SCÈNE XII
RAFAEL, CASILDA, chacun à l'une des extrémités du théâtre.
DUO
CASILDA.
Après une aussi longue absence, Dieu sait comme il va me parler !...
Mais non. . il garde le silence, Et même il a l'air de trembler.
RAFAEL, qui pendant ce temps a contemplé Casilda avec crainte.
Cet air d'innocence si pure, Ces yeux si doux, ce doux parler, D'un démon cachent la figure; C'est vraiment à faire trembler!
(Casil.la fait quelques pas, et Rafaël s'éloigne.) ENSEMRLE UAFAEL, l'examinant.
Prenons bien garde !
Plus je regarde...
Son œil si fier Lance l'éclair !
Et ce sourire Qui vous attire...
Ah! c'est certain, C'est un lutin .' casilda, l'examinant.
Il me regarde, Et puis il garde Un certain air Hautain et fier ! Sa voix expire...
Puis il soupire.
D'où vient soudain Ce noir chagrin ?
CASILDA , ù part.
Je ne saurais, car je suis femme, Faire les premiers pas...
RAFAËL
Asmodéc a raison !
LA PART DU DIABLE
Tout nie dit que c'est un démon !
El la Toir plus long-temps, c'est exposer mon âme .. Fuyons !
(Il fait quelques pas pour sortir et s'arrête.)
CASILDA, a part.
0 ciel !
(Haut et le regardant d'un air de reproche.) Adieu !...
RAFAËL, se rapprochant et dans le plus grand trouble. Daignez me pardonner,
Mademoiselle... non... madame...
Je ne sais quel uom lui donner.. .
Hais... mais...
ENSEMBLE
RAFAËL
Prenons bien garde !
Plus je regarde, etc.
CAS1LDA.
Il me regarde, Et puis il garde, etc.
(Timidement.)
i! parait, par un sort étrange, Que l'air de la cour nous change Au point de ne pouvoir nous reconnaître!
RAFAËL
Hélas !
Je vous reconnais bien !
casilda, naïvement.
Je ne le croyais pas !
RAFAËL, vivement.
Ah ! vos trait» ne sont pas de ceux que l'on oublie !
casilda, avec joie.
Vraiment !
RAFAËL, s'aniinant.
Et le seul point qui pourrait m'étonuer, C tjt de vous retrouver encore plus jolie... CASILDA, baissant les yeux.
Moi ! plus jolie...
rafael, avec entraînement.
Cent fois plus!...
(A part.) Ah ! je sens que je vais me damner!
ENSEMBLE
RAFAËL, à part.
C'est égal, je me risque, Pour quelques mois d'enfer !
Que Satan me confisque Sous son sceptre de fer !
(A Casilda.) Vers loi vole mon àme, El je veux, sans effroi, D'une éternelle flamme Brûler auprès de toi !
CASILDA.
A moi seule est son àme, Et désormais, je croi, D'une éternelle flamme Il brûlera pour moi !
rafael, vivement.
Je sais quel péril me menace En admirant des yeux si doux !
(La regardant avec amour.) N'importe, j'aurai cette audace!
CASILDA, étonnée.
Quelle audace?... que dites-vous?
RAFAEEL, de même.
Je sais quel sera le supplice De celui qui se donne à toi; (La pressant sur son cœur.) N'importe!... j'éprouve un délice A me perdre !...
CASILDA, de même.
Vous ! et pourquoi ?
RAFAËL
L'enfer en mes veines circule ; Ton regard vient de m'euchainer !
CASILDA, lui prenant la main.
Rafaël!...
RAFAEL
Ah! ta main me brûle !
(A part.)
Je sens que je vais me damner !
ENSEMBLE
C'est égal, je me risque, Et sous son joug de fer Que Satan me confisque Au profit de l'enfer !
Vers toi vole mon àme, etc.
CASILDA.
A moi seule est son âme, etc.
RAFAËL, qui est tombé à genoux.
Oui quels que soient les dangers qui m'altcndent, et dont on m'a menacé...