SCENE II
Je connaîtrais la paix qui fait les heureux jours;
Je saurais quels plaisirs habitent la retraite,
Et si l'humble existence a sa douceur secrète.
0 paix que j'ai perdue! ô calme que j'ai fui!
Qui donc vous a fermé mon cœur? n'est-ce pas lui?
Oui c'est toi. Vers ton but dirigeant ma faiblesse,
Tu m'as conduite au crime à travers la mollesse;
Tes conseils corrupteurs préparaient ton pouvoir;
Tes désirs m'attendaient sur le seuil du devoir;
Et par de simples mœurs me craignant vertueuse,
Tu m'espérais coupable à me voir fastueuse;
C'est par tes soins qu'ici le bruit et la splendeur
Ont chassé le travail gardien de la pudeur.
Et tu viens maintenant m'en rejeter le blâme!
Va, j'avais déjà lu dans le fond de ton àme ;
Tu cherchais un prétexte; et tes yeux, pleins d'ennui,
M'avaient su présager cet affront d'aujourd'hui.
Gomme il nie déchirait! comme il m'a fait entendre,
Si je doutais encor, ce que j'en dois attendre!
Ainsi, j'ai tout bravé pour lui plaire, à ce point
Que l'œil d'un fou s'émeut d\n être le témoin,
Je fais rougir un fou : ma honte est son ouvrage,
Et de railler encore il trouve le courage !
Quand j'écoute, attentive, il m'explique comment
Je ne fus qu'un moyen de divertissement !
Soyez flétri, Sextus, pour ce langage infâme!
Vous faites bassement d'outrager une femme
A qui, plus (pie jamais, votre respect est dû
Pour la dédommager du nom qu'elle a perdu.
Je n'ai plus qu'une chose à vous dire, et j'achève :
Du pied de vos dédains mon orgueil se relève;
Je renonce à la plainte, enfin. Persévérez;
Vous ne m'entendrez plus, — mais vous me reverrez.
18 ACTE ITT.
Quand j'irai chez les morts, avant que d'y descendre, Je prendrai mon courroux tout fumant dans ma cendre, Et je L'emporterai du milieu du bûcher, Comme le tigre emporte une proie à lécher. Je parcourrai le Shx, caressant ma vengeance, Pour mettre tout L'enfer dans mon intelligence, Et le jour où sur vous planeront des malheurs. Ce jour-là je promets mon ombre à vos pâleurs.
( En se détournant. ) Adieu. Viens maintenant, ô justice céleste! Brute m'a condamnée : à moi le soin du reste ! Je me dois à moi-même un cruel châtiment Pour me punir du choix de cet indigne amant.
( Elle sort. ) SEXTUS, seul.
Va-t'en donc chez Pluton chercher des dieux propices. Pour moi, des dieux plus doux auront mes sacrifices.