‹ JudithChapitre 429 sur 547 · LE COMTE, LE CHEVALIER · texte numérisé non relu

LE COMTE, LE CHEVALIER

un valet, annonçant.

M. le chevalier de Valclos.

LE COMTE

Ah! [Il pose son chapeau sur une table et se jette dans un fauteuil.) Faites entrer.

LE CHEVALIER

Merci, mon ami, merci ; faites dire, je vous prie, à madame la comtesse que je me rends à ses ordres, et que je sollicite la faveur de lui présenter mes hommages.

le comte, se levant.

Eh bien ! maintenant il n'y a plus de doute.

le chevalier.

Ah! te voilà, Candale... enchanté de te rencontrer... [A part.) Le diable t'emporte! le comte.

Bonjour, chevalier; il y a long-temps que nous ne t'avons vu. Ce n'est pas bien de nous négliger ainsi.

Eh ! que veux-tu, mon cher! il ne faut pas m'en vouloir... tu sais... chacun a ses affaires, ses plaisirs.

LE COMTE

Oui, et à ton air triomphant, je parierais, chevalier, que les affaires et surtout les plaisirs vont à merveille.

LE CHEVALIER

Eh bien! parie... tu gagneras.

LE COMTE

Vraiment?

LE CHEVALIER

Que veux-tu ! les jours se suivent et ne se ressemblent pas... Avant-hier, c'était moi qui étais triste, tu sais... aujourd'hui, c'est toi qui as l'air tout contrarié. Voyons, qu'as-tu, Candale... contemoi cela., est-ce que je ne suis plus ton ami? qu'est-il donc arrivé céans... Est-ce que tu as en. core quelque commission dont tu veuilles me

UN MARIAGE SOUS LOUIS XV

charger pour la comtesse?. . tu sais que je suis à tes ordres ; ne te gêne pas !

LE COMTE

Non, merci; je viens de la voir... et de lui refuser moi-même ce qu'elle me demandait. C'est probablement pour cela qu'elle t'a écrit.

Ah! ah !... tu sais que la comtesse m'a écrit?

LE COMTE

Pardieu ! te 6gures-tu qu'on te fait l'honneur de se cacher de moi?

LE CHEVALIER

Et tu sais aussi ce qu'elle m'a écrit, alors?

LE COMTE

Oui, qu'elle désire te parler; n'est-ce point cela?

LE CHEVALIER

Et elle ajoute que je la trouverai seule.

LE COMTE

Seule!... ah! ah!... seule!...

LE CHEVALIER

Seule.

■ LE COMTE

Alors il paraît que nous jouons cartes sur table.

LE CHEVALIER

Et c'est toi qui le premier as abattu les tiennes.

LE COMTE

Et tu acceptes la partie?

Oui, mais à condition que tu seras beau joueur.

LE COMTE

C'est mon habitude, chevalier, et tu me fais injure en croyant que je l'ai perdue.

LE CHEVALIER

Eh bien ! en ce cas... [lui présentant son chapeau.) Candale...

LE COMTE

Après.

LE CHEVALIER

Est-ce que tu n'aurais pas comme avant-hier un tour à faire par la ville?

LE COMTE

De la raillerie ?

LE CHEVALIER

Pourquoi pas? as-tu privilège du roi de railler tout seul?

LE COMTE

Non.

LE CHEVALIER

Eh bien! alors...

LE COMTE

Eh bien! alors je voudrais savoir si le lendemain des jours où tu railles, tu as l'habitude de te promener hors la ville.

Oui, mais seulement pas de trop grand matin, de peur de la connétablie, qui se fourre partout, comme tu sais.

LE COMTE

Oh ! cela va sans dire ; et tu te promènes toujours l'épée au côté?

LE CHEVALIER

Naturellement. Dam! on est gentilhomme ou on ne l'est pas. Si l'on est gentilhomme, on ne quitte pas son épée.

LE COMTE

Comptais-tu te promener demain ?

LE CHEVALIER

Je n'avais pas de projets. Mais si j'espère rencontrer quelqu'un et surtout un ami, je ne me ferai pas faute de prendre ce plaisir, pourvu que cet ami, cependant, me dise de quel côté il se promènera lui-même.

LE COMTE

Que penses-tu de l'allée de la Muette?

LE CHEVALIER

Je dis que c'est une charmante allée, qu'on s'y voit de loin et qu'il n'y a point à s'y perdre.

LE COMTE

Surtout vers le midi, n'est-ce pas?

LE CHEVALIER

C'est justement mon heure.

Bon, c'est tout ce que je désirais savoir. Adieu, chevalier.

LE CHEVALIER

Adieu, comte.

LE COMTE

A demain.

LE CHEVALIER

A demain.

Le Comte rentre chez lui; pendant ce temps, Marton paraît.

MARTON

Madame la comtesse présente ses excuses à monsieur le chevalier, et lui fait dire qu'elle ne peut le recevoir en ce moment.

LE CHEVALIER, à part.

Eh bien ! si le comte me donne un coup d'épée pour ce que je suis venu faire chez lui, il aura de la rancune. (Haut.) Comment! Marton...

le comte, qui s'est arrêté sur le seuil de son appartement.

Ah ! ah !

MARTOX.

Oui, mais elle attend monsieur le chevalier à onze heures pour la conduire au bal masqué. le chevalier.

Vraiment, Marton! au bal masqué!

MARTOX.

N'y manquez pas.

le chevalier.

Y manquer! oh! par exemple! Marton, remercie bien ta maîtresse, et dis-lui que je suis le plus heureux de? hommes!

MARTOX.

Ainsi, à onze heures!

Elle sort.

LE CHEVALIER

J'y serai.

Il sort.

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NE XTII.

LE COMTE, revenant en scène.

A onze heures... la comtesse attend le chevalier pour la mener au bal masqué... et c'est pour cela qu'elle me demandait de l'y conduire... afin d'être bien certaine de mon absence par mon refus... Oh! par exemple, ceci est trop fort et ne peut se supporter !... Ah! venez, venez, mon oncle; vous arrivez à merveille !

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