ACTE II, SCENE III
LE DUC, avec force.
Monsieur ! (Il se modère et se rapproche du chevalier.) De grâce, monsieur, écoutez-moi. Mon nom, je ne puis vous le dire; qu'il vous suffise de savoir que je ne suis amené par aucun mauvais dessein; si vous êtes l'hôte et l'ami du comte d'Altenberg...
OTTO
Il est aisé de voir à voire mine i|iie vous n'en voulez pas à la vaisselle de ses buffets ni au gibier de ses terres, mais bien au cœur de sa femme.
LE DUC
La comtesse ! Ah ! monsieur, n'allez pas soupçonner...
OTTO
C'est vous que je soupçonne, monsieur, et non pas la comtesse... Votre présence mystérieuse l'a déjà compromise aux yeux d'une femme qui est son ennemie, — Mme de Rosenlhal. . — Ce n'est qu'un oubli de sa part si , avant de quitter ce château pour retourner à Dresde, elle ne vous a pas dénoncé au comte, dont la violence...
LE DUC
Vous calomniez le comte d'Altenberg; il est impossible...
OTTO
Qu'il soit jaloux de sa femme? Je vous comprends , monsieur ; mais vous le connaissez mal ; c'est un homme ardent, irritable, capable de se porter aux excès les plus terribles s'il croyait son honneur compromis.
Monsieur, je vous proteste... Evitons un éclat, je vous en supplie ; consentez à vous taire sur notre rencontre; demain je serai loin d'ici. OTTO , d'un air de doute.
Demain...
LE DUC
Je vous le jure.
OTTO
J'ai atteint mon but, si j'ai délivré la comtesse du péril auquel l'expose votre présence , mais si vous me trompez...
LE DUC
Vous avez ma parole de gentilhomme.
OTTO
Eh bien ! monsieur, j'attendrai jusqu'à demain. (Il s'éloigne suivi par le duc, puis, avant de disparaître :) N'oubliez pas que je me fie à votre serment.
LE DUC
Et moi à votre discrétion.