà monsieur le comte qui sonne.
On entend une sonnette dans la chambre à gauche.
LE COMMANDEUR
Eh bien ! après ?
MARTON
Tenez, voilà madame la comtesse qui appelle.
LE COMMANDEUR
Mais, c'est monstrueux cela !
JASMIN
Monsieur le commandeur sait tout maintenant.
LE COMMANDEUR
Mais d'où cela vient-il?... Est-ce la faute de
MAGASIN THEATRAL
Candale? est-ce celle de Louise?... Mon neveu aurait-il de l'amour pour quelque autre?... ma nièce aurait-elle de l'aversion pour son mari?... Mais, mordieu! répondez donc!... vous parliez trop tout-à-lheure, et voilà maintenant que vous ne parlez pas assez !
JASMIN
Du temps de monsieur le commandeur, étaitce l'habitude que les valets se fissent les espions de leurs maîtres?
MARTON'
Monsieur le commandeur a des yeux, monsieur le commandeur a des oreilles, et s'il n'est pas comme les gens dont parle l'Écriture, il verra et il entendra.
LE COMMANDEUR
C'est bien, allez.
Marton sort.
le comte, dans la coulisse.
Jasmin ! Jasmin !
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