LE COMMANDEUR, LE COMTE, LE CHEVA- LIER
LE COMTE
Eh! bonjour, chevalier. Sois le bien-venu.
LE CHEVALIER
Bonjour, comte.
MAGASIN THEATRAL
i r COMTE, prenant Valclos par la main. Mon oncle, le chevalier de Valclos, un de nos bons amis. Chevalier, c'est notre oncle le commandeur, dont tu nous as si souvent entendu parler. Un ancien serviteur de Louis XIV, un vieil ami de madame de Maintenon. Je dis cela pour que tu saches devant qui tu parles, et que tu n'ailles pas nous raconter quelques-unes de tes fredaines.
LE CHEVALIER
Croyez, monsieur le commandeur, que je me tiens pour fort honoré de faire votre connaissauce.
LE COMMANDEUR
Et moi, monsieur, c'est avec un grand plaisir. Mais dites-moi donc , j'ai connu autrefois en Chypre un comte de Valclos.
LE CHEVALIER
C'était mon père. Il y avait suivi, tout enfant, monsieur de Beaufort.
C'est cela même. Un homme d'honneur et de courage, monsieur, qui vous a laissé un beau nom à porter et un bel exemple à suivre.
LE COMTE
Ah çà! chevalier, je t'attendais avec impatience.
LE CHEVALIER
Vraiment?
LE COMTE
D'honneur; j'ai un service à te demander.
LE CHEVALIER
Un service? parle, mon cher, parle. Trop heureux si je puis t'ètre bon à quelque chose.
LE COMTE
Imagine-toi que la comtesse s'est mis dans l'esprit que je devais lui donner aujourd'hui, pour aller aux Champs-Elysées, une voiture et un attelage nouveau, tandis qu'elle a déjà dix voitures sous la remise et vingt chevaux dans l'écurie.
LE CHEVALIER
Oh ! cela n'est pas raisonnable.
LE COMTE
Eh ! voyez-vous, mon oncle, je ne le lui fais pas dire, il est de mon avis.
LE CHEVALIER
Sans doute, et c'est un caprice cela.
Un vrai caprice... aussi/chevalier, je compte sur toi pour lui faire entendre raison.
LE CHEVALIER
Sur moi?
LE COMTE
Sans doute, sur toi.
LE CHEVALIER
Mais comment veux-tu?...
LE COMTE
Comment je veux? est-ce que cela me regarde? Arrange cela comme tu l'entendras, niais qu'elle ne me parle plus de cet attelage, entends-tu, chevalier?
LE CHEVALIER
Diable! c'est fort délicat ce que tu me demandes.
le commandeur , haussant les épaules.
Tu vois bien que personne ne se chargera d'une pareille commission.
LE CHEVALIER
Ah! ma foi, non.
le comte, au Commandeur.
Mon oncle, vous m'excusez, n'est-ce pas?
Comment donc !
le comte , tirant à part le Chevalier.
Ah çà ! mais mon cher, permets-moi de te le dire, tu es étrange : j'achète un hôtel, tu t'impatronises dedans ; je me marie, tu fais la cour à ma femme ; je vois tout cela sans te tourmenter, sans te déranger, et tu veux que la première chose qu'elle me demande, ce soit moi qui la lui refuse, à cette pauvre comtesse! Mais cela ne se peut pas; comprends donc : du moment où tu aspires aux bénéfices, que diable ! prends les charges, les uns ne vont pas sans les autres, je t'en avertis; et puisque ma maison est devenue la tienne, alors fais ton ménage, mon cher.
LE CHEVALIER
Dam! tu sens bien que je suis à tes ordres; mais sous quel prétexte veux-tu que j'aille dire à la comtesse que tu lui refuses une voiture ? le comte.
Ah ! bien, il ne manquerait plus que cela que je fusse encore obligé de te fournir le prétexte ; tu as de l'esprit, mon cher, de l'imaginative, cherche, invente, cela te regarde.
Il revient au Commandeur.
LE COMMANDEUR
Eh bien ?
LE COMTE
Eh bien ! mon oncle, il s'en charge avec le plus grand plaisir, ce cher chevalier. Oh! c'est un de ces amis solides et sur lesquels on peut compter, et quand vous le connaîtrez davantage... ( tendant la main au Chevalier) vous l'apprécierez comme moi.
le commandeur, au Comte.
Eh bien ! tu t'en vas !
Sans doute. La comtesse va venir, et le chevalier, comme vous le savez, mon oncle, a quelque chose à lui dire en tête-à-tête. Je vous prierai même de les laisser un instant seuls, pour que cette diable d'affaire de voiture s'arrange à ma satisfaction.
LE COMMANDEUR
C'est très-bien ! mais tu me permettras au moins d'embrasser ma nièce.
le comte.
Pardieu! c'est trop juste.
LE COMMANDEUR
le te reverrai, je présume?
UN MARIAGE SOUS LOUIS XV
LE COMTE
Oui, nous nous retrouverons toujours dans la journée, je l'espère.
Il sort.
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