LE COMTE, LE CHEVALIER
un valet, annonçant.
M. le chevalier de Valclos.
LE COMTE
Ah! [Il pose son chapeau sur une table et se jette dans un fauteuil.) Faites entrer.
LE CHEVALIER
Merci, mon ami, merci ; faites dire, je vous prie, à madame la comtesse que je me rends à ses ordres, et que je sollicite la faveur de lui présenter mes hommages.
le comte, se levant.
Eh bien ! maintenant il n'y a plus de doute.
le chevalier.
Ah! te voilà, Candale... enchanté de te rencontrer... [A part.) Le diable t'emporte! le comte.
Bonjour, chevalier; il y a long-temps que nous ne t'avons vu. Ce n'est pas bien de nous négliger ainsi.
Eh ! que veux-tu, mon cher! il ne faut pas m'en vouloir... tu sais... chacun a ses affaires, ses plaisirs.
LE COMTE
Oui, et à ton air triomphant, je parierais, chevalier, que les affaires et surtout les plaisirs vont à merveille.
LE CHEVALIER
Eh bien! parie... tu gagneras.
LE COMTE
Vraiment?
LE CHEVALIER
Que veux-tu ! les jours se suivent et ne se ressemblent pas... Avant-hier, c'était moi qui étais triste, tu sais... aujourd'hui, c'est toi qui as l'air tout contrarié. Voyons, qu'as-tu, Candale... contemoi cela., est-ce que je ne suis plus ton ami? qu'est-il donc arrivé céans... Est-ce que tu as en. core quelque commission dont tu veuilles me
UN MARIAGE SOUS LOUIS XV
charger pour la comtesse?. . tu sais que je suis à tes ordres ; ne te gêne pas !
LE COMTE
Non, merci; je viens de la voir... et de lui refuser moi-même ce qu'elle me demandait. C'est probablement pour cela qu'elle t'a écrit.
Ah! ah !... tu sais que la comtesse m'a écrit?
LE COMTE
Pardieu ! te 6gures-tu qu'on te fait l'honneur de se cacher de moi?
LE CHEVALIER
Et tu sais aussi ce qu'elle m'a écrit, alors?
LE COMTE
Oui, qu'elle désire te parler; n'est-ce point cela?
LE CHEVALIER
Et elle ajoute que je la trouverai seule.
LE COMTE
Seule!... ah! ah!... seule!...
LE CHEVALIER
Seule.
■ LE COMTE
Alors il paraît que nous jouons cartes sur table.
LE CHEVALIER
Et c'est toi qui le premier as abattu les tiennes.
LE COMTE
Et tu acceptes la partie?
Oui, mais à condition que tu seras beau joueur.
LE COMTE
C'est mon habitude, chevalier, et tu me fais injure en croyant que je l'ai perdue.
LE CHEVALIER
Eh bien ! en ce cas... [lui présentant son chapeau.) Candale...
LE COMTE
Après.
LE CHEVALIER
Est-ce que tu n'aurais pas comme avant-hier un tour à faire par la ville?
LE COMTE
De la raillerie ?
LE CHEVALIER
Pourquoi pas? as-tu privilège du roi de railler tout seul?
LE COMTE
Non.
LE CHEVALIER
Eh bien! alors...
LE COMTE
Eh bien! alors je voudrais savoir si le lendemain des jours où tu railles, tu as l'habitude de te promener hors la ville.
Oui, mais seulement pas de trop grand matin, de peur de la connétablie, qui se fourre partout, comme tu sais.
LE COMTE
Oh ! cela va sans dire ; et tu te promènes toujours l'épée au côté?
LE CHEVALIER
Naturellement. Dam! on est gentilhomme ou on ne l'est pas. Si l'on est gentilhomme, on ne quitte pas son épée.
LE COMTE
Comptais-tu te promener demain ?
LE CHEVALIER
Je n'avais pas de projets. Mais si j'espère rencontrer quelqu'un et surtout un ami, je ne me ferai pas faute de prendre ce plaisir, pourvu que cet ami, cependant, me dise de quel côté il se promènera lui-même.
LE COMTE
Que penses-tu de l'allée de la Muette?
LE CHEVALIER
Je dis que c'est une charmante allée, qu'on s'y voit de loin et qu'il n'y a point à s'y perdre.
LE COMTE
Surtout vers le midi, n'est-ce pas?
LE CHEVALIER
C'est justement mon heure.
Bon, c'est tout ce que je désirais savoir. Adieu, chevalier.
LE CHEVALIER
Adieu, comte.
LE COMTE
A demain.
LE CHEVALIER
A demain.
Le Comte rentre chez lui; pendant ce temps, Marton paraît.
MARTON
Madame la comtesse présente ses excuses à monsieur le chevalier, et lui fait dire qu'elle ne peut le recevoir en ce moment.
LE CHEVALIER, à part.
Eh bien ! si le comte me donne un coup d'épée pour ce que je suis venu faire chez lui, il aura de la rancune. (Haut.) Comment! Marton...
le comte, qui s'est arrêté sur le seuil de son appartement.
Ah ! ah !
MARTOX.
Oui, mais elle attend monsieur le chevalier à onze heures pour la conduire au bal masqué. le chevalier.
Vraiment, Marton! au bal masqué!
MARTOX.
N'y manquez pas.
le chevalier.
Y manquer! oh! par exemple! Marton, remercie bien ta maîtresse, et dis-lui que je suis le plus heureux de? hommes!
MARTOX.
Ainsi, à onze heures!
Elle sort.
LE CHEVALIER
J'y serai.
Il sort.
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NE XTII.
LE COMTE, revenant en scène.
A onze heures... la comtesse attend le chevalier pour la mener au bal masqué... et c'est pour cela qu'elle me demandait de l'y conduire... afin d'être bien certaine de mon absence par mon refus... Oh! par exemple, ceci est trop fort et ne peut se supporter !... Ah! venez, venez, mon oncle; vous arrivez à merveille !
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