LE COMMANDEUR, LA COMTESSE
LA COMTESSE
Mon oncle, ce n'est pas vrai que le comte se bat avec monsieur de Saillant?... et vous avez dit cela au chevalier pour quelque raison que je ne devine pas, que j'ignore... mais que vous allez m'expliquer, n'est-ce pas?
LE COMMANDEUR
N'as-tu pas dit toi-même que si l'on apprenait ce qui s'était passé, tu étais compromise?... que si le chevalier se battait pour toi, tu étais perdue?... Eh bien! Candale a été de ton avis, il a pris l'offense à son compte, et il est allé se battre!
LA. COMTESSE
Oh! au lieu de m'abandonner, comme je le mérite, pour avoir commis une pareille faute... au lieu de me punir par son mépris et par le mépris du monde, il me sauve, aux dépens de sa propre vie peut-être!... 0 mon oncle! s'il allait lui arriver malheur!... s'il était blessé!... s'il était tué !... Oh ! je ne l'aurais pas revu pour lui dire ce que j'aisouffert depuis que je croyais être séparée de lui... il mourrait ne sachant pas que je l'aime, que je n'aime que lui!... il mourrait croyant que je suis une coquette, une femme sans cœur, sans foi, sans âme!... il mourrait en me maudissant peut-être, moi qui n'ai rien fait pour le bonheur de sa vie, et qui serais la cause de sa mort!... 0 mon oncle ! je vous le jure, non, je ne lui survivrais pas !
LE COMMANDEUR
Écoute : j'étais venu, moi, homme d'un autre âge, d'une autre époque... moi qui ne comprends plus rien à vos folles vanités d'aujourd'hui... j'étais venu avec un visage sévère, avec un front plein de reproches; j'étais venu pour t'écraser sous la responsabilité de ce malheureux duel!... mais quand je vois tes larmes, ta douleur, ton désespoir... quand, parce que je souffre moi... car n'ayant pas d'enfant, j'avais fait de lui mon fils, et de toi ma fille, car c'est le dernier de noire race, lui mort, tout est éteint... et moi, pauvre vieillard, je survis à tout... Oh ! j'ai bien ma douleur aussi, va, tout homme que je suis.
la comtesse, «e jetant dans ses bras.
Ah ! mon père ! mon père !
LE COMMANDEUR
Oui, ton père!... oui. Eh bien ! quand par ma douleur je comprends la tienne, je n'ai plus de courage contre toi... Écoute, je devrais te laisser ignorer cela peut-être, je devrais te laisser avec ton remords, mais je u'en ai pas la force... je lui ai tout dit!
LA COMTESSE
Vous lui avez dit que j'étais jalouse?... vous lui avez dit que je n'avais été au bal que pour le suivre ?... vous lui avez dit que je l'aimais ?... Et il est allé se battre sans me voir !... Oh ! mon oncle, mais c'est plus que de l'indifférence!... c'est de la haine, c'est du mépris !
LE COMMANDEUR
Ce n'est rien de tout cela... c'est de l'amour!... car loin de te haïr et de te mépriser, il t'aimait, Louise.
LA COMTESSE
Il m'aimait!... Vous le croyez, mon oncle?
LE COMMANDEUR
Il t'aimait comme tu l'aimes, et plus encore peut-être.