IF. COMTE
Quoi! mon oncle... cet autre... ce serait moi?
LE COMMANDEUR
Eh bien! oui, c'est toi! ingrat...
LE COMTE
Mt-i! est-il possible?
LE COMMANDEUR
Qu'as-tu?
le comte, lui sautant au cou.
Ah ! mon oncle ! tenez , \ous êtes le roi des oncles !
LE COMMANDEUR
Ah çà! mais est-ce que je suis dans une maison de fous?
LE COMTE
Imbécile que je suis de n'avoir pas vu tout cela! Mais c'est clair comme le jour, le diable m'emporte!... Kh bieu! voilà ce que c'est que d'être trop modeste!
LE COMMANDEUR
Mais enfin m'expliqueras-tu?...
LE COMTE
Voyons maintenant, mon oncle; écoutez-moi... car il n'y a pas de temps à perdre. M. de Saillant, comme vous le savez ou comme vous ne le savez pas, est une fort jolie lame. Si je ne vous revoyais
pas avant la chose... et peut-être même après
je vous recommande la comtesse, mon oncle, cette pauvre Louise... vous comprenez... elle n'aurait plus que vous, au moins.
LE COMMANDEUR
Allons donc! qu'est-ce que c'est que ces idéeslà?
LE COMTE
Eh! eh!...
LE LiiMMANDElH.
>"e reverras-tu pas la comtesse un instant?
LE COMTE
Vraiment, j'en ai grande envie, mais je ne sais pas si je dois le faire... Tenez, mon oncle, vous me connaissez, vous savez que j'ai eu dans ma vie dix rencontres pour une, et que.Dieu merci, je m'en suis toujours galamment tiré, à la Bastille près. Lh bien ! d'honneur! si je voyais la comtesse avec ses beaux yeux, avec son délicieux sourire {élonnement croissant du Commandeur), avec sa douce voix qui va droit au cœur, l'idée que tout cela est à moi et que dans deux heures peut-être j'aurais perdu tout cela, comme un sot, sans en avoir profité...je crois que je ne serais plus aussi maître de moi... vrai, cela me tournerait la tète.
le commandeur, au comble de la stupéfaction. Mais tu l'aimes donc aussi, toi?
LE COMTE
Eh!... oui, mon oncle.... je l'aime.
LE COMMANDEUR
Oh!
LE COMTE
C'est peut-être ridicule , mais c'est ainsi... et, d'honneur, je suis enchanté de me battre pour elle. Mais, pour que je me batte bien , il ne faut pas que je la revoie. Tenez, mon oncle, rendezmoi un service.
LE COMMANDEUR
Dispose de moi.
LE COMTE
Ayez la bonté dépasser chez Brichanteau, que j'ai fait prier de m'attendre... contez-lui la chose, dites-lui que j'ai ramassé hier au bal de l'Opéra une mauvaise querelle, que je me bats ce matin et que je le prie d'être mon second.
LE COMMANDEUR
Et toi?...
LE COMTE
Moi, j'attends le chevalier... j'ai quelque chose à lui dire à ce cher Valclos.
Très-bien! embrasse-moi, Caudale.
LE COMTE
Au revoir, mon oncle.
LE COMMANDEUR
Du calme, du sang-froid!
LE COMTE
Oh ! soyez tranquille.
LE COMMANDEUR
Au revoir!...
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