SCÈNE VII
LE COMTE, entrant par la droite, LA COMTESSE, MARIE.
LE COMTE
Ma fille, laissez-nous.
MARIE , se jetant au cou de la comtesse.
Ab ! monsieur, il faudra que vous m'arrachiez
des bras de ma mère.
LA COMTESSE, avec terreur.
Tais-toi !
LE COMTE, froidement.
Je devais m'attendre à cet éclat.
MARIE , passaut devant sa mère, qui essaie de la retenir.
C'est Mme de Rosenlbal qui m'a tout dit, je vous le jure : c'est à elle que je dois de pouvoir sauver ma mère.
LE COMTE
Il n'y a pas de grâce à obtenir de moi.
MARIE
Je ne demande pas grâce, mais justice.
LA COMTESSE
Marie !
LE COMTE
Justice est faite!
Pas encore.
LA COMTESSE
Marie ! par pitié !
MARIE
Vous ne pouvez punir ma mère, quand c'est moi...
LA COMTESSE, se tenant derrière Marie, prête à se jeter entre elle et son père.
Ne la croyez pas, monsieur le comte ; elle s'accuse pour sauver sa mère... Cette pauvre enfant, elle croit pouvoir vous tromper!... comme si cela était possible.
MARIE, s'exaltant et couvrant la voix de sa mère.
Ce billet que vous avez surpris... ce rendezvous au duc...
LE COMTE
Eh bien '.'
MARIE
C'était moi qui devais y venii
IE COMTE
Toi!
LA COMTESSE, éperdue, mettant sa main sur la bouche de sa fille.
Mensonge !
MARIE, se dégageant. Oui, c'est moi qui ai flétri votre nom... (Elle tombe à genoux, complètement affaissée et le front presque à terre, LE COMTE, terrible, levant les deux bras. Malheureuse!
LA COMTESSE, repoussant le comte d'une main et de l'autre couvrant la tête de sa fille.
Elle ment, elle ment, monsieur le comle. Ne voyez-vous pas que c'est impossible! Une jeune 011e si pure, si sage, si belle! votre unique enfant !...
LE COMTE
Marie!. ..Madame! Cessez... oh ! cessez de jouer avec mon honneur irrité !
(Un domestique ouvre la porte du fond; le chevalier entre très agité.)
OTTO
Monsieur le comte, Son Altesse l'électeur de
Saxe...
(Mouvement de surprise.)
LE COMTE
L'électeur ! (Marie s'est redressée et s'appuie sur sa mère; le comte s'avance vers l'antichambre, où parait un brillant état-major que traverse le duc , il est décoré du grand cordon de son ordre.) Frédéric-Auguste ! MARIE, en même temps.
C'est lui !
Elle tombe à demi évanouie sur le fauteuil à gauche.)